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Théophile Gautier

Jules Pierre Théophile Gautier, né à Tarbes le 30 août 1811 et mort à Neuilly-sur-Seine le 23 octobre 1872, est un poète, romancier et critique d’art français. Fils de Jean-Pierre Gautier et d’Adélaïde Cocard, Théophile Gautier né dans les Hautes-Pyrénées, est cependant parisien depuis sa plus jeune enfance. Habitant place des Vosges, il fait la connaissance du futur Nerval au collège Charlemagne et s’intéresse très jeune à la poésie. En 1829, il rencontre Victor Hugo qu’il reconnaît pour son maître et participe activement au mouvement romantique comme lors de la fameuse bataille d’Hernani, le 25 février 1830. Il évoquera avec humour cette période en 1833 dans Les Jeunes-France. Il publie en 1831-1832 ses premières poésies qui passent inaperçues mais il se distingue de ses amis romantiques par ses préoccupations formalistes fustigeant les visions moralistes ou utilitaires de la littérature dans la célèbre préface à son roman épistolaire Mademoiselle de Maupin (1835). Il écrit aussi ses premières nouvelles comme La Cafetière (1831), dans une veine fantastique qu’il approfondira dans d’autres œuvres (Avatar en 1856, Le Roman de la momie en 1858). En 1836, à la demande de Balzac, il donne des nouvelles et des critiques d’art au journal La Chronique de Paris. Il collabore ensuite intensément à d’autres journaux, en particulier La Presse d’Émile de Girardin: certains de ces textes seront regroupés plus tard en volumes (Les Grotesques, Souvenirs littéraires…). Il publie aussi des poèmes (La Comédie de la Mort, 1838) et s’essaie au théâtre (Une larme du diable, 1839). Entre mai et octobre 1840, il accomplit avec le photographe Eugène Piot, un grand voyage au-delà des Pyrénées. Il envoie ses impressions au journal La Presse. Gautier rapporte un carnet d’impressions (Voyage en Espagne) et de nouveaux poèmes (España, 1845). En 1846, il retourne en Espagne, invité par Louis-Philippe pour le mariage du Duc de Montpensier avec l’Infante. La nouvelle romantique Militona voit le jour en 1847. Elle se déroule à Madrid. D’autres voyages en Algérie, en Italie, en Grèce, en Égypte, nourriront aussi diverses publications. En 1852, paraît Émaux et Camées, recueil de vers qu’il enrichit jusqu’en 1872 et qui fait de son auteur un chef d’école: Baudelaire dédie ses Fleurs du mal au « poète impeccable » et Théodore de Banville salue le défenseur de « l’art pour l’art », précurseur des Parnassiens à la recherche du beau contre les épanchements lyriques des romantiques et valorisant le travail de la forme (« Sculpte, lime, cisèle » écrit Gautier dans son poème L’Art, dernière pièce de Émaux et Camées, édition de 1872). En 1855, Gautier quitte la Rédaction du journal La Presse et entre au Moniteur Universel. Critique d’art et de spectacles, l’auteur fournit chaque mois de nombreux articles sur la peinture et la vie culturelle, ainsi que ses œuvres en avant-première. L’égyptologie est à la mode depuis que Champollion a découvert les secrets de l’écriture hiéroglyphique. Théophile Gautier passionne ses lecteurs, dès le 11 mars 1857, avec Le Roman de la Momie, une histoire d’amour qui se déroule au temps des pharaons. Paru en 1848 dans La Presse sous le titre Les Deux Étoiles, un roman où des aventuriers anglais tentent de délivrer Napoléon Ier de l’île de Sainte-Hélène est publié à partir du 24 juin 1865 dans L’Univers Illustré. Il s’intitulera alors La Belle Jenny. Il continue à publier des articles ou des poèmes, mais aussi une biographie d’Honoré de Balzac ou des œuvres de fiction comme son roman de cape et d’épée Le Capitaine Fracasse (1863). Il est nommé bibliothécaire de la princesse Mathilde et fréquente les salons littéraires du Second Empire mais aussi le milieu de l’art, s’intéressant aux musiciens (il écrit sur Berlioz, Gounod, Wagner… et élabore le livret du ballet Giselle) comme aux peintres (Eugène Delacroix, Édouard Manet, Gustave Doré, Théodore Chassériau…). Il meurt en 1872 laissant l’image d’un témoin de la vie littéraire et artistique de son temps dont les conceptions artistiques ont compté et dont l’œuvre diverse est toujours reconnue. Biographie Les premières années Né à Tarbes le 30 août 1811, Théophile Gautier gardera longtemps « le souvenir des silhouettes des montagnes bleues ». Il a trois ans lorsque sa famille s’installe à Paris. Malgré son jeune âge, il éprouve de la nostalgie et s’habitue mal à son nouvel environnement. Étonnamment précoce, il n’a que cinq ans quand il commence à lire. Ses premières grandes passions sont Robinson Crusoé ou Paul et Virginie, qui lui font une vive impression ; il rêve alors de devenir marin, avant de se passionner pour le théâtre, notamment pour la peinture des décors. En 1820, à l’âge de neuf ans, il fait un bref séjour comme demi-pensionnaire au lycée Louis-le-Grand. Ses parents doivent l’en retirer au bout d’un trimestre parce qu’il y dépérit. Plus heureux comme « externe » au collège Charlemagne, Gautier y rencontre le jeune Gérard Labrunie (le futur Nerval). À cette époque, il commence à manifester un goût particulier pour les poètes latins tardifs dont la langue étrange le fascine. Il est en première lorsqu’il commence à fréquenter l’atelier du peintre Louis-Édouard Rioult (1790-1855), rue Saint-Antoine, et découvre à cette occasion qu’il souffre de myopie. « La grande boutique… romantique » Le 27 juin 1829, Gautier rencontre celui qui allait devenir son « maître » en littérature, Victor Hugo, auquel le présentent Gérard et Pétrus Borel. Cet évènement précipite sa carrière d’écrivain. Le 25 février 1830, il participe à la fameuse bataille d’Hernani, vêtu d’un gilet rouge qui marquera durablement les esprits. Le soir même, cet hernaniste acharné quitte l’atelier de Rioult. Il mène « toutes les grandes campagnes romantiques » contre les chiens de garde du classicisme, « toutes ces larves du passé et de la routine, tous ces ennemis de l’art, de l’idéal, de la liberté et de la poésie, qui cherchent de leurs débiles mains tremblotantes à tenir fermée la porte de l’avenir. » Dans le même temps, il écrit un premier recueil de vers, dont son père finance la publication chez Mary. L’œuvre sort en 1830 et passe totalement inaperçue. Ces premières poésies montrent pourtant un jeune poète fort habile, ayant déjà acquis la manière de ses illustres prédécesseurs. Gautier y fait cependant preuve d’une originalité réelle par un sens inné de la forme et une expression nette et précise. Il continue à fréquenter Victor Hugo et ses proches. C’est dans ce cénacle qu’il fait la connaissance de Célestin Nanteuil, qui trois ans plus tard, lorsque Gautier réimprime ses premiers vers dans un nouveau recueil, Albertus, l’illustre d’ « une eau-forte ultra-excentrique ». Il rencontre également l’éditeur romantique Eugène Renduel, qui vient de publier les Soirées de Walter Scott, de Paul Lacroix. À sa demande il écrit en 1833 Les Jeunes-France, qui rendent compte avec truculence de la vie des artistes qui forment le Cénacle. Dans cet ouvrage « baroque », Gautier se fait le témoin lucide et ironique de ces « Précieuses Ridicules du Romantisme ». Deux ans plus tard, il publie également chez Renduel Mademoiselle de Maupin (1835), qui fait un véritable scandale. Quittant le domicile familial, place des Vosges, Théophile Gautier s’installe impasse du Doyenné, à côté de l’emplacement de l’actuelle place du Carrousel, dans un hôtel particulier en ruine, où il côtoie Camille Rogier, Arsène Houssaye, et Nerval. Il partage un appartement avec Eugène Piot. Les débuts de critique et nouvelliste Honoré de Balzac, qui apprécie ces jeunes talents, envoie Jules Sandeau leur proposer de contribuer au journal La Chronique de Paris en 1836. « Balzac, qui daignait me trouver du talent et le dire, m’envoya chercher par Jules Sandeau ». Gautier y publie des nouvelles comme La Morte amoureuse et La Chaîne d’or et des critiques d’art. Il sera fort impressionné par le « maître » et plus tard, il contribuera à sa légende avec des portraits biographiques d’Honoré de Balzac. Il travaille également pour le magazine de Charles Malo, La France littéraire, et pour le quotidien d’Émile de Girardin, La Presse. Dans ce journal, Gautier se charge d’abord de la critique d’art. On évalue à plus de deux mille le nombre des feuilletons et articles qu’il aurait rédigés pour ce journal. Un nombre restreint de ces articles est recueilli en volumes: Les Grotesques, L’Histoire des peintres, l’Art moderne, Les Beaux-Arts en Europe, l’Histoire de l’art dramatique depuis vingt-cinq ans, Trésors d’art de la Russie, Portraits contemporains, Histoire du romantisme, Souvenirs littéraires, etc. Tous ces articles sont allègrement écrits dans une langue nette, souple, impeccable et brillante. Gautier invente à sa manière une écriture de critique d’art qui ne vise pas seulement au jugement, à l’analyse, mais aussi à recréer la justesse du sentiment esthétique. Il cherche à rendre, au moyen de mots, la sensation visuelle, musicale produite par la perception directe de l’œuvre d’art. Cette tâche de chroniqueur l’occupe toute sa vie. « J’ai travaillé à La Presse, au Figaro, à La Caricature, au Musée des Familles, à la Revue de Paris, à la Revue des Deux Mondes, partout où l’on écrivait alors. » Souvent pesante, cette besogne quotidienne ne l’empêche pas de faire du sport (de la boxe et du canotage) et de continuer à créer des œuvres poétiques et dramatiques. Ainsi en 1838 paraît La Comédie de la Mort, un recueil de poèmes assez différent des précédents où, sous l’influence de Shakespeare, Goethe et Dante, Gautier sculpte avec vigueur le spectre de la Mort. En 1839, Gautier cède à la tentation du théâtre qu’il admire depuis toujours et écrit Une larme du diable puis Le Tricorne Enchanté et Pierrot Posthume. Ce sont des fantaisies, des pastorales féeriques, un théâtre lyrique, impossible et imaginaire qu’il fait vivre encore dans les livrets de plusieurs ballets, dont le plus célèbre est celui de Giselle, dansé le jour de ses 22 ans par la ballerine Carlotta Grisi à l’Opéra le 28 juin 1841, avec un succès prodigieux. Les voyages En juillet 1836, Gautier et Nerval effectuent un voyage en Belgique et en Hollande. Trois ans après, Gautier propose un feuilleton au journal « La Presse »: La Toison d’Or, une belle histoire d’amour romantique. Un récit paraîtra également dans le volume de 1865: Loin de Paris. Le 5 mai 1840, il part en compagnie d’Eugène Piot pour l’Espagne, qu’il connaît à travers les Contes d’Espagne et d’Italie d’Alfred de Musset et les Orientales de Victor Hugo. Son Voyage en Espagne, sorte de carnets d’impressions vigoureux, est marqué par la fraîcheur du regard, l’étonnement de la vision et le souci toujours exacerbé de la justesse du dire. Ces visions donnent lieu à de nouveaux vers, España, qui paraissent dans le recueil des Poésies complètes en 1845. Ce premier voyage en amène bien vite d’autres. En 1845 c’est l’Algérie, en 1850 l’Italie, en 1852 la Grèce et la Turquie, en 1858 la Russie et en 1869 l’Égypte (envoyé par le Journal Officiel pour l’inauguration du canal de Suez). Chacun de ces voyages donne lieu à des publications: Italia, Constantinople, mais surtout ils nourrissent ses œuvres littéraires, romans, nouvelles ou poésies. Très intéressé par la photographie, il devient membre en 1851 de la Société héliographique. Dans la revue L’Artiste du 8 mars 1857, Théophile Gautier, tout en donnant un aperçu de l’exposition photographique de Paris, expose ses idées sur cette récente découverte. D’après lui, elle ne fera pas concurrence à la peinture et l’on reconnaît le style de chaque pays[pas clair]. « On a prétendu que la photographie nuisait à l’art et en abaisserait le niveau. Jamais allégation ne fut plus dénuée de fondement. La photographie est au contraire la très humble servante, l’esclave dévouée de l’art ; elle lui prend des notes, elle lui fait des études d’après nature ; pour lui, elle se charge de toutes les besognes ennuyeuses et pénibles ; sa boîte sur le dos, elle parcourt la vallée et la montagne, le désert et la cité, le vieux monde et le nouveau monde, encapuchonnant sa tête du voile de lustrine noire à chaque beau site, à chaque édifice curieux, à chaque ruine racontant les secrets du passé ; au paysagiste, elle rapporte des groupes d’arbres, des entassements de roches bizarres, des lacs aux eaux diaphanes, des étangs endormis sous le manteau des plantes aquatiques, des chalets dans la montagne, des vagues déferlant sur la grève, et jusqu’à des archipels de nuages fixés avec leurs jeux de lumière ; à l’architecte et au décorateur, elle fournit des coupes, des élévations et des perspectives de monuments que ne saurait jamais égaler le lavis le plus habile et le plus poussé, des temples d’Égypte et de Grèce, des cathédrales romanes et gothiques… à l’érudit, elle apporte des panneaux hiéroglyphes copiés sans erreurs, des inscriptions d’une authenticité indiscutable ; car elle déchiffre tout couramment, cette photographie, accusée d’être stupide… pour le savant, elle représente, démesurément grossi et traversé de lumière électrique, l’infini de la petitesse que le microscope révèle comme le télescope l’infini de l’énorme… » La passion En 1840, Théophile Gautier se rend au théâtre de la Renaissance à Paris où se produit la ballerine Carlotta Grisi dont il rapporte la prestation avec quelque tiédeur. Un an plus tard, elle est à l’Opéra et le voilà conquis par sa grâce qu’il vante dans de nombreux articles critiques. Il la place au rang des plus grandes ballerines de son temps: « Elle rase le sol sans le toucher. On dirait une feuille de rose que la brise promène » ; il s’extasie sur ses pieds qui « feraient le désespoir d’une « maja » andalouse. ». Il tombe amoureux, elle devient sa muse et il lui vouera toute sa vie une admiration et une fidélité sentimentale sans faille. Tout le séduit chez elle ; outre son talent, il vante ses autres qualités: « son teint est d’une fraîcheur si pure, qu’elle n’a jamais mis d’autre fard que son émotion ». Après le ballet Giselle et les Willis dont il écrit le livret pour elle avec Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges, sur une musique d’Adolphe Adam et une chorégraphie de Jean Coralli et Jules Perrot en 1841– œuvre considérée comme l’apothéose du ballet romantique -, il conclut: « Ce rôle est désormais impossible à toute autre danseuse et le nom de Carlotta est devenu inséparable de celui de Giselle ». C’est l’époque où une vive amitié s’installe alors entre Gautier et Carlotta, qui est fort probablement allée un peu plus loin lors d’une tournée à Londres pour la première de Giselle outre-Manche en 1842 et malgré la présence de l’amant d’alors, Jules Perrot ; Gautier et Carlotta rentrent ensemble en France. Il écrit encore pour elle d’autres livrets de ballets dont La Péri en 1843, sur une musique de Friedrich Burgmüller, qui n’obtiendra pas le succès escompté, peut-être du fait de la controverse sur "l’apologie des mœurs orientales" dans la vague orientaliste de l’époque. Dans son poème « À une jeune italienne » de mars 1843, c’est à Carlotta que Gautier pense: « Février grelottait blanc de neige et de givre [...] Tes yeux bleus sont encor les seules violettes, Et le printemps ne rit que sur ta joue en fleur! »8 Gautier fréquente assidûment et discrètement le foyer de l’Opéra mais peu après, il semble alors avoir reporté son sentiment contrarié sur la cantatrice Ernesta Grisi (avec laquelle il aura deux filles), sœur aînée de Carlotta. Il se met en ménage avec Ernersta en 1844, afin de toujours figurer dans l’entourage familial de la danseuse. Même s’ils furent amants un temps, sa passion pour la ballerine recevra peu d’encouragements ; alors déjà à un âge avancé pour l’époque, quand Carlotta lui dit qu’elle l’ « aime bien », il lui répond: « Que faut-il faire pour gagner tout à fait votre cœur. Quelle parole dire, quel philtre employer ? Il y a si longtemps que je vous aime! N’attendez pas que je sois mort pour avoir pitié de moi... laissez-moi me figurer que je vous tiens entre mes bras contre mon cœur que j’aspire votre âme sur vos lèvres et que vous ne refusez pas la mienne ». En 1845 et 1846, Carlotta reçoit la visite de Théophile Gautier accompagné d’Ernesta à Londres. Au début des années 1850, l’écrivain amateur de voyages suit sa muse qui se produit en tant que Prima Ballerine dans les plus grands théâtres impériaux de Saint-Pétersbourg en Russie. Ce sentiment passionné de Gautier à l’égard de sa « chère âme » ne sera jamais démenti tout au long de sa vie et ce, jusqu’à sa mort, à travers des lettres qu’il signe souvent « votre esclave dévoué »: « quoique je ne puisse pas vous exprimer mes sentiments vous sentez que je vous aime, que je n’ai pas d’autre pensée que la vôtre, que vous êtes ma vie, mon âme, mon éternel désir, mon adoration que rien ne lasse et ne rebute et que vous tenez entre vos mains mon malheur et mon bonheur ». La ballerine prend sa retraite en 1856 à Saint-Jean de Genève où elle élève sa fille que Théophile Gautier couvre d’attentions et de présents quand il ne lui rend pas visite. En 1861, la famille de Gautier séjourne chez leurs sœur et tante Carlotta Grisi pendant que Gautier voyage en Russie. A son retour, leur amitié se ravive et s’entretient par le biais d’une relation épistolaire nourrie et d’un long séjour annuel donnant lieu à des rassemblements d’admirateurs de Gautier dans la villa de Saint-Jean où Gautier se plaint de n’avoir pas assez de temps en tête-à-tête avec elle. Il lui rappelle les images du passé où elle triomphait sur scène « Fraîche comme une fleur, légère comme un papillon, gaie comme la jeunesse, lumineuse comme la gloire... ». Il lui écrira jusqu’à ses derniers jours en 1872, elle âgée de 53 ans et lui de 61 ans, toujours avec passion et admiration, quémandant encore un regard, un baiser. La maturité À côté de son travail de critique, qu’il poursuit au Moniteur universel, Gautier garde toujours une prédilection pour la poésie: elle demeure, comme en témoignent ses amis comme Émile Bergerat ou Maxime du Camp par exemple, sa passion, sa distraction, son exercice quotidien. Ainsi, le 17 juillet 1852, alors que Gautier est à Constantinople, paraît chez E. Didier la première version de Émaux et Camées, recueil qui jusqu’en 1872 s’enrichit de poésies nouvelles. En 1857, Gautier s’installe avec sa compagne, Ernesta Grisi (sœur de la ballerine Carlotta Grisi dont il sera l’amant), ses filles, Judith Gautier (qui épousera Catulle Mendès et sera la maîtresse de Victor Hugo) et Estelle (qui épousera Émile Bergerat), ainsi que ses deux vieilles sœurs, au no 32 rue de Longchamp à Neuilly-sur-Seine, dans une petite maison où il se plaît à recevoir ses amis: Baudelaire qu’il rencontre régulièrement (il n’ira pourtant pas à son enterrement), Dumas fils, Ernest Feydeau, Gustave Flaubert, Puvis de Chavannes ou encore Gustave Doré. De sa liaison avec Eugénie Fort, une très belle femme, plus jeune que lui et d’origine espagnole, il avait eu un fils, Théophile Gautier fils, né le 29 novembre 1836, qui suppléera son père plusieurs fois au Moniteur universel. Lors des salons littéraires de la princesse Mathilde, dont il est nommé bibliothécaire, Gautier rencontre également des écrivains comme Taine, Sainte-Beuve, Prosper Mérimée, les Goncourt ; des peintres comme Paul Baudry, Gustave Boulanger, Jean-Léon Gérôme, Frédérique O’Connell qui fait son portrait en 1857 ; des sculpteurs comme Carpeaux ; des savants comme Claude Bernard, Pasteur ou Berthelot. À cette époque Gautier fait figure de chef d’école. Baudelaire se déclare son disciple (il lui dédie Les Fleurs du mal, le qualifiant de « poète impeccable »), Théodore de Banville lui dédie ses vers. En 1844 Théophile Gautier fonde le club des Hashischins avec Jacques-Joseph Moreau, club voué à l’étude du cannabis. Ce club sera fréquenté par de nombreux artistes de l’époque, dont Charles Baudelaire. Président de la Société nationale des Beaux-Arts Élu en 1862 président de la Société nationale des Beaux-Arts, il est entouré d’un comité composé des peintres les plus prestigieux: Eugène Delacroix, Pierre Puvis de Chavannes, Édouard Manet, Albert-Ernest Carrier-Belleuse et Gustave Doré. Cette élection à un poste en vue provoque l’envie d’une partie des littérateurs moins connus et il échoue à être admis à l’Académie française, malgré quatre candidatures (en 1856, 1867, 1868 et 1869). Fin de vie Profondément ému par les événements militaires de 1870, Gautier revient à Paris, où il finit ses jours, rongé par la maladie, mais conscient du devoir d’enseignement et d’exemple dont il est investi auprès des jeunes générations. Il est invité par Victor Hugo dans sa maison de Guernesey mais il est trop tard et le 23 octobre 1872 dans la nuit, son cœur cesse de battre. Ses gendres, Catulle Mendès tant haï et Emile Bergerat, sont témoins signataires de son acte de décès. Hugo, Mallarmé ou encore Banville lui rendent un dernier « toast funèbre ». Edmond de Goncourt relate son « enterrement pompeux » au cours duquel Dumas fils lira l’éloge funèbre. Il est inhumé au cimetière de Montmartre à Paris, 3ème division en bordure d’allée. Sa tombe sculptée par Cyprien Godebsky, est surmontée d’une Calliope, la muse de la poésie tenant palme et lyre et s’appuyant sur un écu à l’effigie de Gautier ; par le fait de son placement, ce monument est quasiment constamment dans l’ombre. Citations « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid, car c’est l’expression de quelque besoin, et ceux de l’homme sont ignobles et dégoûtants, comme sa pauvre et infirme nature. » (Préface de Mademoiselle de Maupin) « Il faut qu’il ait au cœur une entaille profonde pour épancher ses vers, divines larmes d’or! » (Le Pin des Landes, España)« N’est-ce pas une chose singulière que la nuit, dans laquelle notre globe baigne pendant tant d’heures, ait été si rarement reproduite ? Elle a pourtant ses beautés, ses effets pittoresques, ses magies et ses séductions. » (Souvenirs de théâtre)En 1851, Armand Baschet écrivit à Théophile Gautier pour lui demander de se définir. Gautier lui renvoya une biographie où il confessait: « Aimer, c’est admirer avec le cœur. Admirer, c’est aimer avec la raison. » Œuvre Romans Gautier a écrit huit romans, tous publiés de son vivant: Mademoiselle de Maupin. Double amour (1835). L’Eldorado, devenu, très vite, Fortunio (1837-1838). Militona (1847). Les Roués innocents (1847). Les Deux étoiles (1848), devenu Partie carrée (1851), et, enfin, La Belle Jenny (1865). Jean et Jeannette (1850). Le Roman de la momie (1858). Le Capitaine Fracasse (1863).En outre, Th. Gautier est l’un des quatre auteurs du roman par lettres La Croix de Berny (1845). Contes et nouvelles Gautier a écrit une trentaine de contes et nouvelles, pour la plupart de nature fantastique. Les nouvelles suivantes sont parues dans Les Jeunes-France en 1833: Sous la table. Onuphrius ou les Vexations fantastiques d’un admirateur d’Hoffmann. Daniel Jovard. Celle-ci et celle-là. Élias Wildmanstadius. Le Bol de punch.Les nouvelles suivantes sont parues dans Une Larme du diable en 1839: La Chaîne d’or ou L’Amant partagé. Omphale. Histoire rococo. Le Petit Chien de la marquise. Le Nid de rossignols. La Morte amoureuse. Une nuit de Cléopâtre.Les nouvelles suivantes sont parues pour la première fois dans le recueil Nouvelles en 1845: La Toison d’or. Le Roi Candaule.Les nouvelles suivantes sont parues pour la première fois dans La Peau de tigre en 1852: La Mille et Deuxième Nuit. Le Pavillon sur l’eau. Deux acteurs pour un rôle. L’Oreiller d’une jeune fille. Le Berger. Le Pied de momie. Angela, autre titre pour La Cafetière. La Maison de mon oncle, autre titre pour L’Âme de la maison. L’Enfant aux souliers de pain. La Pipe d’opium. Arria Marcella.Deux nouvelles isolées: Avatar (1857). Jettatura (1857).Les nouvelles suivantes sont parues dans le recueil Romans et contes de 1863: Le Chevalier double. Le Club des hachichins.Les nouvelles suivantes sont parues pour la première fois dans une seconde édition de La Peau de tigre en 1866: Une visite nocturne. La Fausse conversion. Feuillets de l’album d’un jeune rapin.Une nouvelle isolée: Spirite (1866).Une dernière nouvelle est parue à titre posthume en 1881: Mademoiselle Dafné. Principales œuvres diverses Voyage en Espagne (récit de voyage), 1843. De la mode, 1858. Honoré de Balzac (biographie), 1859. Les Vosges, 1860. Dessins de Victor Hugo, 1863. Rapport sur les progrès de la poésie, texte sur Wikisource, 1868. Ménagerie intime, 1869. La Nature chez elle, 1870. Tableaux de siège, 1871. Souvenirs de théâtre, d’art et de critique, Eugène Fasquelle. Texte sur Gallica, 1903. La Musique, coll. « Bibliothèque-Charpentier », Eugène Fasquelle, 1911 ; recueil d’articles publiés à l’occasion de représentations d’œuvres de Weber (1866), Beethoven (1849-1852), Mozart (1864), Spontini (1854), Méhul (1851), Meyerbeer (1854), Halévy (1852), Auber (1850 et 1851), Adolphe Adam (1849, 1850 et 1853), Rossini (1852), Donizetti (1854), Berlioz (1839-1854-1869 et 1870), Félicien David (1848 et 1851), Gounod (1854), Ambroise Thomas (1850 et 1853), François Bazin (1849), Victor Massé (1853), Niedermeyer (1844 et 1853), Chopin (1849) et Richard Wagner (1857 et 1869). Poésie Poésies (1830), son premier livre, refondu dans le volume Albertus ou L’Ame et le péché (1833). La Comédie de la mort (1838). Espagna, qui paraît dans le volume des Poésies complètes de 1845. Émaux et Camées (1852), qui reparaît, à chaque fois augmenté, en 1853, 1858, 1863 et, enfin, en 1872 dans une édition définitive.Les poésies complètes de Gautier, hormis Émaux et camées, sont parues en 1875-1876. Les poésies de circonstance et les poésies « légères » ont paru à part dans le volume Poésies de Théophile Gautier qui ne figureront pas dans ses œuvres (1873). Poésies tome 1 sur Gallica ; Poésies tome 2 sur Gallica Ballet et théâtre Théophile Gautier est l’auteur de 5 ballets du répertoire romantique, dont le premier chronologiquement, demeure l’un des plus joués au monde: Giselle ou Les Wilis. Par contre, son théâtre est une partie mineure de son œuvre. Une larme du diable, mystère (1839). Giselle, ou Les Wilis, ballet (1841) sur une musique d’Adolphe-Charles Adam ; texte sur wikisource. Un voyage en Espagne, vaudeville (1843). La Péri, ballet (1843) sur une musique de Johann Friedrich Burgmüller ; argument sur wikisource. Le Tricorne enchanté (1845). La Juive de Constantine (1846), avec Noël Parfait ; texte sur wikisource. Regardez mais ne touchez pas (1847). Le Selam (1850), symphonie-oratorio sur une musique d’Ernest Reyer. Paquerette, ballet (1851) sur une musique de François Benoist. Gemma, ballet (1854) sur une musique du Comte Gabrielli ; livret sur wikisource. Sacountala, ballet (1858) sur une musique d’Ernest Reyer. La Femme de Diomède (1860).Deux recueils sont parus en 1855 (Théâtre de poche) et 1872 (Théâtre. Mystères, comédies et ballets), mais ils ne sont pas complets. Un théâtre complet de Gautier a été édité il y a peu, certaines pièces ayant donc attendu un siècle et demi avant d’être rééditées. Récits de voyages Tras los montes, devenu Le Voyage en Espagne (1843). Zigzags (1845), devenu, augmenté, Caprices et zigzags (1852). Italia (1852), plus ou moins inachevé. Constantinople (1853). Quand on voyage (1865), recueil d’articles. Loin de Paris, Paris, Michel Lévy frères, 1865, 372 p. (Wikisource)—réunit: En Afrique ; En Espagne ; En Grèce ; Ce qu’on peut voir en six jours. Impressions de Voyage en Suisse (1865). Voyage en Russie (1867). L’Orient (1877), posthume. Les Vacances du lundi (1884), recueil d’articles, posthume. Critique d’art, critique littéraire Les Grotesques (1843). Salon de 1847. Les Beaux-Arts en Europe (1855). L’Art moderne (1856). Histoire de l’art dramatique en France depuis vingt-cinq ans (1858). Honoré de Balzac (1858). Abécédaire du salon de 1861. Rapport sur le progrès des Lettres (1868). Histoire du Romantisme, sa dernière œuvre, inachevée (1874). Texte sur wikisource. Portraits contemporains (1874), posthume. Portraits et souvenirs littéraires (1875), posthume. Le Musée du Louvre, préface de Marie-Hélène Girard, coéd. Musée du Louvre et Citadelles (Mazenod), Paris, 2011 (ISBN 978-2-8508-8343-9), posthume.Gautier a, en outre, préfacé de nombreuses œuvres littéraires, parmi lesquelles Le Rêve et la vie de Nerval (en 1855) et la troisième édition des Fleurs du mal (1868) de Baudelaire. [Mention de deuxième édition (1869) sur la couverture et la page de titre, mais c’est bien de 1868 qu’il faut dater cette édition]. Curiosa (érotique) Lettre à la Présidente (1850, publié en 1890). Théophile Gautier en musique D’après Andrew G. Gann, près de trois cents compositeurs ont mis en musique des œuvres de Gautier, et beaucoup de poèmes furent conçus pour être mis en musique. Les Nuits d’été est un cycle de six mélodies d’Hector Berlioz sur des poèmes tirés de Comédie de la mort. Parmi les autres compositeurs, on peut citer d’abord Bizet, Debussy, Duparc, d’Indy, Massenet, de Falla, Fauré (Les Matelots ; Seule! ; Tristesse), Chausson (La dernière feuille ; Les Papillons ; La Caravane), Lalo (L’Esclave), Hahn (Infidélité et Seule!), Gounod, et Offenbach (Barcarolle). Parmi les compositeurs moins connus aujourd’hui mais pour lesquels on peut trouver des enregistrements ou pas Adolphe Adam (Giselle, ballet de 1841), Johann Friedrich Burgmüller (La Péri, ballet de 1844), Xavier Boisselot, François Bazin, Hippolyte Monpou, Félicien David (Dans un baiser, l’onde, Sultan Mahmoud, et Gazhel), Pauline Viardot (Primavera ; Sérénade ; Lamento), Ernest Reyer (Le Sélam, symphonie-oratorio), Théodore Labarre, Victor Massé. On pourra encore citer Allyre Bureau et Napoléon Henri Reber ou Eugène Emile Diaz de la Pena avec Le Roi Candaule. Les références Wikipedia – https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9ophile_Gautier

