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Jacques Prévert

Jacques Prévert est un poète, scénaristeet artiste français, né le 4 février 1900 à Neuilly-sur-Seine, et mort le 11 avril 1977 à Omonville-la-Petite (Manche). Auteur de recueils de poèmes, parmi lesquels Paroles (1946), il devint un poète populaire grâce à son langage familier et à ses jeux sur les mots. Ses poèmes sont depuis lors célèbres dans le monde francophone et massivement appris dans les écoles françaises. Il a écrit des sketchs et des chœurs parlés pour le théâtre, des chansons, des scénarios et des dialogues pour le cinéma où il est un des artisans du réalisme poétique. Il a également réalisé de nombreux collages à partir des années 1940.

Jacques Prévert est un poète, scénaristeet artiste français, né le 4 février 1900 à Neuilly-sur-Seine, et mort le 11 avril 1977 à Omonville-la-Petite (Manche). Auteur de recueils de poèmes, parmi lesquels Paroles (1946), il devint un poète populaire grâce à son langage familier et à ses jeux sur les mots. Ses poèmes sont depuis lors célèbres dans le monde francophone et massivement appris dans les écoles françaises. Il a écrit des sketchs et des chœurs parlés pour le théâtre, des chansons, des scénarios et des dialogues pour le cinéma où il est un des artisans du réalisme poétique. Il a également réalisé de nombreux collages à partir des années 1940.

Biographie

Jacques André Marie Prévert, deuxième enfant d’André Louis Marie Prévert, un homme de lettres âgé de 29 ans, et de Marie Clémence Prévert, 22 ans, (née Catusse), naît au 19 de la rue de Chartres à Neuilly-sur-Seine (actuellement Hauts-de-Seine) le 4 février 1900. Il y passe son enfance. Jacques a un frère ainé, Jean, né en 1898, qui mourra en 1915 de la typhoïde. Il a aussi un frère cadet, Pierre, né le 26 mai 1906. Son père André Prévert (bonapartiste anticlérical), fait divers métiers pour gagner sa vie, et de la critique dramatique et cinématographique par plaisir. Il l’emmène souvent au théâtre et au cinéma. Marie Clémence, sa mère (d’origine auvergnate et ancienne vendeuse aux Halles de Paris,), l’initie à la lecture. En 1906, André Prévert perd son emploi et la famille, sans le sou, déménage à Toulon, jusqu’à ce que son père lui trouve un emploi à l’Office central des œuvres charitables ; la famille s’installe alors rue de Vaugirard. Jacques Prévert s’ennuie à l’école (faisant souvent l’école buissonnière en parcourant Paris avec la complicité de son père), et dès 15 ans, après son certificat d’études primaires, il abandonne les études. Il multiplie alors les petits travaux, notamment au grand magasin Le Bon Marché. Il fait quelques larcins et fréquente des voyous mais n’est jamais inquiété par la police : « La virginité de mon casier judiciaire reste encore pour moi un mystère », écrira-t-il plus tard. Mobilisé le 15 mars 1920, son service militaire s’effectue d’abord à Saint-Nicolas-de-Port où il rencontre Yves Tanguy, puis il réussit à se faire affecter en 1921 à Istanbul, pacifiquement occupée par les troupes alliées, où il fait la connaissance du traducteur et futur éditeur Marcel Duhamel.

En 1922, il retourne à Paris et y vivote en faisant de petits métiers. Avec Yves Tanguy, il fréquente également la Maison des amis des livres, rue de l’Odéon, tenue par Adrienne Monnier, qui leur fait découvrir la littérature et des personnalités comme André Breton et Louis Aragon. Il est hébergé de 1924 à 1928 par Marcel Duhamel qui s’est installé au 54 de la rue du Château près de Montparnasse. (Duhamel dirige l’hôtel Grosvenor qui appartenait à son oncle et qui est sis non loin de là.)

