Petit air.
               I.
 
Quelconque une solitude
Sans le cygne ni le quai
Mire sa désuétude
Au regard que j’abdiquai
 
Ici de la gloriole
Haute à ne la pas toucher
Dont maint ciel se bariole
Avec les ors de coucher
 
Mais langoureusement longe
Comme de blanc linge ôté
Tel fugace oiseau si plonge
Exultatrice à côté
 
Dans l’onde toi devenue
Ta jubilation nue
 
               II.
 
Indomptablement a dû
Comme mon espoir s’y lance
Éclater là-haut perdu
Avec furie et silence,
 
Voix étrangère au bosquet
Ou par nul écho suivie,
L’oiseau qu’on n’ouït jamais
Une autre fois en la vie.
 
Le hagard musicien,
Cela dans le doute expire
Si de mon sein pas du sien
A jailli le sanglot pire
 
Déchiré va-t-il entier
Rester sur quelque sentier !

Poésies (1899)

#ÉcrivainsFrançais

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