Victor Hugo

Victor Hugo est un poète, dramaturge, prosateur et dessinateur romantique français, né à Besançon le 26 février 1802 (le 7 ventôse an X selon le calendrier républicain encore en vigueur) et mort le 22 mai 1885 à Paris. Il est considéré comme l’un des plus importants écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé qui a joué un rôle majeur dans l’histoire du xixe siècle. Il occupe une place marquante dans l’histoire des lettres françaises au xixe siècle, dans des genres et des domaines d’une remarquable variété. Au théâtre, Victor Hugo se manifeste comme un des chefs de file du Romantisme français lorsqu'il expose sa théorie du drame romantique dans les préfaces qui introduisent Cromwell en 1827, puis Hernani en 1830 qui sont de véritables manifestes, puis par ses autres œuvres dramatiques : Ruy Blas en 1838, mais aussi Lucrèce Borgia et Le Roi s'amuse. Victor Hugo est aussi un poète lyrique avec des recueils comme Odes et Ballades (1826), Les Feuilles d'automne (1831) ou Les Contemplations (1856), mais il est aussi poète engagé contre Napoléon III dans Les Châtiments (1853) ou encore poète épique avec La Légende des siècles (1859 et 1877). Ses romans rencontrent également un grand succès populaire, avec notamment Notre-Dame de Paris (1831), et plus encore avec Les Misérables (1862). Son œuvre multiple comprend aussi des discours politiques à la Chambre des pairs, à l'Assemblée constituante et à l'Assemblée législative, notamment sur la peine de mort, l’école ou l’Europe, des récits de voyages (Le Rhin, 1842, ou Choses vues, posthumes, 1887 et 1890), une correspondance abondante, ainsi que de nombreux croquis et dessins à la plume et au lavis. Victor Hugo a fortement contribué au renouvellement de la poésie et du théâtre. Il a été admiré par ses contemporains et l’est encore, mais il a aussi été contesté par certains auteurs modernes. Il a permis à de nombreuses générations de développer une réflexion sur l’engagement de l’écrivain dans la vie politique et sociale grâce à ses multiples prises de position, choisissant de s'exiler pour vivre à Guernesey pendant les vingt ans du Second Empire. Ses choix, à la fois moraux et politiques9, durant la deuxième partie de sa vie, et son œuvre hors du commun ont fait de lui un personnage emblématique, que la Troisième République a honoré par des funérailles nationales, qui ont accompagné le transfert de sa dépouille au Panthéon de Paris le 1er juin 1885, dix jours après sa mort. Les références Wikipedia – https://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Hugo