L’appartement de la rue du Château devient l’endroit de rencontre du mouvement surréaliste. C’est en fait un logement « collectif » qui accueille tous les amis désargentés de Duhamel : Raymond Queneau, Yves Tanguy. C’est dans cet endroit que Prévert trouve le terme de « cadavre exquis » pour définir le jeu littéraire auquel ses amis et lui se livrent. Le 30 avril 1925, il épouse Simone Geneviève Dienne (1903-1994), son amie d’enfance devenue violoncelliste dans un cinéma de la rue de Cluny pour accompagner les films muets. En 1928, il quitte la rue du Château et s’installe avec elle au pied de la butte Montmartre et se lance dans l’écriture (en février, il compose Les animaux ont des ennuis, son premier poème). On lui présente également le comédien Pierre Batcheff, qui cherche un scénariste pour son premier film ; c’est un coup de foudre amical et les Batcheff, émus par les conditions de vie très modestes du couple Prévert, décident de l’héberger chez eux. En 1929, plusieurs de ses poèmes paraissent dans des revues (en 1931, Tentative de description d’un dîner de têtes à Paris-France est remarqué dans le milieu littéraire). Prévert est toutefois trop indépendant d’esprit pour faire véritablement partie d’un groupe constitué, quel qu’il soit. Il supporte mal les exigences d’André Breton et la rupture est consommée en 1930.

Jacques Prévert ne se sent pourtant pas encore écrivain. Il s’installe rue Dauphine et intègre le groupe des Lacoudem, également lié par une forte amitié.

En 1932, Jacques Prévert est sollicité (à l’initiative du communiste Paul Vaillant-Couturier) par le groupe Octobre pour écrire des textes contestataires d’agitation-propagande. Sa verve, son humour, son aisance à rédiger très rapidement sur des sujets d’actualité brûlants, feront la notoriété du groupe. Le plus célèbre de ces textes, La Bataille de Fontenoy (présenté en 1933 aux Olympiades internationales du théâtre ouvrier à Moscou, devant Staline), se moque des hommes politiques de l’époque. De 1932 à 1936, le groupe est très actif et se produit dans des usines en grève (Citroën), des manifestations, en pleine rue, ou encore dans des bars. Prévert est l’auteur principal, et Lou Bonin le metteur en scène. Les textes, en prise directe avec l’actualité nationale ou internationale, sont écrits à chaud et les représentations données après à peine une nuit de répétition. Aux côtés de Jacques Prévert et de son frère Pierre, on trouve Raymond Bussières, Marcel Mouloudji, Maurice Baquet, Margot Capelier, Agnès Capri ou encore des futurs cinéastes Paul Grimault, Yves Allégret et Jean-Paul Le Chanois. Une équipe d’amis et de fidèles avec lesquels Prévert continuera de travailler par la suite. À l’été 1932, la troupe est invitée à Moscou d’où Jacques Prévert ne revient pas militant communiste. Le groupe se sépare le 1er juillet 1936, à la suite d’une dernière représentation de leur spectacle, Tableau des merveilles. Prévert se consacre alors pleinement au cinéma.

Toute sa vie, Jacques Prévert témoignera d’un engagement politique sincère. Surréaliste inclassable, certains observateurs n’hésitent pourtant pas à l’apparenter au courant libertaire. En 2012, Jean-Louis Trintignant l’intégrera dans son spectacle Trois poètes libertaires, aux côtés de Boris Vian et de Robert Desnos.

Cet engagement sera à l’origine de ses plus belles réussites et de nombre de ses déboires. Le groupe Octobre, avec lequel il se fit remarquer, était une troupe de théâtre itinérante qui allait jouer dans les usines en grève. Jean Renoir, compagnon de route du Parti communiste français, travaille tout naturellement avec lui, en particulier sur Le Crime de monsieur Lange. Lumière d’été de Jean Grémillon met en scène l’oisiveté et le travail, et Les Visiteurs du soir s’achève, après que le diable a transformé en statues de pierre les amoureux qui lui résistaient, par un battement sourd et cette réplique, que tous les Français comprirent : « Ce cœur qui bat, qui bat…».

