À Emmanuel des Essarts

Souvent la vision du Poète me frappe :
Ange à cuirasse fauve, il a pour volupté
L’éclair du glaive, ou, blanc songeur, il a la chape,
La mitre byzantine et le bâton sculpté.
 
Dante, au laurier amer, dans un linceul se drape,
Un linceul fait de nuit et de sérénité :
Anacréon, tout nu, rit et baise une grappe
Sans songer que la vigne a des feuilles, l’été.
 
Pailletés d’astres, fous d’azur, les grands bohèmes,
Dans les éclairs vermeils de leur gai tambourin,
Passent, fantasquement coiffés de romarin.
 
Mais j’aime peu voir, Muse, ô reine des poèmes,
Dont la toison nimbée a l’air d’un ostensoir,
Un poète qui polke avec un habit noir.

Poèmes de jeunesse

#ÉcrivainsFrançais

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