Louise Labé

Louise Labé née vers 1524 à Lyon, morte le 25 avril 1566 à Parcieux-en-Dombes où elle fut enterrée,, est une poétesse française surnommée « La Belle Cordière ». Elle fait partie des poètes en activité à Lyon pendant la Renaissance. Vie et œuvre La belle cordière Son père, Pierre Charly, apprenti cordier, avait épousé (vers 1493) en premières noces la veuve d’un cordier prospère, Jacques Humbert dit Labé ou L’Abbé. Pour assurer sa présence dans cette profession, il reprit pour lui-même le surnom du premier mari de sa femme et se fit appeler Pierre Labé. Femme de lettres À la mort de sa femme, Pierre Charly, alias Pierre Labé, se remaria, et c’est de ce mariage que naquit Louise Labé. Celle-ci reprendra également le pseudonyme de son père et sera surnommée La Belle Cordière en raison du métier de son père, puis de son mari. Elle aurait été la femme d’Ennemond Perrin, riche marchand de cordes, qui possédait plusieurs maisons à Lyon et aurait trouvé dans la fortune de son mari un moyen de satisfaire sa passion pour les lettres : dans un temps où les livres étaient rares et précieux, elle aurait eu une bibliothèque composée des meilleurs ouvrages grecs, latins, italiens, espagnols et français. Elle aurait possédé des jardins spacieux près de la place Bellecour où elle aurait pratiqué l’équitation, sans toutefois monter son cheval en amazone. Avec Maurice Scève et Pernette du Guillet, Louise Labé appartient au groupe dit « école lyonnaise »,, bien que ces poètes n’aient jamais constitué une école au sens où la Pléiade en était une. La lecture de ses œuvres confirme qu’elle a collaboré avec ses contemporains, notamment Olivier de Magny et Jacques Peletier du Mans, autour de l’atelier de l’imprimeur Jean de Tournes. Elle écrit des poèmes à une époque où la production poétique est intense. La poésie française se donne alors des bases théoriques avec Du Bellay (Défense et illustration de la langue française, 1549) et se met en place avec Ronsard, Olivier de Magny, Pontus de Tyard, et d’autres, suivant le modèle de Pétrarque et d’auteurs anciens tels que Catulle et Horace, ou contre eux. Chez Louise Labé, on remarque l’influence d’Ovide, qu’elle connaît bien, qu’il s’agisse des Métamorphoses ou des œuvres élégiaques. En particulier, ses élégies paraissent influencées par les Héroïdes. Sa culture est aussi celle de la Renaissance italienne. Le Débat semble influencé en partie par la reconnaissance de la folie telle qu’elle apparaît dans l’Éloge de la Folie d’Érasme ; elle récrit à sa manière, comme beaucoup de ses contemporains, l’un des plus célèbres sonnets de Pétrarque, celui dont l’incipit est Solo e pensoso. Elle prend vigoureusement position contre la façon dont Jean de Meung achève le travail interrompu de son prédécesseur Guillaume de Lorris, en passant d’un récit mythique et symbolique à des descriptions bien plus terre à terre, et même sensiblement misogynes. Ce sera en pure perte : le Roman de la rose connaîtra un succès considérable. L’œuvre de Louise Labé, très mince en volume (662 vers), se compose d’un Débat de Folie et d’Amour (dans lequel Jean de La Fontaine a trouvé le sujet de l’une de ses fables, L’Amour et la Folie), de trois Élégies et de vingt-quatre sonnets, lesquels expriment les tourments féminins de la passion. Imposture poétique ? « Louise Labé est-elle le type même de la femme cultivée, connaissant le latin et l’italien, la musique et l’équitation, et tenant à Lyon un salon fréquenté ? Ou faut-il la considérer selon V.L. Saulnier comme une courtisane sans grande envergure ? » On ne connaît que très peu d’éléments de sa vie. Ceux que l’on peut lire sont parfois le fruit de l’imagination des critiques à partir de ses écrits : Louise Labé chevalier, Louise Labé lesbienne, Louise Labé lyonnaise, Louise Labé prostituée, etc. Certains spécialistes du XVIe siècle avancent une thèse audacieuse : Louise Labé ne serait qu’une fiction élaborée par un groupe de poètes autour de Maurice Scève (le nom de Louise Labé viendrait du surnom d’une prostituée lyonnaise, « La Belle Louise »). L’ouvrage de l’universitaire Mireille Huchon développe cette hypothèse. Daniel Martin a cherché à réfuter cette théorie dans son article « Louise Labé est-elle une créature de papier ? ». De même, Michel Jourde partage cet avis. Mireille Huchon affirme que, dans le portrait de Pierre Woeiriot, la présence d’une petite Méduse assimile Louise Labé à la créature mythologique (ce qui ne va pas de soi), on ne saurait en déduire que la décrire ainsi est « dévalorisant, à coup sûr ». « Le mythe de Méduse, prototype de la cruauté féminine, est souvent utilisé par les poètes pétrarquistes [...] depuis Pétrarque. Ronsard cherche-t-il à dévaloriser Cassandre dans les sonnets 8 et 31 des Amours ? » (p. 10) Daniel Martin conteste que le retrait de Jacques Peletier des Escriz dénonce une supercherie. Il fait remarquer (p. 27) qu’il « collaborait avec Jean de Tournes : il était aux premières loges pour avoir connaissance d’un projet aussi hardi de mystification. Comment aurait-il pu ignorer une supercherie dont on nous dit par ailleurs que tout le monde en était informé ? » Il fait en outre remarquer que, dans ses Opuscules, il publie un texte à la louange de Louise Labé. On trouvera dans cet article d’autres arguments (Les témoignages de Rubys et de Paradin ; le rôle de Maurice Scève). Aucun des arguments avancés n’emporte une conviction absolue. La thèse de Mireille Huchon en faveur de l’inexistence de Louise Labé a cependant reçu l’approbation de Marc Fumaroli dans Le Monde du 12 mai 2006. Poème Je vis, je meurs . Ce poème figure dans le recueil Les Élégies et sonnets publié en 1555 et qui comprend notamment 24 sonnets. Sonnet VIII Postérité et éloges Estreines, à dame Louïze Labé Éditions des œuvres Le recueil des œuvres de Louise Labé a été imprimé à Lyon par Jean de Tournes en 1555, in-12 disponible sur Gallica, et en 1556, in-16 disponible sur Gallica sous le titre Euvres de Louïze Labé Lionnoize. La troisième édition est celle de Lyon, 1762, petit in-8, sous le titre Œuvres de Louise Charly Lyonnoize, dite Labé, surnommée La Belle Cordière, complétée par des Recherches sur la vie de Louise Labé disponible sur Gallica. Charles Boy (dir.), Œuvres de Louise Labé, Alphonse Lemerre, 1887 (lire sur Wikisource) Poètes du XVIe siècle, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », Éditions NRF, 1969. Œuvres complètes, édition critique et commentée par Enzo Giudici, Genève, Droz, T.L.F., 1981, 256 p. Louise Labé, Œuvres complètes. Sonnets, Élégies, Débat de Folie et d’Amour, édition de François Rigolot, Paris, Flammarion, « GF », 1986. Louise Labé, Œuvres poétiques, Pernette du Guillet, Rymes, édition de Françoise Charpentier, Gallimard, « Poésie », 1986 Louise Labé, Œuvres complètes : Sonnets, Elegies, Débat de folie et d’amour, édition de François Rigolot, Paris, Flammarion, « GF », 2004. Les Œuvres complètes de Louise Labé, Cahiers Textuel, n° 28, 2005. Le Débat de Folie et d’Amour, Eliane Viennot (éd.), in Aurore Evain, Perry Gethner, Henriette Goldwyn (dir.), Théâtre de femmes de l’Ancien Régime, vol. 1, XVIe siècle, Saint-Etienne, Publications de l’Université, 2006 [orth. et ponctuation modernisées, format poche]. Bibliographie Irène Omélianenko, « Une vie, une oeuvre– Louise Labé (1524-1566), une artiste du Yunnan ? » [audio], sur France Culture Georges Tricou, Louise Labé et sa famille, Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, V, 1944. Madeleine Lazard, Louise Labé Lyonnaise, Paris, Fayard, 2004. Louise Labé 2005, études réunies par Béatrice Alonso et Eliane Viennot, Saint-Etienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2004. Daniel Martin, Isabelle Garnier-Mathez, Louise Labé. Débat de Folie et d’Amour, Élégies, Sonnets, Neuilly, Atlande, 2004. Daniel Martin, Signe(s) d’amante. L’agencement des Evvres de Louïze Labé Lionnoize, Paris, Champion, 1999. François Rigolot, Louise Labé Lyonnaise ou la Renaissance au féminin, Paris, Champion, 1997. Louise Labé. Les voix du lyrisme, textes réunis par Guy Demerson, Saint-Étienne et Paris, Publications de l’Université de Saint-Étienne-CNRS, 1990 Karine Berriot, Louise Labé. La Belle Rebelle et le François nouveau, Paris, Seuil, 1985. Michel Locatelli. Je suis... Louise Labé, Lyon, Jacques André éditeur, 2011. François Pédron, Louise Labé : La femme d’amour, Fayard, 1984. Enzo Giudici, Louise Labé, Paris, Nizet, 1981. (it) Enzo Giudici, Louise Labé e l’École lyonnaise, studi e ricerche con documenti inediti, avant-propos de Jean Tricou, Naples, Liguori Editore, 1964. Débat sur l’existence de Louise Labé Mireille Huchon, Louise Labé. Une créature de papier, Droz, 2006 [compte-rendu] Daniel Martin, « Louise Labé est-elle une créature de papier ? », Réforme Humanisme Renaissance, n°63, p. 7-37, déc 2006 [lire en ligne]. François Solesmes, « Louise Labé, “ créature de papier ” ? », compte rendu critique de l’ouvrage de Mireille Huchon, SIEFAR, déc. 2007 [lire en ligne]. Les références Wikipedia – https ://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Labé

Yves Bonnefoy

Yves Bonnefoy, né à Tours le 24 juin 1923 et mort à Paris le 1er juillet 2016, est un poète, critique d’art et traducteur français. Il est considéré comme un poète majeur de la seconde moitié du XXe et du début du XXIe siècles. Biographie Jeunesse Les parents d’Yves Jean Bonnefoy, Élie Bonnefoy et Hélène Maury, originaires du Lot et de l’Aveyron, étaient venus après leur mariage s’installer à Tours, l’un comme ouvrier monteur aux ateliers des chemins de fer, l’autre comme institutrice. Un premier enfant était né en 1914, Suzanne. La famille habita rue Galpin-Thiou une maison détruite par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, puis s’installa rue Lobin, deux ans avant la mort d’Élie Bonnefoy en 1936. L’été avaient lieu chaque année les voyages, évoqués dans L’Arrière-Pays, chez les grands-parents à Toirac, dans le Lot, où s’était retiré Auguste Maury, le grand-père instituteur. C’est dans cet essai qu’Yves Bonnefoy a aussi évoqué la première irruption du sentiment d’exil et du néant qui brisa l’état initial de plénitude de l’adolescence : « Je me souviens : quand on allait chercher le lait à la ferme et qu’il brillait en bougeant sur le chemin du retour, sous les étoiles. Il y avait un moment difficile, à un certain tournant, où l’on enfonçait dans le noir de murs trop serrés et de l’herbe. Puis on passait à vingt mètres de la maison neuve éclairée. C’est à une fenêtre de cette maison que j’ai vu une fois, se découpant sur le fond d’une paroi nue, la silhouette obscure d’un homme. Il était de dos, un peu incliné, il semblait parler. Et ce fut pour moi l’Étranger. » —Un rêve fait à Mantoue (1967) Yves Bonnefoy a passé les baccalauréats de mathématiques et de philosophie au lycée Descartes de Tours, où il fit la lecture, déterminante, de la Petite Anthologie du surréalisme de Georges Hugnet, prêtée par le professeur de philosophie. Il a fait des études de mathématiques, d’histoire des sciences et de philosophie dans les classes préparatoires du lycée Descartes, puis à l’université de Poitiers, et à la Sorbonne, lorsqu’il décida en 1943 de s’installer à Paris et de se consacrer à la poésie. Avec les surréalistes De 1945 à 1947, il fut proche des surréalistes et lié, parmi eux, avec Édouard Jaguer, Jaroslav Serpan, Yves Battistini, Jean Brun. Puis avec les poètes Gilbert Lely, Christian Dotremont et le peintre Raoul Ubac. Il créa en 1946 une revue, La Révolution la Nuit, dans laquelle il publia un fragment de son long poème encore surréaliste, Le Cœur-espace. En 1947, Yves Bonnefoy refuse de signer le manifeste surréaliste Rupture inaugurale, prenant ainsi ses distances avec le mouvement. Le poète reproche à l’image surréaliste de faire advenir une “ mauvaise présence ” en substituant à la réalité une surréalité. De 1949 à 1953, voyages d’études, grâce à des bourses : en Italie, aux Pays-Bas, en Angleterre. Son diplôme d’études supérieures (aujourd’hui détruit), sous la direction de Jean Wahl, porta sur Baudelaire et Kierkegaard ; puis, il fut pendant trois années attaché de recherches au CNRS pour une étude de la méthodologie critique aux États-Unis. Le tournant poétique Du Mouvement et de l’immobilité de Douve (1953) Yves Bonnefoy publie en 1953, au Mercure de France qui restera son éditeur, son premier recueil de poèmes Du mouvement et de l’immobilité de Douve. Ce recueil est une célébration du ressaisissement de la finitude, de l’épreuve de la mort par la parole : Que le froid par ma mort se lève et prenne un sens.C’est aussi pour le poète un moyen de consommer sa rupture avec le surréalisme d’André Breton, qui faisait de la notion d’image une des pierres de touche de sa poétique : La mer intérieure éclairée d’aigles tournants, Ceci est une image Je te détiens froide à une profondeur où les images ne prennent plus.En 1955, il conçoit avec le réalistaue Roger Livet un film en 35 mm de 17 min, Royaumes de ce monde, sur le sens de l’Annonciation en peinture, qui reçut le Grand prix des premières Journées Internationales du court-métrage, fondées à Tours. 1953-1975 Les trois volumes de poèmes des années suivantes, Hier régnant désert (1958), Pierre écrite (1965), Dans le leurre du seuil (1975), ont été rassemblés, avec Du mouvement et de l’immobilité de Douve, dans un livre intitulé Poèmes en 1978. Puis ce seront Ce qui fut sans lumière en 1987, Début et fin de la neige en 1991, La Vie errante en 1993, Les Planches courbes en 2001 (inscrit au programme du baccalauréat littéraire en 2006 et 2007), La Longue Chaîne de l’ancre en 2008, Raturer outre en 2010. Après L’Arrière-pays, de 1972, qui est un récit autobiographique dont le fil directeur est la tension entre la séduction exercée par le désir d’un ailleurs, suggéré par les œuvres de la peinture et le retour à l’ici et à la finitude, Yves Bonnefoy écrira aussi des poèmes en prose, avec Rue Traversière (1977), qui inaugure les rassemblements ultérieurs de Récits en rêve. Il définira la poésie comme étant une « articulation entre une existence et une parole ». Toute œuvre poétique est le fruit d’une existence. Il y a continuité entre l’être du poète, de la poétesse, et sa poésie. La parole se distingue du langage, qui est un système ; elle est une présence, par laquelle se manifeste cette existence. La parole a un caractère vivant, car elle est indissociable de l’être qui la prononce. Les travaux critiques Les travaux historiques et critiques commencèrent à partir de 1954, avec une monographie consacrée aux Peintures murales de la France gothique. Ils se développèrent beaucoup par la suite et portent principalement sur l’histoire de la peinture, la relation des arts à la poésie, l’histoire de la poésie et son interprétation, la philosophie de l’œuvre et de l’acte poétiques. Ils vont de pair avec une activité de traducteur de Shakespeare (une quinzaine d’ouvrages), de William Butler Yeats (Quarante-cinq poèmes de Yeats, 1989), de Pétrarque et de Leopardi, ainsi que du poète grec Georges Séféris à qui l’a lié une longue amitié ; il a conduit une réflexion sur l’acte du traducteur, réflexion engagée dans les préfaces qu’il a données à ses traductions de Shakespeare (Théâtre et poésie. Shakespeare et Yeats, 1998 ; La Communauté des traducteurs, 2000.) Pour ces traductions, la question première est de se rapprocher de la personne de l’auteur. Bonnefoy parle à leur sujet d’empathie, d’admiration, d’affection, d’amour même. À partir de cette intimité avec l’auteur, le traducteur peut recréer, de par son propre mouvement, le texte de l’auteur en toute fidélité. Pour traduire Yeats il précise que son attention « est