Il est le scénariste et le dialoguiste de plusieurs grands films français des années 1935-1945, notamment Drôle de drame, Le Quai des brumes, Le jour se lève, Les Visiteurs du soir, Les Enfants du paradis et Les Portes de la nuit de Marcel Carné, Le Crime de monsieur Lange de Jean Renoir, Remorques et Lumière d’été de Jean Grémillon. Il adapte deux contes d’Andersen, d’abord La Bergère et le Ramoneur, qui devient Le Roi et l’Oiseau, film d’animation de Paul Grimault en 1957, puis, en 1964, Grand Claus et Petit Claus, à la télévision, Le Petit Claus et le Grand Claus de son frère Pierre Prévert.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il protège son ami Joseph Kosma, qui, grâce à lui, peut poursuivre son travail de musicien, et il aide également le décorateur Alexandre Trauner à se cacher.

Ses poèmes sont mis en musique par Joseph Kosma dès 1935 (À la belle étoile) ; ses interprètes sont, entre autres, Agnès Capri, Juliette Gréco, les Frères Jacques, Yves Montand.

C’est en 1938 au bord du paquebot le Normandie que Jacques Prévert et Jacques Canetti se rencontrent. Destination New-York. Le premier accompagne l’actrice Jacqueline Laurent qui fait ses débuts au cinéma et dont il est amoureux. Le second, directeur artistique de Radio Cité, va à New-York pour voir comment on fait de la radio outre-Atlantique.

L’un et l’autre se connaissent de nom. Ils ont pour amies Marianne Oswald et Agnès Capri, qui chantent déjà les chansons de Prévert au « Bœuf sur le Toit » de Jean Cocteau. Ils promettent de se revoir, mais la guerre arrive.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se réfugie à Nice.

Ils se retrouveront DIX ans plus tard exactement. En 1949, à Saint-Germain-des-Prés, les Frères Jacques font un triomphe avec Exercices de style de Raymond Queneau. Jacques Canetti, producteur musical des disques Polydor, leur propose de les enregistrer sur un disque consacré aux chansons de Prévert. Canetti fait ensuite enregistrer du Prévert par Juliette Gréco, Yves Montand, Catherine Sauvage, Serge Reggiani. Sans oublier Jacques Prévert lui-même, qu’il enregistre en le faisant accompagner à la guitare par Henri Crolla.

En 1975, ils retrouvent leur complicité grâce au compositeur espagnol Sebastian Maroto, qui compose avec Jacques Prévert ses dernières chansons ; treize chansons aux lignes mélodiques claires. Ces chansons sont, à la demande de Canetti et de Prévert, chantées par Zette, la femme du compositeur, et elles paraissent en disque vinyle aux Productions Jacques Canetti.

Au lendemain de la guerre, l’éditeur René Bertelé obtient de Prévert l’autorisation de rassembler en un recueil ses nombreux textes et poèmes parus depuis les années 1930 dans des revues littéraires. Sorti en mai 1946, Paroles est le premier livre signé Prévert. Il en a lui-même créé le graphisme, à partir d’une photo de graffiti de son ami Brassaï. Le succès, critique comme public, est foudroyant. Le style joyeusement iconoclaste de Prévert et ses thèmes de prédilection, les bonheurs simples, la révolte et l’amour, séduisent autant le cercle de Saint-Germain-des-Prés que le grand public. En quelques semaines, les 5 000 exemplaires du premier tirage s’envolent. Une nouvelle édition enrichie est vite publiée, et ses poèmes sont traduits en anglais, en italien, en japonais, etc. D’autres recueils suivront (Spectacle, La pluie et le beau temps, Histoires, Fatras, Imaginaires, Choses et Autres), dans lesquels aphorismes, dessins, collages, sketches voisinent avec les poèmes. Parallèlement à ses propres recueils, Prévert cosigne des ouvrages avec des photographes, des peintres ou des illustrateurs pour enfants (Jacqueline Duhême, Elsa Henriquez, Ylla…). Jacques Prévert prend alors ses distances avec le cinéma afin de se consacrer à l’écriture.

