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Passant auprès du feu

Je passais près du feu dans la salle vide
Aux volets clos, aux lumières éteintes,
Et je vis qu’il brûlait encore, et qu’il était même
En cet instant à ce point d’équilibre
 
Entre les forces de la cendre, de la braise
Où la flamme va pouvoir être, à son désir,
Soit violente soit douce dans l’étreinte
De qui elle a séduit sur cette couche
 
Des herbes odorantes et du bois mort.
Lui, c’est cet angle de la branche que j’ai rentrée
Hier, dans la pluie d’été soudain si vive,
Il ressemble à un dieu de l’Inde qui regarde
 
Avec la gravité d’un premier amour
Celle qui veut de lui que l’enveloppe
La foudre qui précède l’univers.
Demain je remuerai
 
La flamme presque froide, et ce sera
Sans doute un jour d’été comme le ciel
En a pour tous les fleuves, ceux du monde
Et ceux, sombres, du sang.
 
L’homme, la femme,
Quand savent-ils, à temps,
Que leur ardeur se noue ou se dénoue ?
Quelle sagesse en eux peut pressentir.
 
Dans une hésitation de la lumière
Que le cri de bonheur se fait cri d’angoisse ?
Feu des matins,
Respiration de deux êtres qui dorment,
 
Le bras de l’un sur l’épaule de l’autre.
Et moi qui suis venu
Ouvrir la salle, accueillir la lumière.
 
Je m’arrête, je m’assieds là, je vous regarde.
Innocence des membres détendus,
Temps si riche de soi qu’il a cessé d’être.
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