allée à un texte, bien sûr, mais plus encore à une personne. » Et ce mouvement se diffuse aux relations de l’auteur : lorsque Yeats, pour parler de l’Absolu, s’appuie sur son amie, alors le traducteur doit aussi retrouver cette amie. Pour Shakespeare, Bonnefoy pense qu’il s’est en quelque sorte incarné dans chacun des personnages de ses pièces ; pour traduire, il faut donc entendre Shakespeare derrière chacun des rôles. Les mots portent la substance poétique. Ils incarnent la présence de Shakespeare ou de Yeats. Pour le traducteur Bonnefoy, il faut se placer « au plus près du débat qu’ont eu les mots dans le texte avec les données d’une vie et les chiffres d’un rêve ». Soit par exemple le mot anglais labour, dans le poème de Yeats Among School Children, mot que l’on traduit habituellement en français par le mot travail. Mais dans le poème il est associé avec des images de danse ou de floraison, ce qui va mal avec son acceptation française. Aussi, à partir des notes que Yeats a laissées sur ce poème, à partir de sa propre expérience d’écrivain et de vie, Bonnefoy a préféré traduire ce mot par enfantement. À partir de 1960, Yves Bonnefoy a été régulièrement l’invité, pour des périodes d’enseignement, d’universités françaises ou étrangères, en Suisse et aux États-Unis. Il a été professeur associé au centre universitaire de Vincennes (1969-1970), à l’université de Nice (1973-1976), et à l’université d’Aix-en-Provence (1979-1981), professeur invité à l’université de Genève (1970-1971 et 1971-1972). Devenu professeur au Collège de France, il continua à donner des conférences dans de nombreux pays. L’ensemble de ses résumés de cours au Collège de France a été publié aux éditions du Seuil en 1999 : Lieux et destins de l’image : un cours de poétique au Collège de France (1981-1993). De 1993 à 2004, il a réuni à la Fondation Hugot du Collège de France une série de onze colloques fermés sur La Conscience de soi de la poésie. Seuls trois volumes d’actes de ces colloques ont été publiés : Jouve, poète, romancier, critique (1995), Poésie et rhétorique (1997), Poésie, mémoire et oubli (2005) ainsi qu’une anthologie : La Conscience de soi de la poésie, anthologie des colloques de la Fondation Hugot (2008). Les liens avec les autres arts Depuis les premiers volumes réalisés en collaboration avec des artistes et édités par Maeght– Pierre écrite avec Raoul Ubac en 1958 et Anti-Platon avec Joan Miró en 1962 -, Yves Bonnefoy a régulièrement publié des livres de cette nature, dans lesquels un dialogue s’engage entre les mots du poème et l’œuvre graphique qui l’accompagne, avec notamment Pierre Alechinsky, Nasser Assar, Eduardo Chillida, Claude Garache, Jacques Hartmann, Alexandre Hollan, George Nama, Farhad Ostovani, Antoni Tàpies, Gérard Titus-Carmel, Bram Van Velde, Zao Wou-Ki. Yves Bonnefoy a été rédacteur de la revue L’Éphémère pendant sa durée d’existence (1966-1972) avec André du Bouchet, Louis-René des Forêts, Gaëtan Picon. Michel Leiris, Pascal Quignard et Paul Celan rejoignirent en 1968 le comité de rédaction, au moment du départ de Gaëtan Picon. Il a dirigé, chez Flammarion, la collection Idées et Recherches, référence en histoire des idées, en histoire de l’art et des systèmes iconologiques, dont le catalogue d’une quarantaine de titres en l’espace d’un peu moins de trente ans témoigne de son engagement en faveur du dialogue des savoirs : on y trouve des livres d’André Chastel, qu’il avait rencontré au début des années cinquante et sous la direction duquel il commença alors à travailler, Henri-Charles Puech, Marcel Detienne, Alexandre Leupin, Oleg Grabar, Rolf Stein, Louis Grodecki, Jurgis Baltrusaitis, Erwin Panofsky, Marc Fumaroli, Hubert Damisch, Georges Didi-Huberman, André Green, Oskar Bätschmann, André Berne-Joffroy, Jean Seznec, Pierre Schneider ou Daniel Arasse. Il fut, chez le même éditeur, le maître d’œuvre du Dictionnaire des mythologies et des religions des sociétés traditionnelles et du monde antique. En 2007, le compositeur Thierry Machuel a utilisé une partie des textes du recueil Les Planches Courbes pour son oratorio intitulé L’Encore Aveugle, créé avec un chœur de lycéens musiciens issus de plusieurs lycées de la région Champagne-Ardenne. Prix, décorations et distinctions Prix France : 1971 : Prix des critiques 1981 : Grand prix de poésie de l’Académie française, pour l’ensemble de son œuvre 1987 : Grand prix de littérature de la SGDL, pour l’ensemble de son œuvre 1987 : Prix Goncourt de la poésie, pour l’ensemble de son œuvre 1995 : Prix mondial Cino del Duca 2006 : Prix de l’Ardua (prix de l’association universitaire d’Aquitaine, remis à Bordeaux) 2011 : Prix Roger-Kowalski/Grand Prix de Poésie de la Ville de Lyon, pour L’Heure présente, publié au Mercure de France 2013 : Prix de la BnFAutres pays : 1978 : Prix Montaigne de la Fondation Frédéric von Schiller (Hambourg) 1995 : Prix Balzan (remis alternativement à Berne et Rome), pour ses travaux comme historien de l’art et critique d’art (études appliquées à l’art européen du Moyen Âge à nos jours) 2005 : Prix international Pier Paolo Pasolini (remis à Rome le premier novembre) 2006 : Prix européen de poésie (remis à Trévise en novembre) 2007 : Prix Franz Kafka, pour l’ensemble de son œuvre 2010 : Prix Alassio international (remis à Turin le 15 mai) 2010 : Prix Mario Luzi (remis à Turin le 11 juin) 2011 : Grand Prix de poésie Pierrette-Micheloud (Lausanne), pour l’ensemble de son œuvre 2013 : Prix de littérature en langues romanes de la Foire internationale du livre de Guadalajara (Mexique), pour l’ensemble de son œuvre 2015 : Premio Internazionale Nonino Décorations 1984 commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres ( France), nommé par le ministre Jack Lang. Distinctions docteur honoris causa de très nombreuses universités à travers le monde, parmi lesquelles l’université de Neuchâtel, l’American College à Paris, l’université de Chicago, Trinity College de Dublin, les universités d’Édimbourg, de Rome, d’Oxford et de Sienne. Famille Il épouse l’Américaine Lucy—ou Lucille—Vines en 1968, de qui il a une fille, Mathilde, en 1972. Œuvres Poésie, récits Essais Éditions en langues étrangères * L’œuvre d’Yves Bonnefoy est traduite dans plus de trente-deux langues, en particulier en anglais, en allemand et en italien ; dans cette dernière langue, toute l’œuvre poétique d’Yves Bonnefoy est rassemblée en un volume de la collection « I Meridiani » ; il est le premier auteur français à y entrer de son vivant. Correspondance * Correspondance I, édition établie par Odile Bombarde et Patrick Labarthe, Paris, Les Belles Lettres, 2018. Traductions * La Quête du Graal, avec Albert Béguin, Le Club du livre, 1958 ; rééd. Seuil, 1982 * W. B. Yeats, Quarante-cinq poèmes suivi de La Résurrection, Hermann, 1989, Poésie/Gallimard, 1993 * Keats et Leopardi, Mercure de France, 2000 * « Dix-neuf sonnets de Pétrarque nouvellement traduits par Yves Bonnefoy », Conférence no 20, printemps 2005 ; XIX sonnets de Pétrarque, avec huit gravures de Gérard de Palézieux, Meaux, éditions de la revue Conférence, 2005. * William Shakespeare : * Henri IV, Jules César, Hamlet, Le Conte d’hiver, Vénus et Adonis, Le Viol de Lucrèce, Club français du livre, 1957-1960 * Jules César, Mercure de France, 1960 * Hamlet, suivi d’« Une idée de la traduction », Mercure de France, 1962 * Le Roi Lear, Mercure de France, 1965 ; nouvelle édition précédée de « Comment traduire Shakespeare ? », 1991 * Roméo et Juliette, Mercure de France, 1968 * Hamlet, Le Roi Lear, précédée de « Readiness, ripeness : Hamlet, Lear », Folio, Gallimard, 1978 * Henri IV, Théâtre de Carouge, Genève, 1981 * Macbeth, Mercure de France, 1983 * Roméo et Juliette, Macbeth, précédé de « L’Inquiétude de Shakespeare », Folio, Gallimard, 1985 * Les Poèmes (« Vénus et Adonis », « Le Viol de Lucrèce », « Phénix et Colombes »), précédé de « Traduire en vers ou en prose », Mercure de France, 1993 * XXIV Sonnets de Shakespeare, précédé de « Traduire les sonnets de Shakespeare », illustré par Zao Wou-Ki, Les Bibliophiles de France, 1994 ; Thierry Bouchard et Yves Prié, 1996 * Le Conte d’hiver, précédé d’« Art et Nature : l’arrière-plan du Conte d’hiver », Mercure de France, 1994 ; Folio, Gallimard, 1996 * Jules César, précédé de « Brutus, ou le rendez-vous à Philippes », Mercure de France ; Folio Gallimard, 1995 * La Tempête, précédé d’« Une journée dans la vie de Prospéro », Folio, Gallimard, 1997 * Antoine et Cléopâtre, précédé de « La noblesse de Cléopâtre », Gallimard, Folio-Théâtre, 1999 * Othello, précédé de « La tête penchée de Desdémone », Gallimard, Folio-Théâtre, 2001 * Comme il vous plaira, précédé de « La décision de Shakespeare », LGF, Le Livre de Poche, coll. Classiques, 2003 * Les Sonnets, précédés de Vénus et Adonis et du Viol de Lucrèce, Poésie/Gallimard, 2007. * Pétrarque, Je vois sans yeux et sans bouche je crie. Vingt-quatre sonnets traduits par Yves Bonnefoy, Galilée, 2012. Bibliographie * Jean-Pierre Richard, « Yves Bonnefoy entre le nombre et la nuit », Onze études sur la poésie moderne, Seuil, 1964 * John E. Jackson, Yves Bonnefoy, Seghers, coll. Poètes d’aujourd’hui, 1976 * Claude Esteban, « L’immédiat et l’inaccessible », Critique, no 365 (oct. 1977), repris dans L’Immédiat et l’Inaccessible, Galilée, 1978 * Jean Starobinski, « Yves Bonnefoy : la poésie entre deux mondes », Critique, no 350, 1979, repris en préface à Poèmes, Poésie/Gallimard, 1982 * Jérôme Thélot, Poétique d’Yves Bonnefoy, Droz, 1983 * John T. Naughton, The Poetics of Yves Bonnefoy, Chicago/Londres, University of Chicago Press, 1984 * Richard Vernier, Yves Bonnefoy ou les mots comme le ciel, Tubingen/Paris, G. Narr, /J.-M. Place, 1985 * Gérard Gasarian, Yves Bonnefoy, la poésie, la présence, Champ Vallon, coll. Champ poétique, 1986 * Claude Esteban, « L’Écho d’une demeure », Critique de la raison poétique, Flammarion, 1987 * Michèle Finck, Yves Bonnefoy, le simple et le sens, José Corti, 1989 * John E. Jackson, À la souche obscure des rêves. La dialectique de l’écriture chez Yves Bonnefoy, Mercure de France, 1993 * Yves Leclair, « Lectures en rêve », Bonnes compagnies, éd. Le Temps qu’il fait, 1998 * Daniel Acke, Yves Bonnefoy, essayiste : modernité et présence, Amsterdam, Rodopi, 1999 * Patrick Née, Poétique du lieu dans l’œuvre d’Yves Bonnefoy ou Moïse sauvé, PUF, 1999 * Claude Esteban, « Un paysage de pierres », Europe, no 890-891 (juin-juillet 2003), repris dans Ce qui retourne au silence, Farrago/Léo Scheer, 2004 * Patrick Née, Rhétorique profonde d’Yves Bonnefoy, Hermann, 2004 * Patrick Née, Yves Bonnefoy, ministère des Affaires étrangères, Association pour la diffusion de la pensée française (ADPF), 2005 * Arnaud Buchs, Yves Bonnefoy à l’horizon du surréalisme, Galilée, 2005 * Dominique Combe, “ Les Planches courbes ” d’Yves Bonnefoy, Gallimard, coll. Foliothèque, 2005 * Patrick Née, Yves Bonnefoy penseur de l’image, ou les Travaux de Zeuxis, Gallimard, 2006 * Patrick Née, Pensées sur la scène primitive. Yves Bonnefoy, lecteur de Jarry et de Lely, Éditions Hermann, 2009 * Yvon Inizan, La Demande et le don. L’attestation poétique chez Yves Bonnefoy et Paul Ricœur, Presses universitaires de Rennes (PUR), coll. Æsthetica, 2013 * François Lallier, Yves Bonnefoy (La voix antérieure III), La Lettre volée, coll. Essais, Bruxelles, 2015 Catalogues d’exposition * Yves Bonnefoy, Livres et documents, Bibliothèque nationale/Mercure de France, 1992 * Écrits sur l’art et livres avec des artistes (exposition du château de Tours), ABM/Flammarion, 1993 * Yves Bonnefoy : la poésie et les arts plastiques (exposition de Vevey), Vevey, Arts et Lettres, 1996 * Yves Bonnefoy. Assentiments et partages (exposition du musée des Beaux-Arts de Tours), catalogue rédigé par J.-P. Avice, O. Bombarde, D. Lançon, P. Née, Bordeaux, William Blake & Co., 2005 * Yves Bonnefoy. Poésie et peinture (1993-2005) (exposition du Château de Tours), Bordeaux, William Blake & Co, 2005 * Yves Bonnefoy. École de Lorient (Patrick Le Corf – Guy Le Meaux – Yves Noblet) Peintures : Paysage, cartes et ports de mer– Galerie Bruno Mory, Besanceuil, 2007 Volumes collectifs * Yves Bonnefoy, L’Arc (Aix-en-Provence), A. Paire éd., no 66, 1976 * Yves Bonnefoy, numéro spécial de la revue Sud (Marseille), D. Leuwers éd., 1985 * Yves Bonnefoy : poésie, art et pensée, Y.-A. Favre éd., Didier– Érudition, 1986 * Yves Bonnefoy, poésie, peinture, musique, M. Finck éd., Presses de l’Université de Strasbourg, 1995 * Yves Bonnefoy, J. Ravaud éd., Cognac, Le Temps qu’il fait, 1998 * Yves Bonnefoy, numéro spécial de la revue Nu(e) (Nice), B. Bonhomme éd., 2000 * Avec Yves Bonnefoy. De la poésie, F. Lallier éd., Presses universitaires de Vincennes, 2001 * Yves Bonnefoy et le xixe siècle : vocations et filiations, D. Lançon éd., Tours, Presses de l’Université de Tours, 2001 * Yves Bonnefoy, cahier spécial de la revue Europe, Fabio Scotto éd., (no 890-891), juin-juillet 2003 * Yves Bonnefoy et l’Europe du XXe siècle, M. Finck, D. Lançon et M. Staiber éd., Strasbourg, Presses de l’Université de Strasbourg, 2003 * Yves Bonnefoy et le livre, numéro spécial de la revue Le Bateau Fantôme no 4, 2004 * Yves Bonnefoy, numéro spécial de la Revue de Belles-Lettres (Genève), A. Buchs éd., 2005, no 3-4 * Yves Bonnefoy. Lumière et nuit des images, M. Gagnebin éd., Seyssel, Champ Vallon, 2005 * Lire Les Planches courbes d’Yves Bonnefoy, P. Brunel et C. Andriot-Saillant éd., Vuibert, 2006 * Yves Bonnefoy. Poésie, recherche et savoirs, Daniel Lançon et Patrick Née (dir.), actes du colloque de Cerisy (août 2006), Hermann, 2007 * Poétique et ontologie, Bordeaux, Ardua/William Blake & Co, 2007 * Yves Bonnefoy. Traduction et critique poétique, numéro spécial de la revue Littérature, P. Née éd., no 150, juin 2008 * Cahier Bonnefoy Odile Bombarde et Jean-Paul Avice (dir.), Coll. Cahiers de L’Herne, L’Herne, 2010. Cahier de L’Herne qui contient de nombreux inédits, témoignages et études sur son œuvre (contribution d’écrivains, universitaires, et amis dont Jean Starobinski, Marc Fumaroli, Jean-Pierre Richard, Charles Rosen, Stéphane Barsacq, Jacqueline Risset, etc). Sommaire du CahierPoésie, arts, pensée : Carte blanche donnée à Yves Bonnefoy, textes rassemblés par Yves Bonnefoy et Patrick Née, Éditions Hermann, 2010 * Yves Bonnefoy. Écrits récents (2000-2009), actes du colloque de Zurich (octobre 2009), Patrick Labarthe, Odile Bombarde et Jean-Paul Avice (dir.), Genève, Slatkine, 2011 * Yves Bonnefoy. Poésie et dialogue, Michèle Finck et Patrick Werly (dir.), Presses Universitaires de Strasbourg, coll. « Configurations littéraires », 2013. * Yves Bonnefoy, Michèle Finck (dir.), Europe, n° 1068, mars 2018, avec des textes de Michèle Finck, Philippe Jaccottet, François Lallier, Jean-Michel Maulpoix, Yves Leclair, Jean-Marc Sourdillon, Pierre Dhainaut, Yves Bonnefoy, Jérôme Thélot, Pierre Brunel, Béatrice Bonhomme, Dominique Combe, Tatiana Victoroff, Sophie Guermès, Patrick Werly, Patrick Née, Patrick Labarthe, Alain Madeleine-Perdrillat, Daniel Lançon, Michela Landi, Pierre Huguet, Stéphane Michaud, Jean-Pierre Lemaire, Odile Bombarde, Gérard Titus-Carmel, Jean-Yves Masson, Michel Deguy. Documentation * Il existe un « Fonds Yves Bonnefoy » à la bibliothèque municipale de Tours, qui s’enrichit régulièrement de ses livres et des travaux critiques sur son œuvre. * Daniel Lançon, professeur à l’université de Grenoble, et auteur de L’Inscription et la Réception critique de l’œuvre d’Yves Bonnefoy (thèse de doctorat dactylographiée, université Paris-VII, 1996, 4 vol.), poursuit la recension exhaustive de ses publications. Les références Wikipedia – https ://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Bonnefoy