En 1948, il confie à Henri Crolla la composition des musiques de ses chansons, dont La Chanson des cireurs de souliers de Broadway destinée à Montand. Il se sépare de Kosma qui a pris le parti du producteur dans le film Le Roi et l’Oiseau que Paul Grimault jugeait inachevé. Le film sort dans une première version désavouée par les auteurs Grimault et Prévert, sous le titre La Bergère et le Ramoneur. C’est la fin de sa collaboration avec Kosma.

Le 12 octobre 1948, à Paris, pendant une interview, il tombe accidentellement d’une porte-fenêtre et reste plusieurs jours dans le coma (il reste ensuite marqué par des séquelles neurologiques irréversibles). Le hasard a voulu que Pierre Bergé, qui était arrivé le jour même, pour la toute première fois, dans la capitale, fût témoin de l’accident alors qu’il se promenait sur les Champs-Élysées. En repos forcé à Saint-Paul-de-Vence, il se met à pratiquer assidûment le collage, qui constitue pour lui une autre forme de poésie. Parallèlement à sa production de collages, il se consacre à des dessins animés et à des films pour enfants et collabore à de nombreux ouvrages avec ses amis peintres, dessinateurs et photographes, le plus souvent pour des éditions limitées : Grand Bal du printemps avec le photographe Izis Bidermanas, Les Chiens ont soif avec Max Ernst, textes pour le peintre Miró, pour le photographe Robert Doisneau, etc. Il travaille aussi avec des illustrateurs : il réalise en 1953 L’Opéra de la Lune avec Jacqueline Duhême, pionnière de l’illustration pour enfants, ou encore Lettre des îles Baladar, avec le dessinateur André François.

Jacques Prévert a longtemps vécu dans des meublés et des hôtels, avant de s’installer en 1956 dans un appartement au 6 bis, cité Véron dans le quartier des Grandes-Carrières, au fond d’une petite impasse derrière le Moulin-Rouge, sur le même palier que Boris Vian qui se produit au cabaret de son frère Pierre Prévert : La Fontaine des Quatre-Saisons où il lui plaît d’accueillir lors de ses visites les spectateurs de renom coiffé d’une casquette de chasseur marquée en lettres dorées : La Fontaine des Quatre-Saisons.

En 1957, Jacques Prévert expose pour la première fois à la galerie Maeght une série de collages, genre artistique insolite et inclassable qu’il pratique avec passion depuis 1948. Suivront le Musée Grimaldi à Antibes en 1963 et, un an plus tard, la galerie Knoedler à Paris qui présentent 112 collages de Jacques Prévert provenant de sa collection personnelle, et de celles de ses amis Picasso, René Bertelé, Marcel Duhamel, André Villers, Betty Bouthoul et Renée Laporte. Ses collages sont un prolongement direct de son écriture imagée, inspirés de la tradition surréaliste et d’une grande liberté formelle, ils jouent sur le détournement d’aphorismes ou d’expressions populaires, la relecture ou la réappropriation d’images existantes. Ses collages s’intègreront tant et si bien à son œuvre poétique qu’il en publiera cinquante-sept dans son recueil Fatras (1966) et vingt-cinq dans Imaginaires (1970).

Le domicile secondaire de la famille Prévert est à Antibes, mais, à la suite de la résiliation de son bail par le propriétaire qui souhaitait récupérer l’appartement des remparts, il doit quitter Antibes. Sur les conseils du décorateur Alexandre Trauner, il achète alors une maison en 1971 à Omonville-la-Petite, dans la Manche. Le 11 avril 1977, il y meurt des suites d’un cancer du poumon, lui qui fumait trois paquets de cigarettes par jour et en avait toujours une à la bouche. Il avait 77 ans.

Aux côtés de sa femme, de sa fille et de son ami Alexandre Trauner, il est enterré au cimetière d’Omonville-la-Petite, où l’on peut également visiter sa maison. Non loin de là, à Saint-Germain-des-Vaux, ses amis ont aménagé un jardin dédié au poète.

Vie privée

Le 30 avril 1925, il épouse Simone Geneviève Dienne, son amie d’enfance dont il divorce en 1935. Il vit une histoire d’amour avec la comédienne Jacqueline Laurent en 1936, puis avec une jeune actrice de 15 ans, Claudy Emanuelli (dite Claudy Carter), et enfin en 1943 avec Janine Fernande Tricotet (1913-1993), élève du danseur Georges Pomiès, qu’il épouse le 4 mars 1947 et avec qui il a une fille, Michèle, née en 1946.

