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L’épervier

Il y a nombre d’années,
AV.,
Nous avons vu le temps venir au-devant de nous
Qui regardions par la fenêtre ouverte
De la chambre au-dessus de la chapelle.
C’était un épervier
Qui regagnait son nid au creux du mur.
Il tenait dans son bec un serpent mort.
 
Quand il nous vit
Il cria de colère et d’angoisse pure
Mais sans lâcher sa proie et, immobile
Dans la lumière de l’aube,
Il forma avec elle le signe même
Du début, du milieu et de la fin.
Et il y avait là
 
Dans le pays d’été, très près du ciel,
Nombre de vases, serrés ; et de chacun
S’élevait une flamme ; et de chaque flamme
La couleur était autre, qui bruissait,
Vapeur ou rêve, ou monde, sous l’étoile.
On eût dit d’un affairement d’âmes, attendues À un appontement au bout d’une île.
 
Je croyais même entendre des mots, ou presque
(Presque, soit par défaut, soit par excès
De la puissance infirme du langage),
Passer, comme un frémissement de la chaleur
Dans l’air phosphorescent qui ne faisait qu’une
De toutes ces couleurs dont il me semblait
Que certaines, au loin, m’étaient inconnues.
Je les touchais, elles ne brûlaient pas.
J’y avançais la main, non, je ne prenais rien
De ces grappes d’un autre fruit que la lumière
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