Paul Éluard

Eugène Grindel, dit Paul Éluardais né à Saint-Denis le 14 décembre 1895 et mort à Charenton-le-Pont le 18 novembre 1952 (à 56 ans). En 1916, il choisit le nom de Paul Éluard, hérité de sa grand-mère, Félicie. Il adhère au dadaïsme et devient l’un des piliers du surréalisme en ouvrant la voie à une action artistique politiquement engagée auprès du Parti communiste. Il est connu également sous les noms de plume de Didier Desroches et de Brun. Biographie Gala et la naissance du surréalisme (1917-1930) Paul Éluard est né à Saint-Denis, au 46 boulevard de Châteaudun (actuellement boulevard Jules-Guesde), le 14 décembre 1895 à 11 heures du matin. Son père, Clément Eugène Grindel, est comptable lorsque naît son fils mais ouvre, peu après 1900, un bureau d’agence immobilière. Sa mère, Jeanne-Marie Cousin, est couturière. Éluard fréquente l’école communale de Saint-Denis, puis celle d’Aulnay-sous-Bois à partir de 1903,. Vers 1908, la famille s’installe à Paris, rue Louis-Blanc, il entre comme boursier à l’école supérieure Colbert. Il obtient en 1912 son brevet et en juillet part se reposer, sa santé apparaissant fragile, avec sa mère, à Glion, en Suisse. Une grave crise hémoptysique l’oblige à prolonger son séjour et il est alors contraint, à l’âge de seize ans, d’interrompre ses études, car il est atteint de tuberculose. Il reste hospitalisé jusqu’en février 1914 au sanatorium de Clavadel, près de Davos. Il y rencontre une jeune Russe de son âge en exil Helena Diakonova qu’il surnomme Gala. La forte personnalité, l’impétuosité, l’esprit de décision, la culture de la jeune fille impressionnent le jeune Éluard qui prend avec elle son premier élan de poésie amoureuse, un élan qui se prolongera dans tous ses écrits. Elle dessine son profil, et il ajoute à la main: « Je suis votre disciple ». Ils lisent ensemble les poèmes de Gérard de Nerval, Charles Baudelaire, Lautréamont et Guillaume Apollinaire. Mobilisé en 1914, il part sur le front comme infirmier militaire avant d’être éloigné des combats en raison d’une bronchite aiguë. Cette expérience de la guerre et de ses champs de bataille le traumatise et lui inspire Poèmes pour la Paix (publiés en 1918). Devenu majeur le 14 décembre 1916, il épouse Gala dès le 21 février suivant. Le 11 mai 1918, il écrit à l’un de ses amis: « J’ai assisté à l’arrivée au monde, très simplement, d’une belle petite fille, Cécile, ma fille ». En 1918, lorsque la victoire est proclamée, Paul Éluard allie la plénitude de son amour à une profonde remise en question du monde: c’est le mouvement Dada qui va commencer cette remise en question, dans l’absurdité, la folie, la drôlerie et le non-sens. C’est ensuite le surréalisme qui lui donnera son contenu. Juste avant les surréalistes, les dadaïstes font scandale. Éluard, ami intime d’André Breton, est de toutes les manifestations dada. Il fonde sa propre revue Proverbe dans laquelle il se montre, comme Jean Paulhan, obsédé par les problèmes du langage. Tous deux veulent bien contester les notions de beau / laid, mais refusent de remettre en question le langage lui-même. En 1920, Éluard est le seul du groupe à affirmer que le langage peut être un « but », alors que les autres le considèrent surtout comme un « moyen de détruire ». En 1922, il promet à André Breton de « ruiner la littérature » et de ne plus rien produire. Le 24 mars 1924, il embarque à Marseille pour un voyage autour du monde. Le lendemain, paraît le recueil Mourir de ne pas mourir qui porte en exergue « Pour tout simplifier je dédie mon dernier livre à André Breton ». Il est de retour à Paris au début du mois d’octobre comme si de rien n’était. Breton en dit: « Alors il m’a mis un petit mot, qu’il m’attendait hier [au café]. Cyrano, ni plus ni moins. C’est bien le même, à n’en pas douter. Des vacances, quoi! ». Tout naturellement, il participe au pamphlet Un cadavre écrit par les surréalistes en réaction aux funérailles nationales faites à l’écrivain Anatole France. Toute la vie d’Éluard se confond à présent avec celle du mouvement surréaliste. C’est cependant lui qui échappe le mieux à la réputation de violence et qui est le mieux accepté comme écrivain par la critique traditionnelle. Éluard se plie à la règle surréaliste résumée par cette phrase du Comte de Lautréamont: « La poésie doit être faite par tous, non par un ». Avec Benjamin Péret, il écrit 152 proverbes mis au goût du jour. Avec André Breton, L’Immaculée Conception. Avec Breton et René Char, Ralentir travaux. Dès 1925, il soutient la révolte des Marocains et en janvier 1927, il adhère au parti communiste français, avec Louis Aragon, Breton, Benjamin Péret et Pierre Unik. Ils s’en justifient dans le tract collectif, Au grand jour. C’est aussi l’époque où il publie deux recueils essentiels: Capitale de la douleur (1926) et L’Amour la poésie (1929). En 1928, malade, il repart dans un sanatorium avec Gala, où ils passeront leur dernier hiver ensemble. C’est à ce moment que Gala, qui était ouvertement la maîtresse de Max Ernst rencontre Salvador Dalí et quitte le poète pour le peintre. Paul Éluard dit à Gala: « Ta chevelure glisse dans l’abîme qui justifie notre éloignement. » Peu après, il fait la connaissance de Maria Benz, une artiste de music-hall d’origine alsacienne surnommée « Nusch » avec qui il se mariera en 1934. Nusch et le combat pour la liberté (1931-1946) Les années 1931-1935 comptent parmi les plus heureuses de sa vie. Marié avec Nusch en 1934, il voit en elle l’incarnation même de la femme, compagne et complice, sensuelle et fière, sensible et fidèle. En 1931, il s’insurge contre l’Exposition coloniale organisée à Paris et signe un tract où est écrit: « Si vous voulez la paix, préparez la guerre civile ». Exclu du parti communiste, il continue sa lutte pour la révolution, pour toutes les révolutions. Ambassadeur du surréalisme, il voyage dans toute l’Europe soumise à des régimes fascisants. En mars 1935, avec André Breton, il est en Tchécoslovaquie, une des rares démocraties européennes, où la capitale Prague, les accueille avec chaleur. L’organe du parti communiste hongrois les présente comme deux poètes, les plus grands de la France contemporaine. En Espagne en 1936, il apprend le soulèvement franquiste, contre lequel il s’insurge violemment. L’année suivante, le bombardement de Guernica lui inspire le poème Victoire de Guernica. Pendant ces deux années terribles pour l’Espagne, Éluard et Picasso ne se quittent guère. Le poète dit au peintre: « Tu tiens la flamme entre tes doigts et tu peins comme un incendie ». Des désaccords politiques mais aussi littéraires (refus de l’écriture automatique) conduisent à la rupture entre Éluard et le groupe surréaliste organisé autour d’André Breton en 1938. Mobilisé dès septembre 1939 dans l’intendance, il s’installe avec Nusch à Paris après l’armistice (22 juin 1940). En janvier 1942, il s’installe chez des amis, Christian et Yvonne Zervos, près de Vézelay à proximité des maquis. Éluard demande sa réinscription, clandestine, au parti communiste. Les vingt et une strophes de Liberté, publiées dans le premier numéro de la revue Choix, sont parachutées par les avions anglais à des milliers d’exemplaires au-dessus de la France (ce poème est mis en musique par Francis Poulenc dès 1944). En 1943, avec Pierre Seghers et Jean Lescure, il rassemble les textes de nombreux poètes résistants et publie un livre controversé intitulé L’Honneur des poètes. Face à l’oppression, les poètes chantent en chœur l’espoir, la liberté. C’est la première anthologie d’Éluard où il montre sa volonté d’ouverture et de rassemblement. En novembre 1943, Éluard se réfugie avec Nusch à l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban (aujourd’hui considéré comme le berceau de la psychothérapie institutionnelle), dirigé par le docteur Lucien Bonnafé (proche des surréalistes) et François Tosquelles, où se cachaient de nombreux juifs et résistants. Dans cet hôpital, il est séduit par les œuvres des patients, notamment celles d’Auguste Forestier, qui fabrique des petites statues avec des bouts de ficelle, de bois ou de métal, et il en rapporte à Paris, les faisant connaître à Picasso, Raymond Queneau, Jean Dubuffet, qui donnera à l’« art brut » ses lettres de noblesse. À la Libération, il est fêté avec Louis Aragon comme le grand poète de la Résistance. Avec Nusch, il multiplie tournées et conférences. Mais le 28 novembre 1946, pendant un séjour en Suisse, il reçoit un appel téléphonique lui apprenant la mort subite de Nusch, d’une hémorragie cérébrale. Terrassé, il écrit: Un couple d’amis intimes, Jacqueline et Alain Trutat (pour qui il écrit Corps Mémorable), lui redonnent peu à peu le « dur désir de durer ». Son recueil De l’horizon d’un homme à l’horizon de tous retrace ce cheminement qui mène Éluard de la souffrance à l’espoir retrouvé. La bataille de Grèce n’est pas terminée, et son amour et sa lutte avec Nusch se poursuit au-delà de la mort: Dominique et l’engagement pour la paix (1947-1952) En avril 1948, Paul Éluard et Picasso sont invités à participer au Congrès pour la paix à Wrocław (Pologne). En juin, Éluard publie des Poèmes politiques préfacés par Louis Aragon. L’année suivante, au mois d’avril, c’est en tant que délégué du Conseil mondial de la paix, qu’Éluard participe aux travaux du congrès qui se tient à la salle Pleyel à Paris. Au mois de juin, il passe quelques jours auprès des partisans grecs retranchés sur les monts Gramos face aux soldats du gouvernement grec. Puis il se rend à Budapest pour assister aux fêtes commémoratives du centenaire de la mort du poète Sándor Petőfi. Il y rencontre Pablo Neruda. En septembre, il est à Mexico pour un nouveau congrès de la paix. Il rencontre Dominique Lemort avec qui il rentre en France. Ils se marieront en 1951. Éluard publie cette même année le recueil Le Phénix entièrement consacré à la joie retrouvée. En 1950, avec Dominique, il se rend à Prague pour une exposition consacrée à Vladimir Maïakovski, à Sofia en tant que délégué de l’association France-URSS et à Moscou pour les cérémonies du 1er mai. En février 1952, il est à Genève pour une conférence sur le thème La Poésie de circonstance. Le 25 février, il représente « le peuple français » à Moscou pour célébrer le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Victor Hugo. Le 18 novembre 1952 à neuf heures du matin, Paul Éluard succombe à une crise cardiaque à son domicile, 52 avenue de Gravelle à Charenton-le-Pont. Les obsèques ont lieu le 22 novembre au cimetière du Père-Lachaise où il est inhumé. Le gouvernement refuse les funérailles nationales. L’écrivain Robert Sabatier déclare: « Ce jour-là, le monde entier était en deuil ». Analyse Exaltation de l’expérience amoureuse La poésie d’Éluard est d’abord une exaltation lucide du désir. Capitale de la douleur (1926) montre que le monde de la maladie, de la solitude et de la mort, est toujours menaçant, mais c’est justement aussi ce qui donne son prix au bonheur. Son titre était à l’origine L’art d’être malheureux. L’amour « égoïste » de L’Amour la poésie peut également s’ouvrir et œuvrer pour le bonheur de tous, comme en témoignent les poèmes des recueils La Vie immédiate (1932) et Les Yeux fertiles (1936), célébrant son amour partagé avec Nusch. La mort de Nusch est l’occasion d’un pari fou sur l’avenir, d’un authentique recommencement. Le Dur Désir de durer est un acte de foi envers le langage conçu comme une lumière capable de faire reculer les ténèbres de la souffrance. Chez Paul Éluard, les exigences morales épurent le mot sans jamais éluder les bouleversements de l’homme, tant la logique de l’amour les soutient. « Pour lui, l’amour est la grande force révolutionnaire », souligne Jacques Gaucheron dans son livre Paul Éluard ou la fidélité à la vie. Il l’approfondit sans cesse, du désir le plus charnel à l’érotisme et jusqu’à cette ouverture au monde qu’est l’amour. Passer de « je » à « tu », c’est passer à « nous », au « nous » le plus vaste. L’amour, par nécessité intérieure, donne à voir, donne à vivre, donne à vouloir un monde sans mutilation qui s’épanouirait en investissant toutes les dimensions humaines. La seule exigence totalisante étant celle du bonheur. Éluard écrit: « Il ne faut pas de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur et rien d’autre ». Libérer le langage pour changer la vie Le langage de la poésie d’Éluard dépasse l’automatisme pur et ne se contente pas de mettre au jour le minerai de l’inconscient. Il cherche à rendre évidentes des associations de mots, d’images, qui pourtant échappent à tout lien logique. Car si, selon le vers célèbre du recueil L’Amour la Poésie, « La terre est bleue comme une orange », c’est que, pour le poète, tout est possible à qui sait « voir ». C’est en affranchissant la pensée de ses limites qu’il découvre l’absolu poétique. Chez Éluard, la parole affirme: « J’ai la beauté facile et c’est heureux » (Capitale de la douleur). Une poésie engagée C’est également en combattant la mort et les atrocités liées à la guerre que le poète aspire à redonner un sens à la vie. On compte notamment, parmi ses écrits les plus engagés: Cours naturel, 1938 Facile proie, 1938 Le Livre ouvert, 1941 Poésie et vérité, 1942 Poèmes politiques, 1948 Poème à Staline, Cahiers du communisme, janvier 1950Jacques Gaucheron, auteur du livre Paul Éluard ou la fidélité à la vie, rencontre le poète après la guerre au Comité national des écrivains. Devenus amis, ils publient ensemble Les Maquis de France. Pour lui: « Paul Éluard est entré dans l’histoire littéraire lorsqu’il parle de poésie ininterrompue, ce n’est pas un vain mot ». Cette cohérence tient à la profondeur de l’invention d’Éluard, qui n’est pas seulement une manière de dire, mais une manière d’être. L’intuition fondamentale du poète, explique Jacques Gaucheron, est précocement à l’origine de la revendication inconditionnelle du bonheur. Sa méditation poétique s’expérimente dans les remous de sa vie personnelle. On pense souvent à lui comme poète de la Résistance. Durant les années de l’occupation nazie, il est celui qui ne se résigne pas, qui n’accepte pas. Le sommet est atteint avec Liberté qui sera diffusé dans le monde entier en 1942. Paul Éluard est un porteur d’espérance. Mais il est aussi le poète de la résistance, sans majuscule. Il écrit contre l’ordre du monde. Sa lutte est tout aussi ininterrompue que sa poésie. Lorsqu’il écrit l’Immaculée Conception en 1930 avec André Breton, il se bat contre les traitements que l’on inflige aux aliénés, l’aliénation étant l’une des pires représentations de l’exclusion. Au sens que lui confère Éluard, la poésie est une entreprise de désaliénation. La poésie en devient donc « un art de langage, un art de vie, un instrument moral ». « Voir et Donner à voir » Les liens très profonds qui unissaient Éluard et ses amis artistes, peintres et sculpteurs, se reflètent dans les nombreux poèmes qu’il leur a consacrés, sans compter ceux qu’il leur a dédiés. Il est aussi sans doute le poète chez qui la collaboration avec les peintres, qui va parfois jusqu’à la fusion de l’image et du texte, a été la plus importante, plus de quarante artistes ayant œuvré avec lui. Jean-Charles Gateau dit de lui: « Aucun poète de ce siècle, et je pèse mes mots, n’a eu comme Éluard l’amour de la peinture. » Toute sa vie, il sera un collectionneur passionné achetant, vendant, échangeant. Plus de 400 œuvres sont passées successivement dans sa collection. Dès le milieu des années 1920, il collectionne des objets d’Arts Premiers, collection qu’il poursuivra jusqu’à sa mort. Hommage Un prix de poésie porte son nom, décerné par la Société des poètes français. Françoise Sagan a trouvé, dans le second vers du poème À peine défigurée, du recueil La Vie immédiate (1932), le titre de son premier roman, Bonjour tristesse. Le titre de son roman Un peu de soleil dans l’eau froide est, quant à lui, tiré du poème d’Éluard, Vivre ici, publié en 1926. Frédéric H. Fajardie a donné le nom d’Eugène Grindel au héros de son roman, Clause de style, publié en 1984 (adapté au cinéma sous le titre Ne réveillez pas un flic qui dort avec Alain Delon et Michel Serrault). Œuvres Poésies Œuvres complètes * Les Œuvres complètes en deux tomes sont établies par Marcelle Dumas et Lucien Scheler et publiées en 1968 par Gallimard dans la collection Bibliothèque de la Pléiade. À cette occasion un Album Éluard est réalisé. Divers * Elle se fit élever un palais, 1947: in-folio (330x510) publié avec Serge Rezvani, en feuillets sous couverture repliée. Livre tiré à 16 exemplaires en avril 1947, pour le compte de Maeght éditeur. * Le texte de Paul Éluard est constitué du poème Elle se fit élever un palais (extrait de la Rose publique), et Serge Rezvani l’a orné de gravures, et a agrémenté chaque exemplaire de vignettes originales. Rezvani avait alors 18 ans, et n’avait pas le sou. Il raconte: « Ne pouvant plus peindre faute de toiles et de couleurs, la nuit j’allais voler des poubelles, à l’époque de simples caisses de bois. Me servant des planches brutes, je gravais des profils de femme. Ensuite, en les encrant, je tirais sur une feuille de papier ces silhouettes de chair en réserve, dont la blancheur nue naissait des nœuds, veines, striures du bois vivant par le tremblé d’une richesse de dentelle de Chine. Paul Éluard vit par hasard les premiers tirages de ces gravures chez Monny de Boully. Il voulut me rencontrer. Ces profils de femmes verticales coïncidaient avec un rêve qu’il avait célébré par un poème. Pendant six mois je tirai chez Mourlot les planches de ce livre (...) j’allais souvent chez Éluard pour lui montrer les planches au fur et à mesure que je les tirais. Avant même que je ne sorte les gravures, il me faisait asseoir à table et m’apportait du pain et du fromage. Je mourais de faim, il le savait. » * Ode à Staline, 1950 * Picasso, dessins, 1952 * Le Poète et son ombre, Seghers, 2008: textes provenant de plaquettes à tirage limité, de catalogues rares et de revues Correspondance * Paul Éluard & Jean Paulhan, Correspondance 1919-1944, édition établie et annotée par Odile Felgine et Claude-Pierre Pérez, Éditions Claire Paulhan, MMIII [2003], 208 p. (ISBN 2-912222-20-6). * Lettres de jeunesse, Paris, Seghers, 1962. * Choix de lettres à sa fille (1932-1949), revue Europe, N° spécial Paul Éluard, novembre-décembre 1962, p. 21-33. * Lettres à Joë Bousquet, Paris, Éditeurs français réunis, 1973. * Lettres à Gala 1924-1948, Paris, Gallimard, 1984, 522 p. (ISBN 2-07-070230-8). Les références Wikipedia – https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_%C3%89luard