L’œuvre

Langage et style

Prévert fait éclater le caractère conventionnel du discours par le jeu des mots. Sa poésie est constamment faite de jeux sur le langage (calembours, inventions burlesques, néologismes, lapsus volontaires…) dont le poète tire des effets comiques inattendus (un humour parfois noir), des significations doubles ou encore des images insolites.

Ses poèmes fourmillent de jeux de sons, de combinaisons pour l’oreille (allitérations, rimes et rythmes variés) qui paraissent faciles, mais dont Prévert fait un usage savant. Enfin, il ne faut pas négliger, comme l’a fait remarquer Danièle Gasiglia-Laster dans son introduction aux Œuvres complètes de Prévert dans la Bibliothèque de la Pléiade, les apports du surréalisme dont on retrouve les traces : inventaires, énumérations hétéroclites d’objets et d’individus, additions de substantifs ou d’adjectifs, etc. Il est friand des procédés de l’image, de la métaphore et de la personnification (animal, objet, humain).

Prévert s’en prend aux stéréotypes du langage, à tout ce qui est figé, imposé : « Les expressions stéréotypées, les citations célèbres, les proverbes, permettent toutes les mystifications possibles. Quand certains êtres en oppriment d’autres, ils tentent en effet de leur faire croire que ce qui se dit ou s’écrit reflète l’ordre naturel des choses : “ A tout seigneur tout honneur ”, " Qui aime bien châtie bien “, etc. Aussi Prévert va-t-il détourner de leur sens ces ” messages du mensonge “, les subvertir au profit de ceux qu’ils desservaient : ” Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage à demain, si on ne vous paie pas le salaire d’aujourd’hui " […], ou bien inventera à son tour des aphorismes qui insinueront d’autres rapports de force et surtout une autre conception de la société : " Quand les éboueurs font grève, les orduriers sont indignés " […]. Quand il utilise des clichés, non pas pour les mettre dans la bouche de personnages sans consistance, mais pour son propre compte, il leur fait subir une cure de jouvence, le plus souvent en les prenant à leur premier degré de signification. Ainsi, le monde de “ Lanterne magique de Picasso ” est-il “ beau comme tout ”, comme la totalité de l’univers et de ses parcelles. Bousculer les automatismes se révèle en définitive vital, car à trop se contenter d’utiliser le langage tel qu’il nous est donné, avec les mêmes immuables associations, on risque de pétrifier les êtres et les choses. » explique Danièle Gasiglia-Laster (Introduction au tome 1 des Œuvres complètes de Prévert, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard).

« Jacques Prévert est très attaché à la langue. Il est un gourmet des mots qui éprouve un vrai plaisir en jouant avec eux. Et cette jouissance du verbe, il la communique à ses lecteurs. Dès que les mots jaillissent, il les attrape et s’amuse : il les associe, les oppose, les détourne, les fait sonner les uns avec les autres, joue avec leurs différents sens… Il part de mots simples, « des mots de tous les jours » comme les nomme Garance/Arletty dans Les Enfants du paradis (Marcel Carné, 1945). Et, grâce à un travail d’orfèvre, il leur donne une force et une vivacité teintées d’humour – parfois noir et féroce – qui constituent sa patte. L’humour est capital. N’oublions pas que Prévert a été élevé à la distinction de Satrape du Collège de Pataphysique en qualité de fabricant de Petits Plats dans les Grands pour la définition qu’il en avait donnée dans La Nef (01/1951) : " Depuis trop longtemps on prenait l’humour à la légère, il s’agit maintenant de le prendre à la lourde " » écrit Carole Aurouet dans Jacques Prévert, Paris la belle, catalogue d’exposition.

Ses principaux jeux de motsjeu de cortège : développement descriptif, énumération d’objets et/ou d’individus, illustré notamment dans le poème “ Inventaire ” (d’où l’expression " inventaire à la Prévert ").

équivoque : jeu sur la double signification d’un mot, au sens propre et au sens figuré, sens courant ou sens argotique. Exemple : le titre du poème Petite tête sans cervelle, pris au figuré, prend plus tard le sens propre : l’enfant distrait sera renversé par un train.

zeugma : procédé qui rattache grammaticalement des termes qui ne se rapportent pas logiquement l’un à l’autre. Exemple de l’auteur : Napoléon prit du ventre et beaucoup de pays.

calembours : fondé sur une similitude de sons ou de sens.

néologisme : création de nouveaux mots.

mots pris à la lettre : jeux sur le sens premier des mots.

logique de l’absurde : tout ce qui est contraire à la raison.

allitération : répétition de consonnes.

rime et rythme : intérieur et extérieur.

aphorismes de fantaisie : maximes et proverbes de son imagination.

La syllepse est la figure de style qu’il utilise avec prédilection : elle consiste à opérer des glissements entre le sens propre et le sens figuré des mots. Par exemple, dans un texte de Paroles, intitulé « La Lessive », Prévert joue avec une expression populaire « laver son linge sale en famille » (qui désigne le fait de garder dans le cercle familial les éventuels « secrets honteux » qu’on peut avoir à cacher) et s’amuse à la prendre au pied de la lettre, en représentant la famille autour d’un baquet, en train de récurer la fille de la maison qui a commis une faute qui sème la zizanie dans le cercle familial.

Scénarios

Prévert est, avec notamment Quai des brumes de Marcel Carné en 1938, Le Crime de monsieur Lange de Jean Renoir (1936) et Les Enfants du paradis de Marcel Carné (1945), l’un des grands scénaristes français.

Les réalisateurs avec qui il a travaillé lui accordaient une grande confiance sur l’histoire racontée par le film. Nombre de réalisateurs ont réalisé leur meilleur film avec lui, ou du moins le plus original. Nombre de ses répliques ( «—T’as de beaux yeux, tu sais ?—Embrassez-moi. ») («—François, y a plus de François ! ») ( « Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour. ») (« Vous êtes riche et vous voudriez être aimé comme un pauvre. Et les pauvres on ne peut quand même pas tout leur prendre, aux pauvres ! ») sont parfois plus connues que ses poèmes. Prévert qui travaillait sur les films jusqu’au mot FIN  est souvent qualifié d’auteur sans que des réalisateurs aussi talentueux que Renoir, Carné ou Grémillon en prennent ombrage.

Il a travaillé près de trente ans avec Paul Grimault sur Le Roi et l’Oiseau, et, alors que Paul Grimault avait enfin trouvé les moyens de finir son film, et que Prévert était à l’article de la mort, il a travaillé sur les dialogues jusqu’à son dernier souffle. La veille de sa mort, il envoie un télégramme à Paul Grimault avec ces mots : « Et s’il n’en reste qu’un, nous serons ces deux-là. » Le Roi et l’Oiseau s’achève sur la libération d’un oiseau enfermé dans sa cage par le robot destructeur, libéré lui aussi, et qui, dès que l’oiseau s’envole, écrase la cage d’un coup de poing.

Dans le cinéma, son nom est attaché aux grandes œuvres de la période du cinéma français de 1935 à 1945. Après guerre, l’insuccès commercial du film Les Portes de la nuit sera le prétexte aux productions de cinéma pour ne plus travailler avec cet auteur trop engagé, et trop indépendant pour se soumettre à leurs ordres[réf. nécessaire]. Il continue comme scénariste, avec encore de belles réussites, comme Les Amants de Vérone d’André Cayatte (1948), les films réalisés avec Paul Grimault, notamment Le Roi et l’Oiseau dont il est question plus haut, les films réalisés pour la télévision avec Pierre Prévert, Le Petit Claus et le Grand Claus (1964), La Maison du passeur (1965). Mais à partir de la publication de Paroles, il se consacre davantage à ses textes publiés en recueils.