Alphonse de Lamartine

Alphonse de Lamartine, de son nom complet Alphonse Marie Louis de Prat de Lamartine, né à Mâcon le 21 octobre 1790 et mort à Paris le 28 février 1869 est un poète, romancier, dramaturge français, ainsi qu’une personnalité politique qui participa à la Révolution de février 1848 et proclama la Deuxième République. Il est l’une des grandes figures du romantisme en France. Il passe son enfance en Bourgogne du sud, en particulier à Milly, qui nourrira son inspiration poétique, et se forme au collège à Lyon puis à Belley avant de revenir dans le Mâconnais où il mène une vie de jeune homme oisif et séducteur. Il voyage en Italie et occupe une éphémère fonction militaire auprès de Louis XVIII. En octobre 1816, en cure à Aix-les-Bains, la rencontre avec une jeune femme mariée, Julie Charles, marque un tournant décisif dans la vie du poète mais leur histoire d’amour passionnée vire à la tragédie lorsque Julie, restée à Paris, décède en décembre 1817. Alphonse de Lamartine écrit alors les poèmes des Méditations dont le recueil est publié en 1820 et obtient un succès fulgurant. Il épouse la même année Mary Ann Elisa Birch, une jeune Anglaise, et occupe des fonctions de secrétaire d’ambassade en Italie avant de démissionner en 1830. Il publie durant cette période d’autres œuvres poétiques comme, en 1823, les Nouvelles Méditations poétiques et La Mort de Socrate, ou encore, en juin 1830, les Harmonies poétiques et religieuses après avoir été élu à l’Académie française en 1829. En 1830, il décide d’entrer en politique en se ralliant à la monarchie de Juillet mais échoue à la députation. Il effectue alors un voyage en Orient où il visite la Grèce, le Liban et les lieux saints du christianisme, relaté dans Voyage en Orient et marqué par le drame de la mort de sa fille Julia. En 1833, Lamartine est élu député et le restera jusqu’en 1851: il passe du royalisme au républicanisme et prononce des discours remarqués. Il joue un rôle important au moment de la Révolution de 1848, proclamant la République, et assure pendant trois mois un poste au gouvernement provisoire, mais se retire de la politique après sa lourde défaite, n’obtenant que 0,26 % des suffrages lors de l’élection présidentielle qui porte au pouvoir Louis-Napoléon Bonaparte le 10 décembre 1848. Lourdement endetté, il vend à regrets le domaine de Milly en 1860 et écrit des œuvres alimentaires comme de nombreuses compilations historiques, son Cours familier de littérature (1856-1869), et d’autres œuvres moins décriées mais demeurant mineures telles que Le Tailleur de pierre de Saint-Point en 1851. Son dernier grand poème La Vigne et la Maison est écrit en 1857. Alphonse de Lamartine meurt en 1869, presque octogénaire, et repose dans le caveau familial au cimetière communal, le long du mur du parc du château de Saint-Point qu’il a habité et transformé depuis 1820. Son lyrisme associé à une expression harmonieuse fait la qualité des poèmes de Lamartine, la partie la plus marquante de son œuvre étant constituée par les poèmes pleins de sensibilité inspirés par Julie Charles, empreints des thèmes romantiques de la nature, de la mort, et de l’amour (par exemple dans Le Lac, L’Isolement, L’Automne, etc.) . Admiré et salué par toute la génération romantique (Victor Hugo, Nodier, Sainte-Beuve), Lamartine est parfois jugé plus sévèrement par les générations suivantes: Flaubert parle de « lyrisme poitrinaire » et Rimbaud écrit dans sa Lettre du voyant à Paul Demeny que « Lamartine est quelquefois voyant, mais étranglé par la forme vieille ». Il reste cependant largement admiré pour la puissance de son génie poétique et compte indiscutablement parmi les plus grands poètes français du XIXe siècle. Biographie Né à Mâcon le 21 octobre 1790, son père Pierre de Lamartine (21 septembre 1752-Mâcon 1840) est seigneur, chevalier de Prat et, capitaine au régiment Dauphin-cavalerie, et sa mère Alix des Roys, « fille de l’intendant général de M. le duc d’Orléans ». Les dix premières années de sa vie, passées à la campagne à Milly, sont influencées par la nature, ses sœurs, sa mère, et surtout par l’abbé Dumont, curé de Bussières, qui lui insuffle une grande ferveur religieuse, renforcée par les années qu’il passe au collège de Belley, pendant lesquelles il lit Chateaubriand, Virgile et Horace. De retour à Milly, il commence à écrire de la poésie sous l’inspiration des poèmes d’Ossian traduits en français par Pierre Baour-Lormian. Puis, après une aventure sentimentale qui inquiète ses parents, il entame un voyage en Italie (1811-1812) pendant lequel il rencontre une jeune Napolitaine, qui sera le modèle de sa Graziella. Il s’essaye ensuite à la tragédie (avec Médée) et écrit ses premières élégies. Il est nommé maire de Milly en 1812. En 1814, il devient quelque temps garde du corps de Louis XVIII une fois ce dernier intronisé: il se réfugie en Suisse et il fait un séjour à Bissy, en Savoie, dans la famille de Xavier de Maistre, au moment des Cent-Jours. Il démissionne finalement en 1815. Il revient ensuite à Milly, et mène une vie de gentleman campagnard. Seul garçon de sa famille, il doit recevoir en héritage les domaines de ses parents, mais, sans y être obligé, il s’engage à indemniser ses sœurs par des rentes. En 1816, victime de langueurs, il part à Aix-les-Bains en Savoie. Le poète y rencontre Julie Charles, née Bouchaud des Hérettes, une femme mariée, épouse du physicien et aéronaute Jacques Charles, de six ans son aînée, atteinte de « phtisie », comme on appelait à l’époque la tuberculose galopante. Les deux jeunes gens entament une idylle qui durera jusqu’à la mort de Julie en décembre 1817, à l’âge de 33 ans. Le poète est profondément marqué par cette perte tragique qui lui inspire, en partie, le recueil Méditations poétiques (1820). Ce dernier obtient un immense retentissement et le propulse socialement: il peut épouser Mary-Ann Birch et devient attaché d’ambassade à Naples. Le couple voyage en Italie, en Angleterre, à Paris. En même temps, le poète publie les Nouvelles Méditations poétiques, La Mort de Socrate, Le Dernier Chant du pèlerinage d’Harold. En 1822, sa fille Julia naît. En 1824, il perd sa sœur Césarine, épouse du comte Xavier de Vignet au mois de février, puis son autre sœur Suzanne de Montherot en août, à la suite de quoi il échoue à l’Académie française, à laquelle il sera finalement élu en 1829. En 1825, il est nommé secrétaire d’ambassade à Florence, mais se voit refuser le poste de ministre de France: qu’importe, il demande un congé, revient en province, et publie Les Harmonies poétiques et religieuses. Lamartine se rallie à la monarchie de Juillet mais est candidat malheureux à la députation (il échoue dans trois départements, à Bergues, à Toulon et à Mâcon). Il écrit Sur la politique rationnelle, commence Jocelyn et fait un voyage en Orient dès 1832: il visite la Grèce, le Liban, va jusqu’au Saint-Sépulcre pour raffermir ses convictions religieuses, mais ce voyage sera fortement marqué par la mort de sa fille Julia, qui lui inspire le poème Gethsémani ou la Mort de Julia, texte qu’il intégrera par la suite dans son récit du Voyage en Orient. En 1833, il est élu député et ne cessera de l’être jusqu’en 1851. En décembre 1834, il fait partie des fondateurs de la Société française pour l’abolition de l’esclavage. C’est à cette époque qu’il quitte le château de Saint-Point pour s’installer dans le château voisin de Monceau (Prissé). En 1838, avec Honoré de Balzac et Paul Gavarni, il va à Bourg-en-Bresse pour témoigner en faveur d’un ancien actionnaire du journal Le Voleur, Sébastien-Benoît Peytel, accusé d’assassinat. Sa démarche est infructueuse puisque l’accusé est guillotiné à Bourg-en-Bresse le 28 octobre 1839. À la suite de ses voyages en Orient, il deviendra avec Victor Hugo un des plus importants défenseurs de la cause du peuple serbe, dans sa lutte contre l’Empire ottoman. En juillet 1833, lors de sa visite de Niš (en Serbie), Lamartine, devant la tour des crânes, s’écria: « Qu’ils laissent subsister ce monument! Il apprendra à leurs enfants ce que vaut l’indépendance d’un peuple, en leur montrant à quel prix leurs pères l’ont payée. » À la suite de graves soucis d’argent, Lamartine envisage d’abandonner la politique et commence à rédiger l’Histoire des Girondins. Il remplit toutefois sa tâche de député consciencieusement et se déplace lentement vers la gauche au fil des années, allant jusqu’à devenir la tête de file des révolutionnaires de 1848. Son Voyage en Orient, son Histoire des Girondins, qui lui redonne une certaine popularité, ainsi que ses discours à la Chambre manifestent une certaine inflexion dans sa pensée politique. La Révolution de 1848 En 1848, à l’occasion de la chute de Louis-Philippe et de la proclamation de la Seconde République, Lamartine fait partie de la Commission du gouvernement provisoire. Il est ainsi ministre des Affaires étrangères de février à mai 1848. Partisan d’une révolution politique, il est plus proche des libéraux que des partisans d’une réforme politique et sociale (Louis Blanc, Albert, etc.). Le 24 février 1848, il s’oppose ainsi à l’adoption du drapeau rouge. De concert avec François Arago, il mène une politique modérée. C’est lui qui signe le décret d’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848. Le 10 mai 1848, le gouvernement provisoire est remplacé par une commission exécutive, dont ont été exclus les plus à gauche (Louis Blanc, etc.). Lamartine siège alors avec François Arago (également président de la Commission), Louis-Antoine Garnier-Pagès, Alexandre Ledru-Rollin et Pierre Marie de Saint-Georges. Après la fermeture des ateliers nationaux, décidée par la Commission exécutive, et les Journées de Juin, réprimées dans le sang par le général Cavaignac, la Commission démissionne. Le 28 juin 1848, Cavaignac devient président du Conseil des ministres par intérim. Au second semestre 1848, il occupe la chaire de droit international d’histoire des traités de l’éphémère École d’administration. En décembre, Lamartine obtient juste 0,26 % lors de l’élection présidentielle qui porte au pouvoir Louis-Napoléon Bonaparte. En avril-juin 1850, lors des débats parlementaires sur la loi de déportation politique, Lamartine s’oppose au choix des îles Marquises, bien qu’il ne fût pas opposé au principe même de la déportation. Sous le Second Empire La fin de la vie de Lamartine est marquée par des problèmes d’argent, dus à sa générosité et à son goût pour les vastes domaines. Il revient un temps aux souvenirs de jeunesse avec Graziella, Raphaël, mais doit très vite faire de l’alimentaire. La qualité de ses œuvres s’en ressent rapidement, et désormais les productions à la mesure du poète, telles que La Vigne et la Maison (1857), seront rares. Moqué pour ses souscriptions à répétitions et ses œuvres de circonstance (surnommé « tire-lyre »), oublié du monde politique, il prophétise la carrière politique d’Émile Ollivier. À la fin des années 1860, quasiment ruiné, il vend sa propriété à Milly et accepte l’aide d’un régime qu’il réprouve mais qui le loge gracieusement à Paris, dans un chalet du Bois de Boulogne situé au bout de l’actuelle avenue Henri Martin. C’est là, au 135 avenue de l’Empereur, non loin de l’actuel square Lamartine, qu’il meurt en 1869, deux ans après une attaque l’ayant réduit à la paralysie. Ses funérailles, à Mâcon ne sont suivies d’aucun ancien responsable républicain de 1848, à l’exception d’Émile Ollivier, que l’on peut considérer comme son fils spirituel (il lui succédera d’ailleurs à l’Académie française). L’inspiration politique et sociale Dès 1830, la pensée politique et sociale de Lamartine va devenir un aspect essentiel de son œuvre. Légitimiste en 1820, il évolue peu à peu vers la gauche, mais voit un danger dans la disparition de la propriété: cette position ambiguë, qui lui inspire la création d’un « Parti social » en 1834, est intenable. En 1831, il est attaqué dans la revue Némésis: on lui reproche d’avilir sa muse en la faisant la servante de ses idées politiques. Lamartine réplique, et dès cette période, son œuvre est de plus en plus marquée par ses idées. Lamartine croit au progrès: l’histoire est en marche et les révolutions sont un moyen divin pour atteindre un objectif. La démocratie est la traduction politique de l’idéal évangélique. Jocelyn, La Chute d’un ange, témoignent des préoccupations sociales de leur auteur, qui œuvre aussi pour la paix. La pensée religieuse de Lamartine Jocelyn, La Chute d’un ange, le Voyage en Orient révèlent la pensée religieuse de Lamartine. Son déisme est assez vague, mais le poète veut expurger la religion de la croyance aux miracles, de celle de l’enfer, etc. Cependant, certaines de ses œuvres seront mises à l’index. Sa foi en la Providence est contingente des vicissitudes de sa vie, mais le désir de servir Dieu est à chaque fois plus fort. La présence de figures romanesques et religieuses, telles l’Abbé Dumont, traversant son œuvre, participe de cette vision évangélique. Non-violent, il prêche également pour le végétarisme. Élevé par sa mère dans le respect de la vie animale il répugnera toute sa vie à manger de la viande. Il l’écrira même en vers dans La chute d’un Ange (1838) et plus explicitement dans Les confidences (1849) et ses arguments seront repris par les défenseurs du végétarisme au XXe siècle. Regards sur l’œuvre Maître du lyrisme romantique et chantre de l’amour, de la nature et de la mort, Alphonse de Lamartine marque une étape importante dans l’histoire de la poésie française avec sa musique propre. En effet « La révolution française de la poésie peut être datée des Méditations poétiques de Lamartine: cette mince plaquette […] eut un effet à la fois détonant et fondateur dans la redéfinition lente de la poésie à laquelle procède le XIXe siècle ». Lamartine, admiré par Hugo, Nodier ou Sainte-Beuve, disait de la poésie qu’elle était « de la raison chantée » et retrouva les accords d’un langage enthousiaste, c’est-à-dire d’une possible communion avec Dieu. La poésie est chant de l’âme. Si ses élégies restent dans la lignée de celles de Chénier, Bertin ou Parny, ses méditations et ses poèmes métaphysiques (notamment « La Mort de Socrate » et « Le Désert ») sont le résultat d’une expérience nouvelle, qui ont pu faire dire à Rimbaud que « Lamartine est quelquefois voyant, mais étranglé par la forme vieille. »(Lettre du voyant.) L’œuvre—immense: 127 volumes—propose parfois des textes moins reconnus (poèmes de circonstances par exemple ou de nombreux textes du Cours familier de littérature), mais on y reconnait le plus souvent l’expression d’un artiste, pour qui la poésie est « l’incarnation de ce que l’homme a de plus intime dans le cœur et de plus divin dans la pensée. » Il restera comme le grand restaurateur de l’inspiration lyrique. La beauté de cette poésie suppose donc la profonde sympathie de son intime lecteur: « La phrase fait secrètement entendre ce qu’elle fait discrètement voir et ressentir. Quiconque la murmure se substitue à celui qui l’inventa et se met à confondre les automnes de son âme avec ceux de la nature car ils sont signes de la déploration qu’il y a en Dieu. / Telle aura été la visitation de Lamartine ». Son Voyage en Orient est avec celui de Nerval, après l’Itinéraire de Paris à Jérusalem de Chateaubriand, l’un des chefs-d’œuvre du récit de voyage. Son titre complet, Souvenirs, impressions, pensées et paysages pendant un voyage en Orient (1832-1833), ou Notes d’un voyageur, souligne assez bien l’ambition littéraire de Lamartine, poète d’une nature illimitée dont la vision voluptueuse ouvre un espace immense à la rêverie, à une profonde méditation. « La poésie se rêve en effet le plus souvent chez Lamartine comme une coulée douce, d’ordre presque érotique, chargée tout à la fois de délivrer le moi et d’occuper en face de lui, disons presque de séduire, l’espace d’un paysage. » Critiques Dans les années 1840, l’économiste Frédéric Bastiat, qui entretenait un bon rapport avec Lamartine et qui admirait l’écrivain, lui reprocha son incompréhension de l’économie et les positions paradoxales ou ambiguës qui, selon lui, en résultèrent. Dans une lettre à Bastiat Lamartine écrit: « Votre doctrine n’est que la moitié de mon programme ; vous en êtes resté à la Liberté, j’en suis à la Fraternité. » Bastiat répondit: « La seconde moitié de votre programme détruira la première. » et développa ses arguments dans son pamphlet La Loi. Dans une lettre de 1853 à Louise Colet, Gustave Flaubert écrit: « Lamartine se crève, dit-on. Je ne le pleure pas […]. Non, je nʼai aucune sympathie pour cet écrivain sans rythme, pour cet homme dʼÉtat sans initiative. Cʼest à lui que nous devons tous les embêtements bleuâtres du lyrisme poitrinaire, et lui que nous devons remercier de l’Empire: homme qui va aux médiocres et qui les aime. […] Il ne restera pas de Lamartine de quoi faire un demi-volume de pièces détachées. Cʼest un esprit eunuque, la couille lui manque, il nʼa jamais pissé que de lʼeau claire. » L’année précédente, en 1852, il commentait ainsi le Graziella de Lamartine: « Cʼest un ouvrage médiocre, quoique la meilleure chose que Lamartine ait faite en prose. Il y a de jolis détails… Deux ou trois belles comparaisons de la nature […]: voilà à peu près tout. Et dʼabord, pour parler clair, la baise-t-il, ou ne la baise-t-il pas ? Ce ne sont pas des êtres humains, mais des mannequins. Que cʼest beau ces histoires dʼamour, où la chose principale est tellement entourée de mystère que lʼon ne sait à quoi sʼen tenir! lʼunion sexuelle étant reléguée systématiquement dans lʼombre, comme boire, manger, pisser, etc.! Ce parti pris mʼagace. Voilà un gaillard qui vit continuellement avec une femme qui lʼaime, et quʼil aime, et jamais un désir! Pas un nuage impur ne vient obscurcir ce lac bleuâtre! Ô hypocrite! Sʼil avait raconté lʼhistoire vraie, que cʼeût été plus beau! Mais la vérité demande des mâles plus velus que M. de Lamartine. Il est plus facile en effet de dessiner un ange quʼune femme. […] Mais non, il faut faire du convenu, du faux. Il faut que les dames vous lisent. Ah mensonge! mensonge! que tu es bête! » Alexis de Tocqueville se montra très critique envers l’homme politique: « Je ne sais si j’ai rencontré, dans ce monde d’ambitions égoïstes, au milieu duquel j’ai vécu, un esprit plus vide de la pensée du bien public que le sien. J’y ai vu une foule d’hommes troubler le pays pour se grandir: c’est la perversité courante ; mais il est le seul, je crois, qui m’ait semblé toujours prêt à bouleverser le monde pour se distraire. Je n’ai jamais connu non plus d’esprit moins sincère, ni qui eût un mépris plus complet pour la vérité. Quand je dis qu’il la méprisait, je me trompe ; il ne l’honorait point assez pour s’occuper d’elle d’aucune manière. En parlant ou en écrivant, il sort du vrai et y rentre sans y prendre garde . » Victor Hugo, que Lamartine nomma maire du 8e arrondissement de Paris et à qui il proposa le poste de ministre de l’Instruction, le présente en revanche comme quelqu’un de « noble, tranquille, généreux, tout entier au pays, poussant le patriotisme jusqu’au dévouement, et le dévouement jusqu’à l’abnégation . » Mandats politiques Député du Nord (Bergues)—opposition légitimiste: 7 janvier 1833-25 mai 1834 et 21 juin 1834-3 octobre 1837 Député de Saône-et-Loire (Mâcon)—gauche: 4 novembre 1837-2 février 1839, 2 mars 1839– 12 juin 1842, 9 juillet 1842-6 juillet 1846 et 1er août 1846-24 février 1848 Député des Bouches-du-Rhône—centre-gauche: 23 avril 1848-26 mai 1849 Député du Loiret (Gien)—centre gauche: 8 juillet 1849-2 décembre 1851 Président du Conseil général de Saône-et-Loire en 1836-1837, en 1839-1843, en 1846 et en 1848-1851 Conseiller général de Mâcon-Nord: 1833-1848 Conseiller général de Mâcon-Sud: 1848-1852 Conseiller municipal de Mâcon: 21 juin 1840-29 janvier 1852 Œuvres * Poésie * Méditations poétiques (1820) dont « Le Lac » et « L’Isolement » * La Pervenche (1821) * La Mort de Socrate (1823) * Nouvelles Méditations poétiques (1823) dont « La Solitude » et « Les Préludes » (ce dernier poème fut mis en musique par Franz Liszt) * Le Dernier Chant du pèlerinage d’Harold (1825) * Épîtres (1825) * Harmonies poétiques et religieuses (1830) dont « Milly, ou la Terre natale » * Recueillements poétiques (1839) * Le Désert, ou l’Immatérialité de Dieu (1856) * La Vigne et la Maison (1857) * La fenêtre de la maison paternelle (1816)N.B. Ces œuvres, ainsi que les poèmes dramatiques (théâtre) et les romans en vers (Jocelyn et La Chute d’un ange) sont réunies dans les Œuvres poétiques de la Bibliothèque de la Pléiade aux éditions Gallimard (texte établi, annoté et présenté par Marius-François Guyard). * Romans en prose * Raphaël (1849) * Graziella (1849) * Le Tailleur de pierre de Saint-Point (1851) * Geneviève, histoire d’une servante (1851) * Fior d’Aliza (1863) * Antoniella (1867)Épopées ou romans en vers * Jocelyn (1836), dont une version illustrée par Albert Besnard * La Chute d’un ange (1838)Théâtre * Médée (créé en 1813 publié en 1873) * Saül (écrit en 1819 mais publié en 1861) * Toussaint Louverture (1850)Histoire * Histoire des Girondins, en huit volumes (1847) * Histoire de la Restauration, en huit volumes (1851) * Histoire des Constituants (1853), * Histoire de la Turquie (1853-1854), ce livre contient une Vie de Mahomet * Histoire de la Russie (1855).Mémoires, autobiographies et récits de voyage * Voyage en Orient (1835) * Trois Mois au pouvoir (1848) * Histoire de la révolution de 1848 (1849) * Confidences contenant le récit de Graziella (1849) * Nouvelles Confidences contenant le poème des Visions (1851) * Nouveau Voyage en Orient (1850) * Mémoires inédits (1870)Biographies * Le Civilisateur, Histoire de l’humanité par les grands hommes, trois tomes (1852: « Jeanne d’Arc », « Homère », « Bernard de Palissy », « Christophe Colomb », « Cicéron », « Gutemberg » ; 1853: « Héloïse », « Fénelon », « Socrate », « Nelson », « Rustem », « Jacquard », « Cromwell » (Première et deuxième parties) ; 1854: « Cromwell » (Troisième partie), « Guillaume Tell », « Bossuet », « Milton », « Antar », « Mad. de Sévigné »)Autres * Des destinées de la poésie (1834) * Sur la politique rationnelle (1831) * Lectures pour tous ou extraits des œuvres générales (1854) * Cours familier de littérature (1856) * Nombreux discours politiquesCorrespondanceCorrespondance d’Alphonse de Lamartine: deuxième série, 1807-1829. Tome III, 1820-1823 (textes réunis, classés et annotés par Christian Croisille ; avec la collaboration de Marie-Renée Morin pour la correspondance Virieu). – Paris: H. Champion, coll. « Textes de littérature moderne et contemporaine » no 85, 2005. – 521 p., 23 cm. – (ISBN 2-7453-1288-X). * Lamartine, lettres des années sombres (1853-1867), présentation et notes d’Henri Guillemin, Librairie de l’Université, Fribourg, 1942, 224 pages. * Lamartine, lettres inédites (1821-1851), présentation d’Henri Guillemin, Aux Portes de France, Porrentruy, 1944, 118 pages. * Correspondance du 25 décembre 1867 Les références Wikipedia – https://fr.wikipedia.org/wiki/Alphonse_de_Lamartine