En 2007, fut créé par l’Union Guilde des Scénariste (devenu depuis la Guilde française des scénaristes) le Prix Jacques-Prévert du scénario. Avec l’accord de sa petite-fille, Eugénie Bachelot-Prévert, le prix rend hommage à celui que l’on considère comme un grand scénariste. La récompense (souvent décernée le 4 février, la date d’anniversaire du poète) est remise au meilleur scénario, parmi les films français sortit dans l’année, par un jury composé de scénaristes.

Chansons

La musique classique

Prévert a écrit un certain nombre de poèmes en hommage à des œuvres musicales qu’il appréciait. Il a, en 1974, participé, à la demande d’Arnaud Laster, à une émission diffusée sur France Musique, L’Antenne de France-Musique est à Jacques Prévert. Dans cet entretien avec A. Laster, enregistré dans la maison qu’il habitait alors avec sa femme Janine à Omonville-la-Petite, il parle de son goût pour des musiciens aussi divers que Alban Berg, Georges Bizet, Igor Stravinsky, Antonio Vivaldi, Erik Satie, Haendel, Carl Orff… C’est le peintre autrichien Lucas Suppin qui a mis en relation Jacques Prévert avec Carl Orff. Nous apprenons également dans ces lettres de Suppin que Orff, Suppin et Prévert avaient un projet commun autour d’un livre (probablement autour du thème d’Œdipe), mais celui-ci ne s’est jamais réalisé.

Prévert entretenait avec Carl Orff une proximité amicale comme en témoignent ses dédicaces régulières, dont une datée de 1959 : « à Carl Orff, à sa musique– Jacques Rêve-vert ». Un poème publié dans Choses et autres, Carmina Burana (titre d’une cantate scénique de Carl Orff : Carmina Burana) rend hommage à ces chants profanes. Ce poème sera repris dans l’ouvrage Carmina Burana (Manus Press 1965 ) illustré de partitions de Carl Orff et de dessins de HAP Grieshaber (de).

Prévert entend dans la musique de Carl Orff, écrit Arnaud Laster, « un hymne à la beauté et à l’amour » et « une revendication du bonheur qui rejoint la sienne ». L’un et l’autre ont travaillé l’histoire d’Agnès Bernauer : Die Bernauerin pour Carl Orff en 1947 et Agnès Bernauer pour Prévert en 1961 dans le film Les Amours célèbres de Michel Boisrond.

Participation ouvrage collectif militant

Hervé Bazin, Marc Beigbeder, Jean-Marie Domenach, Francis Jeanson, Michel Leiris, Jacques Madaule, Marcel Mer, Jean Painlevé, Roger Pinto, Jacques Prévert, Roland de Pury, J.H. Roy, Vercors et Louis de Villefosse (préf. Jean-Paul Sartre), L’Affaire Henri Martin : Commentaire de Jean-Paul Sartre (Collectif), Paris, Gallimard, coll. « nrf / Hors série Connaissance », 29 octobre 1953, 296 p. (ISBN 2070248364, présentation en ligne).

Réception

Carole Aurouet en fait le commentaire suivant :

Prévert étant devenu Transcendant Satrape du Collège de 'Pataphysique en 1953, et

Danièle Gasiglia-Laster précise, dans son analyse sur Paroles parue dans la collection Foliothèque de Gallimard :  

L’écrivain Roger Bordier fera un éloge politique de Jacques Prévert dans la revue Europe :

« Du côté des exploités, des pauvres, des démunis, Prévert a crié la scandaleuse organisation de la misère, la honte du crime institutionnalisé, les tartufferies d’une presse aux ordres, la sadique organisation d’une puissance industrielle […] qui confond ses bénéfices personnels avec les biens de la nation . »

L’écrivain Pierre Jourde, ironisant sur l’admiration de Frédéric Beigbeder pour Prévert dans son Dernier inventaire avant liquidation, commente :

Michel Houellebecq se montre à son tour particulièrement hermétique à la poésie de Jacques Prévert mais la conclusion de l’article où il attaque l’auteur de Paroles – qui fait encore polémique –  montre à l’évidence que c’est le “ libertaire ” qui est visé :

Philippe Forest s’en prend, lui,  à ceux qui attaquent Hugo, Aragon ou Prévert – dont il estime que Tentative de description d’un dîner de têtes à Paris-France est un texte « merveilleux »– et pense qu’il faut en finir avec « une lecture stéréotypée de l’histoire littéraire. Peu de lecteurs lucides ont ouvert la voie. Il y a eu en effet Bataille, l’un des rares à prendre au sérieux Paroles – l’un des plus grands livres, pourtant, du siècle passé. Mais connaissez-vous beaucoup de thuriféraires de Histoire de l’œil qui se souviennent du texte que Bataille a consacré à Prévert ? Voilà qui compliquerait beaucoup la réflexion routinière de la critique. Et si les mauvais sentiments, au fond, ne produisaient jamais que de la mauvaise littérature ? Et si le roman, la poésie vraie étaient en fait du parti de cette chose si désuète, démodée qu’on nommait autrefois la bonté ? Cette pensée-là, il a fallu toute sa vie à quelqu’un comme Roland Barthes pour avoir le courage de l’exprimer. Il est vrai qu’elle est assez scandaleuse pour qu’il nous faille tout le siècle à venir pour en méditer l’énigme. » (propos recueillis par Danièle Gasiglia-Laster et Arnaud Laster, L’Echo Hugo, n°5, 2005).

En 2017, le metteur en scène Laurent Pelly propose une création au Théâtre national de Toulouse où il choisit d’explorer l’œuvre de Jacques Prévert,

Œuvres

Poèmes

Théâtre

1951– Dîner de têtes, masques réalisés par Elsa Henriquez
Jacques Prévert, Octobre. Sketches et chœurs parlés pour le Groupe Octobre (1932-1936) réunis et commentés par André Heinrich, Gallimard 2007.
Jacques Prévert, Attention au Fakir ! Suivi de textes pour la scène et l’écran, textes de Jacques Prévert réunis et présentés par André Heinrich (Gallimard, 1995)

Entretiens

Hebdromadaires (avec André Pozner)

Livres d’art et collages

Livres pour enfants

Si plusieurs livres pour la jeunesse sont parus après la mort de Jacques Prévert sous sa signature, Prévert n’y est pour rien. Ces volumes post mortem ont été constitués à partir de textes extraits de ses recueils. De son vivant, il n’avait conçu et publié que six livres pour les enfants.
Deux films pour enfants dont Jacques Prévert est le coauteur ont fait l’objet d’une version livresque :
1952 : Bim, le petit âne, de Jacques Prévert et Albert Lamorisse
1980 : Le Roi et l’Oiseau, de Jacques Prévert et Paul Grimault

Autres ouvrages

1946 : Le Cheval de Trois
1951 : Vignettes pour les vignerons
1953 : Tour de chant

Poèmes et textes mis en chanson

1959 : Récital 1958 au Théâtre de L’Étoile (2 titres)
1962 : Yves Montand chante Jacques Prévert (album de 15 titres)
2000 : Je suis comme ça, Lio chante Prévert
2003 : Cœur de rubis, enregistrement du récital Lio chante Prévert
2016 : Jacques Prévert, ces chansons qui nous ressemblent (coffret 70 chansons et poèmes) Productions Jacques Canetti

Anthologie

Jacques Prévert, un poète, textes choisis et présentés par Arnaud Laster, Folio junior en poésie, Gallimard, 1980 [nouvelle édition : 1993]

Filmographie

Dans la fiction

Dans le téléfilm Arletty, une passion coupable (2015) d’Arnaud Sélignac, il est joué par Marc Citti.

Postérité

Jacques Prévert est le deuxième homme le plus célébré au fronton des 67 000 établissements scolaires français (recensement en 2015) : pas moins de 472 écoles, collèges et lycées lui ont donné son nom, derrière Jules Ferry (642), mais devant Jean Moulin (434), Jean Jaurès (429), Jeanne d’Arc (423), Antoine de Saint-Exupéry (418), Victor Hugo (365), Louis Pasteur (361), Marie Curie (360), Pierre Curie (357), Jean de la Fontaine (335).

Les références

Wikipedia – https ://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Pr%C3%A9vert

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