Pierre de Ronsard

Pierre de Ronsard né en septembre 1524 au château, de la Possonnière, près du village de Couture-sur-Loir en Vendômois, et mort le 27 décembre 1585 au prieuré de Saint-Cosme en Touraine), est un des poètes français les plus importants du XVIe siècle. « Prince des poètes et poète des princes », Pierre de Ronsard est une figure majeure de la littérature poétique de la Renaissance. Auteur d’une œuvre vaste qui, en plus de trente ans, s’est portée aussi bien sur la poésie engagée et officielle dans le contexte des guerres de religions avec Les Hymnes et les Discours (1555-1564), que sur l’épopée avec La Franciade (1572) ou la poésie lyrique avec les recueils Les Odes (1550-1552) et des Amours (Les Amours de Cassandre, 1552 ; Les Amours de Marie, 1555 ; Sonnets pour Hélène, 1578). Imitant les auteurs antiques, Ronsard emploie d’abord les formes de l’ode (Mignonne, allons voir si la rose) et de l’hymne, considérées comme des formes majeures, mais il utilisera de plus en plus le sonnet transplanté en France par Clément Marot en 1536 en employant le décasyllabe (Mon dieu, mon dieu, que ma maistresse est belle!, Les Amours, ou Je vous envoye un bouquet…, Continuation des Amours) comme le mètre « moderne » de l’alexandrin (Comme on voit sur la branche… Second Livre des amours, ou Quand vous serez bien vieille…, Sonnets pour Hélène). Biographie Jeunesse et formation Pierre de Ronsard est le quatrième enfant de Loys de Ronsard, chevalier de la Possonnière, maître d’hôtel du Dauphin, et de Jeanne Chaudrier, veuve des Roches. Il a une sœur, Louise, et deux frères, Claude et Charles. Son père, chevalier à 21 ans, ayant participé aux guerres d’Italie, est un homme féru de poésie et admirateur de Bayard. Selon Ronsard, sa famille serait originaire d’Europe de l’Est près du Danube. Ce fait rapporté par ses premiers biographes est aujourd’hui contesté. Pierre de Ronsard naît au château de la Possonnière en 1524. Il passe son enfance au château, privé de son père de l’âge de deux ans à celui de six ans, car de 1526 à 1530, Loys de Ronsard est en Espagne avec les enfants de François 1er otages de Charles Quint. Dès l’âge de cinq ans, Pierre de Ronsard est confié à un précepteur, peut-être son oncle, l’archidiacre de Navarre, Jean Ronsard, qui l’initie aux auteurs latins et lui léguera à sa mort (1535-1536) sa bibliothèque. Son père le destine à la carrière de robe et l’envoie étudier, en octobre 1533, au collège de Navarre où il ne restera que 6 mois. Son père tente alors de l’introduire à la cour, d’abord en tant que page auprès du dauphin François, puis à la mort de celui-ci en août 1536, auprès de son frère Charles, duc d’Orléans. Quand Madeleine de France épouse le roi Jacques V d’Écosse, en 1537, Ronsard est attaché au service de Madeleine, puis au service du roi Jacques à la mort de celle-ci et passe trois années tantôt en Écosse, tantôt à Londres, tantôt en France tantôt en Flandre, dans la suite de l’ambassadeur Claude d’Humières, Seigneur de Lassigny. C’est durant cette période qu’il commence à s’intéresser à la poésie, encouragé par un écuyer, Paul Duc, qui lui fait découvrir des poètes latins comme Virgile et Horace. En 1539, il est de retour en France au service du duc d’Orléans. C’est probablement pour servir d’yeux et d’oreilles à Charles qu’il suit Lazare de Baïf, le père de son futur collègue de Pléiade et compagnon à cette occasion, Jean-Antoine de Baïf, lors de son ambassade auprès des princes allemands. Cette carrière diplomatique prometteuse est cependant subitement interrompue. Une maladie, suivie d’une longue convalescence à la Possonnière,, le laisse à moitié sourd. Pierre de Ronsard décide alors de se consacrer à l’étude. Une carrière de robe est à nouveau envisagée et, en mars 1543, Ronsard est tonsuré par l’évêque du Mans mais reste au service de Charles d’Orléans, puis, à la mort de celui-ci, au service du dauphin Henri. Durant sa convalescence déjà, Ronsard a complété sa formation par la lecture des auteurs français Jean Lemaire de Belges, Guillaume Coquillard et Clément Marot et compose quelques odes horaciques qu’il présente à Jacques Peletier. Son père meurt le 6 juin 1544 et c’est sous la houlette de l’helléniste Jean Dorat, précepteur de Jean-Antoine de Baïf, qu’il se familiarise avec les auteurs grecs, quand ses obligations de cour le lui permettent. Soit au collège de Coqueret soit directement auprès de Dorat, il étudie également les procédés littéraires, la littérature italienne (Dante, Pétrarque, Boccace), se forme à l’alexandrin, à la mythologie et développe un goût pour l’érudition qui lui fait considérer l’école marotique comme vulgaire. Naissance de la Pléiade Au Collège de Coqueret ou dans les maisons de Nicolas Ellain ou Jean Brinon se regroupent les futurs poètes qui vont constituer la Brigade, plus tard appelée Pléiade. La rencontre entre Ronsard et Joachim du Bellay date de 1547. Cette même année, Ronsard voit une de ses odes horaciques publiée dans les Œuvres poétiques de Jacques Peletier. Autour de Ronsard, du Bellay, du Baïf et Dorat se rassemblent entre autres, Jean Martin, Jacques Peletier, Claude de Lignery, Pierre des Mireurs, Julien Peccate, Bertrand Bergier, Pontus de Tyard, Guillaume des Autels, Étienne Jodelle, Jean de la Péruse, puis Rémy Belleau. Ce nouveau mouvement littéraire a pour ambition d’imiter et surpasser les Italiens (Pétrarque, Dante, Bembo) en créant une littérature en langue française capable d’égaler les poètes latins ou grecs. En 1548, la publication par Thomas Sébillet de son Art poétique jugé insuffisamment novateur par les poètes de la Brigade, précipite la publication de leur manifeste. Joachim Du Bellay publie en 1549 Défense et illustration de la langue française dans lequel il expose les principes de la Pléiade et éreinte les poètes alors en vogue, Marot, Sebillet et surtout Saint-Gelais. Les Odes et début de la gloire En 1549, Ronsard publie quelques plaquettes dont Hymne de France mais sa première grande œuvre sont ses Odes, dont les quatre premiers livres paraissent en 1550 et dont la préface est une attaque virulente de ceux qu’il qualifie de « poétastres » et « sciamaches ». Son recueil est mal perçu à la cour où domine l’école marotique mais reçoit des critiques enthousiastes de ses admirateurs qui le qualifient de « Pindare français». En 1552 la parution des Amours de Cassandre confirme les talents du jeune poète même si la cour reste encore réticente et si certains lui reprochent son abandon du style de Pindare pour celui de Pétrarque. En 1553, Ronsard se lance dans le style grivois avec la publication des Folastreries, qui sont brûlées sur ordre du Parlement pour leur teneur licencieuse. À cette époque, Ronsard est considéré comme le maître à penser des jeunes poètes qui lui donnent le titre de «Prince des poètes ». En 1554, l’Académie des Jeux floraux de Toulouse le récompense d’une Églantine pour son « excellence et rare savoir et pour l’honneur et ornement qu’il avait procuré à la poésie française» et l’année suivante, ce prix est transformé en une Minerve d’argent d’un grand prix. En 1555, Ronsard sort une Continuation des Amours, et une Nouvelle Continuation des Amours l’année suivante. Pour remercier Jean II Brinon, son mécène, Ronsard en fait le héros des Meslanges de 1555 qu’il lui dédicace. Puis il se lance dans les Hymnes dont l’Hymme de l’Hercule chrestien adressée au cardinal de Châtillon, archevêque de Toulouse qui l’a toujours encouragé. Le poète de cour Ses succès littéraires lui apportent la gloire mais il lui faut aussi trouver de quoi survivre. Ronsard dépense une partie de son énergie à tenter d’acquérir des prieurés et des cures dont les bénéfices lui assureraient un revenu décent et à trouver des protecteurs. En 1554, il est soutenu par le roi Henri II dans son projet de la Franciade. La mort de Saint-Gelais en 1558 et de Du Bellay en 1560 le place au premier rang à la cour malgré un momentané rejet dans l’ombre à la mort d’Henri II et durant le court règne de François II. À l’accession au trône de Charles IX, il occupe la place privilégiée de poète et aumônier du roi. La publication d’une édition collective de ses Œuvres en 1560 le consacre dans sa gloire. Il écrit pour le jeune prince une Institution pour l’adolescence de Charles IX, poème didactique, rédige des Discours, organise les fêtes, écrit des élégies, des poèmes de circonstances. Lorsque les guerres de religions éclatent, il prend le parti du roi et de l’église catholique, s’éloignant de ses anciens amis de sympathie protestante (Odet de Châtillon, Théodore de Bèze, Rémi Belleau). Il écrit Discours des misères de ce temps (1562), suivi de Continuation des discours des misères de ce temps et Remontrance au peuple de France (1563) puis une Réponse aux injures et calomnies de je ne sais quels prédicants et ministres de Genève, qui l’avaient attaqué pour sa défense du catholicisme et enfin Nouvelles poésies dans lesquelles Ronsard règle ses comptes avec ses détracteurs protestants. La grande tournée de réconciliation de Charles IX en 1564 est l’occasion de grandes fêtes dont Ronsard est l’auteur. Ses textes font l’objet d’un recueil Élégies, mascarades et bergeries publié en 1565. En 1565, en récompense de ses services, Charles IX lui offre le prieuré de Saint-Cosme puis celui de Croixval à Ternay en 1566. Ronsard, à l’abri du besoin et lassé de son rôle de courtisan peut enfin s’éloigner un peu de la cour mais reste aumônier du roi jusqu’en 1571. Il s’adonne au jardinage, travaille à la publication et à la correction de ses œuvres, publie son Abrégé de l’art poétique français et continue son travail sur la Franciade. La publication de cette longue fresque en 1572 est un échec. Écrit en décasyllabes, selon le désir de Charles IX, ce récit, davantage de l’ordre de la mythologie que de l’histoire, n’est plus au goût du jour. À la mort de Charles IX, en 1574, Ronsard a déjà pris quelques distances mais Henri III, qui réunit un groupe d’intellectuels autour de lui, le rappelle. Ronsard a changé de statut: de poète il passe moralisateur et philosophe et assiste à l’ascension de son rival Philippe Desportes. Dernières années Ses dernières années sont marquées par la perte de nombre de ses amis (Rémi Belleau, Christophe de Thou, François d’Alençon) et par la maladie. Il publie ses Sonnets pour Hélène, ainsi que des pièces à l’intention du roi réunies dans le Bocage royal. Il continue la publication de ses œuvres (5e édition en 1577, 6e édition en 1578, 7e édition en 1584) qu’il prend soin de retravailler en élaguant et corrigeant le style, recherchant plus la simplicité et la clarté que l’emphase et l’érudition. Les crises de goutte se font de plus en plus invalidantes et il s’éteint dans la nuit du 27 au 28 décembre 1585 entouré de ses amis Jean Galland, Claude Binet et Jacques Davy du Perron dans son prieuré de Saint-Cosme. Il y est enseveli dans la crypte de l’église, aujourd’hui en ruine. Deux mois plus tard, il reçoit un hommage officiel, à Paris, au collège de Boncourt où ses funérailles solennelles sont célébrées, le 24 février 1586, date anniversaire de la bataille de Pavie,. Toute la cour s’y presse, à telle enseigne que plusieurs dignitaires devront renoncer à y assister. L’oraison est prononcée par son ami Jacques Du Perron et un Requiem de Jacques Mauduit est exécuté pour la première fois à cette occasion. En 1586 parait le Discours sur la vie de Ronsard, œuvre de son premier biographe Claude Binet. Regards sur l’œuvre Ronsard a tout au long de sa vie goûté à tous les genres, de Pindare à Pétrarque en passant par Anacréon et Horace avec quelques touches d’épicurisme. Il a abordé de nombreux thèmes: champêtres, amoureux, philosophiques, politiques. Ses poèmes lyriques qui développent les thèmes de la nature et de l’amour, associés aux références de l’Antiquité gréco-latine et à la forme du sonnet, constituent la partie vivante de l’œuvre de l’animateur du renouveau poétique que fut Pierre de Ronsard avec ses compagnons de la Pléiade et son ami Joachim Du Bellay. Il a contribué à étendre largement le domaine de la poésie, lui offrant une langue plus riche par la création de néologismes et l’introduction du langage populaire dans le français littéraire, et mettant en place des règles de versification qui ont perduré plusieurs siècles. Jusqu’au début de XVIIe siècle, il est reconnu par ses pairs comme celui qui « a coupé le filet que la France avait sous la langue ». Cependant, son œuvre parfois inégale, non dépourvue de maniérisme et de pédantisme, est dépréciée par François de Malherbe et boudée pendant toute la période classique: aucune édition de ses œuvres n’est publiée de 1630 à 1828, date de la publication de Sainte Beuve. Il faut attendre l’époque des romantiques, des parnassiens et des symbolistes pour que sa poésie soit de nouveau appréciée. Les Odes (1550-1552) Les quatre premiers livres des Odes paraissent en 1550 et le cinquième en 1552 mais Ronsard les travaillera, en les corrigeant et les complétant, tout au long de sa vie. Le premier livre des Odes est un hommage à Pindare. À l’imitation de ce poète, qui célébrait dans ses odes les athlètes grecs, Ronsard crée des poèmes lyriques construits en triades (strophe, antistrophe, épode). Il lui emprunte l’usage des beaux mythes et des qualificatifs éloquents pour célébrer les protecteurs de son temps. Mais on trouve dans ses odes bien d’autres influences. Celle d’Horace est perceptible quand il célèbre la nature et son vendômois natal ou lorsqu’il professe un épicurisme très proche de ses sentiments profonds. Il y chante la joie d’aimer et la vision du temps qui passe comme dans son Mignonne, allons voir si la rose... publié en 1553. On y retrouve également les thèmes d’Anacréon dans ses odelettes dont le héros est le dieu Amour (L’Amour mouillé– l’Amour piqué par une abeille– 1553/54). On retrouve également Michel Marulle dans sa capacité à se raconter et à décrire des sentiments tout simples. Les Amours De 1552 (premier livre des Amours) à 1578 (Sonnets pour Hélène), Ronsard n’a jamais cessé de chanter l’amour. Dédiant ses écrits à trois femmes, Cassandre, Marie et Hélène, il parle en fait de sentiments éprouvés lors de multiples rencontres amoureuses parmi lesquelles on peut citer Marguerite, Jeanne, Madeleine, Rose, Sinope, Genèvre, Isabeau... Cassandre: Les Amours (1552)– Continuation des amours (1555) Les Amours de Cassandre est un recueil de poèmes en décasyllabes de Pierre de Ronsard de 1552. Il porte sur Cassandre Salviati (1530-1607), fille de Bernardo Salviati, un des banquiers de François Ier. Cassandre est une jeune fille italienne rencontrée par le poète le 21 avril 1545 à Blois à un bal de la cour. Elle n’a que quinze ans et lui vingt et un. Ronsard ne pouvait épouser la jeune fille, car il était clerc tonsuré. Cassandre épousa Jean Peigné, seigneur de Pray l’année suivante. À l’imitation de Pétrarque, qui chantait son amoureuse Laure, il fait de Cassandre son égérie, célébrant un amour tout imaginaire dans un style précieux avec comparaisons mythologiques et mignardises. C’est dans Les Amours que Ronsard fixe les règles du sonnet: deux quatrains où alternent rimes masculines et rimes féminines suivis de deux tercets dont les rimes sont disposées de manière conventionnelle CCD EED ou CCD EDE. Le Second Livre est en partie dédié à Cassandre et en partie à Marie. Marie: Nouvelle continuation des Amours (1556)– Sur la mort de Marie (1578) On sait peu de chose sur Marie. C’est une jeune fille de condition modeste que Ronsard rencontre en avril 1555. Elle est parfois appelée Marie Dupin et serait originaire de Bourgueil. Sa relation avec Ronsard est loin d’être platonique. La présence d’un rival est attestée et Ronsard reste fidèle à la dame seulement quelques années: dès 1560, plusieurs pièces sont dédiées à une certaine Sinope. Pour célébrer ses amours, Ronsard s’éloigne du style de Pétrarque, gagnant en simplicité et en fraîcheur. La grande majorité des pièces sont écrites en alexandrins. C’est la mise en place de ce que Ronsard appelle son « style bas »Les pièces Sur la mort de Marie font référence à la mort de Marie de Clèves, favorite d’Henri III morte en 1574, mais il est probable que Ronsard ait réuni la mort de ces deux Maries (la date de la mort de Marie Dupin est inconnue et située selon les auteurs entre 1560 et 1574) dans ses poèmes. Dans un style pétrarquisant, Ronsard chante avec sincérité et émotion le regret de celui qui a perdu un être cher. Malgré le ton grave de la mort, c’est la joie d’aimer et l’allégresse qui l’emportent. Hélène: Sonnets pour Hélène (1578) Les Sonnets pour Hélène sont publiés en 1578 dans une nouvelle édition des Amours. Hélène de Surgères est une jeune suivante de Catherine de Médicis. Une grande différence d’âge sépare Hélène de Ronsard qui est âgé de près de 45 ans lorsqu’ils se rencontrent. C’est la reine qui encourage Ronsard à courtiser Hélène par vers interposés. Cette œuvre de commande est une œuvre de maturité qui célèbre un amour platonique pour une belle qui reste indifférente. Ronsard retrouve dans ces sonnets l’influence de Pétrarque et Hélène de Troie est très souvent évoquée aux côtés d’Hélène de Surgères. Les sonnets les plus connus sont Quand vous serez bien vieille... et Te regardant assise.... Les Hymnes (1555– 1556) Ronsard s’est également essayé aux hymnes, traitant d’un grand sujet. Ils sont parfois moins prisés que des écrits plus frais comme les odes ou les sonnets car très érudits et chargés d’allégories. Ils sont cependant l’occasion de mettre en place l’alexandrin et ses rimes plates. Ronsard utilise ses hymnes pour chanter les louanges d’un haut personnage comme dans l’Hymne à Henri II ou l’Hymne au cardinal de Lorraine où l’usage de l’hyperbole est de mise (l’un est comparé à Jupiter et l’autre à Hercule). Ces pièces lui permettent également de philosopher sur la mort, la poésie ou la religion comme dans l’Hymne de la mort, l’Hymne de l’automne ou l’Hymne à Saint Blaise. On trouve également des fragments d’épopée comme dans l’Hymne de Pollux et Castor. Les Discours (1562– 1563) Poète de roi, Ronsard se sent investi d’une responsabilité envers la France, ses intérêts et son unité qu’il défend avec éloquence dans une série de discours principalement écrits à l’accession de Charles IX au trône et durant les guerres de religion. Il choisit, pour écrire son Institution pour l’adolescence du roi très chrétien, ses Remontrances et ses Misères, l’alexandrin dont le rythme long convient bien à ces élans patriotiques, le ton est volontiers passionné, les apostrophes nombreuses et le souffle oratoire puissant. Il y condamne le protestantisme, « fantaisie» qui contribue à diviser la France, lui reproche son intégrisme et l’accuse d’être à l’origine des massacres qui, à la suite de celui de Vassy, ont ensanglanté la France et de livrer celle-ci à l’Angleterre. La réponse des protestants est violente: par le biais de libelles et de pamphlets, ils s’attaquent à l’homme, critiquant ses débauches et son âpreté au gain. Cette série d’attaques conduit Ronsard à leur répondre dans sa Réponse aux injures et calomnies..., précieux témoignage autobiographique. Le style se fait davantage guerrier et revanchard dans les discours de 1569 (Hymne à la victoire de Jarnac ou L’Hydre défait). Il n’approuve pas pour autant le massacre de la Saint-Barthélemy de 1572, gardant le silence face à la demande de propagande royale ; il loue tout de même dans l’Hymne des Estoilles les apologistes de la tuerie. Vers la fin de sa vie, on retrouve Ronsard du côté des « politiques» c’est-à-dire ceux qui regrettent la violence des ligueurs et pensent qu’une négociation est envisageable avec les protestants. La Franciade (1572) La Franciade est un vieux projet de Ronsard qu’il présente à Henri II dès 1560 et que Charles IX soutiendra durant tout son règne. Il s’agit d’écrire une épopée à la gloire de la France. Rédigée en décasyllabes, elle a pour thème l’histoire de ce Francien ou Francus, prétendu fils d’Hector, échappé de la prise de Troie, qui aurait été à l’origine de la nation française. Ronsard a pour projet de raconter ses aventures et l’histoire des rois de France de Charles Martel jusqu’au roi actuel. Cependant, Ronsard s’épuise à cette tâche. Il n’arrive pas à donner corps à cette épopée qui, plus le siècle avance, semble superficielle. Le choix du décasyllabe, plutôt que l’alexandrin, imposé par Charles IX n’est pas étranger à l’échec de l’œuvre. La date de parution également: en 1572, la France est plus préoccupée par la résolution du conflit entre protestants et catholiques que par la glorification de ses ancêtres. Ronsard prévoyait vingt-quatre chants mais ne publiera finalement que les quatre premiers livres (jusqu’à Pépin le Bref). Poèmes posthumes (1586) Les amis de Ronsard publieront, l’année de sa mort, quelques poèmes de sa fin de vie qui racontent la souffrance d’un homme qui se sent âgé et qui voit la mort se profiler à l’horizon (Je n’ai plus que les os ou Ah! longues nuits d’hivers...). Honneurs et commémorations À l’occasion du quatrième centenaire de la naissance du poète Pierre de Ronsard, la poste française émet un timbre à son effigie le 6 octobre 1924. Épitaphe Voici l’épitaphe que Ronsard a proposé au poète savoisien Marc-Claude de Buttet de graver sur sa tombe: CELUY QUI GIST SOUS CETTE TOMBE ICY AIMA PREMIERE UNE BELLE CASSANDRE AIMA SECONDE UNE MARIE AUSSY, TANT EN AMOUR IL FUT FACILE A PRENDRE. DE LA PREMIERE IL EUT LE CŒUR TRANSY, DE LA SECONDE IL EUT LE CŒUR EN CENDRE, ET SI DES DEUX IL N’EUT ONCQUES MERCY(Deuxième livre des Amours). Iconographie Une médaille à l’effigie de Pierre de Ronsard a été réalisée en 1924 par le graveur Pierre Dautel. Un exemplaire en est conservé au musée Carnavalet (ND 5161). Botanique La « Pierre de Ronsard » est une variété de rose créée en 1986 par Francis Meilland. Elle présente de gros boutons de pétales blancs et roses et a l’allure d’une pivoine. Très prisée des décorateurs, elle a été récompensée, en 2006, par la Fédération mondiale des sociétés de roses. Bibliographie Les éditions collectives D’après François Rouget: 1560: in-16, comprend 24 pièces nouvelles. 1567: in-4. 1571: in-16 comprend 29 pièces nouvelles. 1572-1573: in-16 comprend 1 pièce nouvelle. 1578: in-16, comprend 238 pièces nouvelles. 1584: la dernière publiée du vivant de l’auteur, comprend 32 pièces nouvelles. 1586: édition posthume, comprend 30 pièces nouvelles Éditions contemporaines Paul Laumonier (puis R. Lebègue et I. Silver), Ronsard, œuvres complètes, Paris, STFM, 1914-1975. Jean Céard, Daniel Ménager, Michel Simonin, Ronsard, œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, t. I, 1993- t. II, 1994 Les Mascarades de Pierre de Ronsard ont été illustrées par Édouard Pignon d’eaux-fortes en noir et en couleurs, pour le compte des Bibliophiles de France’, 1976. Ouvrages sur Ronsard et son œuvre Pascal Robin sieur du Faux Funèbres regrets sur la mort de Pierre de Ronsard, Paris, G. Linocier, 1585. Benedikte Andersson, L’Invention lyrique. Visages d’auteur, figures du poète et voix lyrique chez Ronsard, Paris, Honoré Champion, 2011 François Rouget, Pierre de Ronsard, Paris-Rome, Memini, Bibliographie des Écrivains français, no 27, 2005 Marc Carnel, Le Sang embaumé des roses, Genève, Droz, 2004 André Gendre, L’Esthétique de Ronsard, Paris, SEDES, 1997 Yvonne Bellenger, Lisez la Cassandre de Ronsard, Paris, Champion, Unichamp, 1997 Michel Simonin, Pierre de Ronsard, Fayard, 1990– Oliviert Pot, Inspiration et mélancolie dans les Amours de Ronsard, Genève, Droz, 1990 Michel Dassonville (de), Ronsard – Etude historique et littéraire, en cinq volumes Vol. I: Les Enfances Ronsard (1536-1545). Genève, Droz, 1968, 287 p Vol. II: À la conquête de la toison d’or (1545-1550), Genève, Droz, 1970, 209 p. Vol III: Prince des poètes ou poète des Princes (1550-1556), Genève, Droz, 1976, 238 p. Vol. IV: Grandeurs et servitudes (1556-1565), Genève, Droz, 1985, 214 p. Vol. V: Un brasier sous la cendre (1565-1575), Genève, Droz, 1990, 161 p. Yvonne Bellenger, La Pléiade. La Poésie en France autour de Ronsard, Paris, Nizet, 1988 Albert Py, Imitation et Renaissance dans la poésie de Ronsard, Genève, Droz, 1984 Daniel Ménager, Ronsard. Le Roi, le Poète et les Hommes, Genève, Droz, 1979 Henri Weber, « Autour du dernier sonnet de Ronsard: de la vieillesse à la mort, du cygne au signe », Mélanges Silver, 1974 André Gendre, Ronsard, poète de la conquête amoureuse, 1970. Louis Terreaux, Ronsard correcteur de ses œuvres, Genève, Droz, 1968 Pierre Villey, Pierre de Ronsard: textes choisis et commentés, Paris, Plon, 1914– Henri Longnon, Pierre de Ronsard, essai de biographie: les ancêtres, la jeunesse, paris, H. Champion, 1912– Ouvrages sur le pays dit de Ronsard Hallopeau (Louis-Alfred), Le Bas-Vendômois de Montoire à la Chartre-sur-le-Loir. Excursions sur les rives du Loir et de la Braye. Au pays du poète Ronsard, La Chartre-sur-le-Loir, impr. Moire, 1906. Daniel Schweitz, L’Identité traditionnelle du Vendômois: des travaux d’érudition locale à la reconnaissance d’un pays de la Vieille France (fin XVIIIe-XXe siècle), Vendôme, Éditions du Cherche-Lune, 2008, 263 p., nbr ill., (ISBN 9782904736568) Revues La Guerre et la paix dans la poésie de Ronsard (dir. Y. Bellenger), Revue des Amis de Ronsard, XX, numéro spécial, Société des Amis de Ronsard du Japon, 2007: Le monde et la cité: guerre et paix selon Ronsard (J. Ceard); Ronsard et 'le premier des gendarmes’: la guerre dans L’Hymne d’Henry II (J.-C. Ternaux); La Paix dans les poèmes pour les fêtes de cour (D. Ménager); Mars et Venus dans la poésie de Ronsard (Ph. Ford); La guerre amoureuse de Ronsard (A. Gendre); Guerre et paix: les mythes de la féminitude chez Ronsard (G. Demerson); La poésie de la guerre dans « La Franciade » (D. Bjaï); L’éloge de la guerre chez Ronsard (Y. Bellenger) Musée Ronsard Château de la Possonnière (XVIe siècle), où est né Ronsard le 10 septembre 1524. Adaptation à la télévision 1970: Pierre de Ronsard, gentilhomme vendômois, téléfilm de Georges Lacombe Les références Wikipedia – https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_de_Ronsard

Jacques Prévert

Jacques Prévert est un poète, scénaristeet artiste français, né le 4 février 1900 à Neuilly-sur-Seine, et mort le 11 avril 1977 à Omonville-la-Petite (Manche). Auteur de recueils de poèmes, parmi lesquels Paroles (1946), il devint un poète populaire grâce à son langage familier et à ses jeux sur les mots. Ses poèmes sont depuis lors célèbres dans le monde francophone et massivement appris dans les écoles françaises. Il a écrit des sketchs et des chœurs parlés pour le théâtre, des chansons, des scénarios et des dialogues pour le cinéma où il est un des artisans du réalisme poétique. Il a également réalisé de nombreux collages à partir des années 1940. Biographie Jacques André Marie Prévert, deuxième enfant d’André Louis Marie Prévert, un homme de lettres âgé de 29 ans, et de Marie Clémence Prévert, 22 ans, (née Catusse), naît au 19 de la rue de Chartres à Neuilly-sur-Seine (actuellement Hauts-de-Seine) le 4 février 1900. Il y passe son enfance. Jacques a un frère ainé, Jean, né en 1898, qui mourra en 1915 de la typhoïde. Il a aussi un frère cadet, Pierre, né le 26 mai 1906. Son père André Prévert (bonapartiste anticlérical), fait divers métiers pour gagner sa vie, et de la critique dramatique et cinématographique par plaisir. Il l’emmène souvent au théâtre et au cinéma. Marie Clémence, sa mère (d’origine auvergnate et ancienne vendeuse aux Halles de Paris,), l’initie à la lecture. En 1906, André Prévert perd son emploi et la famille, sans le sou, déménage à Toulon, jusqu’à ce que son père lui trouve un emploi à l’Office central des œuvres charitables ; la famille s’installe alors rue de Vaugirard. Jacques Prévert s’ennuie à l’école (faisant souvent l’école buissonnière en parcourant Paris avec la complicité de son père), et dès 15 ans, après son certificat d’études primaires, il abandonne les études. Il multiplie alors les petits travaux, notamment au grand magasin Le Bon Marché. Il fait quelques larcins et fréquente des voyous mais n’est jamais inquiété par la police : « La virginité de mon casier judiciaire reste encore pour moi un mystère », écrira-t-il plus tard. Mobilisé le 15 mars 1920, son service militaire s’effectue d’abord à Saint-Nicolas-de-Port où il rencontre Yves Tanguy, puis il réussit à se faire affecter en 1921 à Istanbul, pacifiquement occupée par les troupes alliées, où il fait la connaissance du traducteur et futur éditeur Marcel Duhamel. En 1922, il retourne à Paris et y vivote en faisant de petits métiers. Avec Yves Tanguy, il fréquente également la Maison des amis des livres, rue de l’Odéon, tenue par Adrienne Monnier, qui leur fait découvrir la littérature et des personnalités comme André Breton et Louis Aragon. Il est hébergé de 1924 à 1928 par Marcel Duhamel qui s’est installé au 54 de la rue du Château près de Montparnasse. (Duhamel dirige l’hôtel Grosvenor qui appartenait à son oncle et qui est sis non loin de là.) L’appartement de la rue du Château devient l’endroit de rencontre du mouvement surréaliste. C’est en fait un logement « collectif » qui accueille tous les amis désargentés de Duhamel : Raymond Queneau, Yves Tanguy. C’est dans cet endroit que Prévert trouve le terme de « cadavre exquis » pour définir le jeu littéraire auquel ses amis et lui se livrent. Le 30 avril 1925, il épouse Simone Geneviève Dienne (1903-1994), son amie d’enfance devenue violoncelliste dans un cinéma de la rue de Cluny pour accompagner les films muets. En 1928, il quitte la rue du Château et s’installe avec elle au pied de la butte Montmartre et se lance dans l’écriture (en février, il compose Les animaux ont des ennuis, son premier poème). On lui présente également le comédien Pierre Batcheff, qui cherche un scénariste pour son premier film ; c’est un coup de foudre amical et les Batcheff, émus par les conditions de vie très modestes du couple Prévert, décident de l’héberger chez eux. En 1929, plusieurs de ses poèmes paraissent dans des revues (en 1931, Tentative de description d’un dîner de têtes à Paris-France est remarqué dans le milieu littéraire). Prévert est toutefois trop indépendant d’esprit pour faire véritablement partie d’un groupe constitué, quel qu’il soit. Il supporte mal les exigences d’André Breton et la rupture est consommée en 1930. Jacques Prévert ne se sent pourtant pas encore écrivain. Il s’installe rue Dauphine et intègre le groupe des Lacoudem, également lié par une forte amitié. En 1932, Jacques Prévert est sollicité (à l’initiative du communiste Paul Vaillant-Couturier) par le groupe Octobre pour écrire des textes contestataires d’agitation-propagande. Sa verve, son humour, son aisance à rédiger très rapidement sur des sujets d’actualité brûlants, feront la notoriété du groupe. Le plus célèbre de ces textes, La Bataille de Fontenoy (présenté en 1933 aux Olympiades internationales du théâtre ouvrier à Moscou, devant Staline), se moque des hommes politiques de l’époque. De 1932 à 1936, le groupe est très actif et se produit dans des usines en grève (Citroën), des manifestations, en pleine rue, ou encore dans des bars. Prévert est l’auteur principal, et Lou Bonin le metteur en scène. Les textes, en prise directe avec l’actualité nationale ou internationale, sont écrits à chaud et les représentations données après à peine une nuit de répétition. Aux côtés de Jacques Prévert et de son frère Pierre, on trouve Raymond Bussières, Marcel Mouloudji, Maurice Baquet, Margot Capelier, Agnès Capri ou encore des futurs cinéastes Paul Grimault, Yves Allégret et Jean-Paul Le Chanois. Une équipe d’amis et de fidèles avec lesquels Prévert continuera de travailler par la suite. À l’été 1932, la troupe est invitée à Moscou d’où Jacques Prévert ne revient pas militant communiste. Le groupe se sépare le 1er juillet 1936, à la suite d’une dernière représentation de leur spectacle, Tableau des merveilles. Prévert se consacre alors pleinement au cinéma. Toute sa vie, Jacques Prévert témoignera d’un engagement politique sincère. Surréaliste inclassable, certains observateurs n’hésitent pourtant pas à l’apparenter au courant libertaire. En 2012, Jean-Louis Trintignant l’intégrera dans son spectacle Trois poètes libertaires, aux côtés de Boris Vian et de Robert Desnos. Cet engagement sera à l’origine de ses plus belles réussites et de nombre de ses déboires. Le groupe Octobre, avec lequel il se fit remarquer, était une troupe de théâtre itinérante qui allait jouer dans les usines en grève. Jean Renoir, compagnon de route du Parti communiste français, travaille tout naturellement avec lui, en particulier sur Le Crime de monsieur Lange. Lumière d’été de Jean Grémillon met en scène l’oisiveté et le travail, et Les Visiteurs du soir s’achève, après que le diable a transformé en statues de pierre les amoureux qui lui résistaient, par un battement sourd et cette réplique, que tous les Français comprirent : « Ce cœur qui bat, qui bat…». Il est le scénariste et le dialoguiste de plusieurs grands films français des années 1935-1945, notamment Drôle de drame, Le Quai des brumes, Le jour se lève, Les Visiteurs du soir, Les Enfants du paradis et Les Portes de la nuit de Marcel Carné, Le Crime de monsieur Lange de Jean Renoir, Remorques et Lumière d’été de Jean Grémillon. Il adapte deux contes d’Andersen, d’abord La Bergère et le Ramoneur, qui devient Le Roi et l’Oiseau, film d’animation de Paul Grimault en 1957, puis, en 1964, Grand Claus et Petit Claus, à la télévision, Le Petit Claus et le Grand Claus de son frère Pierre Prévert. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il protège son ami Joseph Kosma, qui, grâce à lui, peut poursuivre son travail de musicien, et il aide également le décorateur Alexandre Trauner à se cacher. Ses poèmes sont mis en musique par Joseph Kosma dès 1935 (À la belle étoile) ; ses interprètes sont, entre autres, Agnès Capri, Juliette Gréco, les Frères Jacques, Yves Montand. C’est en 1938 au bord du paquebot le Normandie que Jacques Prévert et Jacques Canetti se rencontrent. Destination New-York. Le premier accompagne l’actrice Jacqueline Laurent qui fait ses débuts au cinéma et dont il est amoureux. Le second, directeur artistique de Radio Cité, va à New-York pour voir comment on fait de la radio outre-Atlantique. L’un et l’autre se connaissent de nom. Ils ont pour amies Marianne Oswald et Agnès Capri, qui chantent déjà les chansons de Prévert au « Bœuf sur le Toit » de Jean Cocteau. Ils promettent de se revoir, mais la guerre arrive. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se réfugie à Nice. Ils se retrouveront DIX ans plus tard exactement. En 1949, à Saint-Germain-des-Prés, les Frères Jacques font un triomphe avec Exercices de style de Raymond Queneau. Jacques Canetti, producteur musical des disques Polydor, leur propose de les enregistrer sur un disque consacré aux chansons de Prévert. Canetti fait ensuite enregistrer du Prévert par Juliette Gréco, Yves Montand, Catherine Sauvage, Serge Reggiani. Sans oublier Jacques Prévert lui-même, qu’il enregistre en le faisant accompagner à la guitare par Henri Crolla. En 1975, ils retrouvent leur complicité grâce au compositeur espagnol Sebastian Maroto, qui compose avec Jacques Prévert ses dernières chansons ; treize chansons aux lignes mélodiques claires. Ces chansons sont, à la demande de Canetti et de Prévert, chantées par Zette, la femme du compositeur, et elles paraissent en disque vinyle aux Productions Jacques Canetti. Au lendemain de la guerre, l’éditeur René Bertelé obtient de Prévert l’autorisation de rassembler en un recueil ses nombreux textes et poèmes parus depuis les années 1930 dans des revues littéraires. Sorti en mai 1946, Paroles est le premier livre signé Prévert. Il en a lui-même créé le graphisme, à partir d’une photo de graffiti de son ami Brassaï. Le succès, critique comme public, est foudroyant. Le style joyeusement iconoclaste de Prévert et ses thèmes de prédilection, les bonheurs simples, la révolte et l’amour, séduisent autant le cercle de Saint-Germain-des-Prés que le grand public. En quelques semaines, les 5 000 exemplaires du premier tirage s’envolent. Une nouvelle édition enrichie est vite publiée, et ses poèmes sont traduits en anglais, en italien, en japonais, etc. D’autres recueils suivront (Spectacle, La pluie et le beau temps, Histoires, Fatras, Imaginaires, Choses et Autres), dans lesquels aphorismes, dessins, collages, sketches voisinent avec les poèmes. Parallèlement à ses propres recueils, Prévert cosigne des ouvrages avec des photographes, des peintres ou des illustrateurs pour enfants (Jacqueline Duhême, Elsa Henriquez, Ylla…). Jacques Prévert prend alors ses distances avec le cinéma afin de se consacrer à l’écriture. En 1948, il confie à Henri Crolla la composition des musiques de ses chansons, dont La Chanson des cireurs de souliers de Broadway destinée à Montand. Il se sépare de Kosma qui a pris le parti du producteur dans le film Le Roi et l’Oiseau que Paul Grimault jugeait inachevé. Le film sort dans une première version désavouée par les auteurs Grimault et Prévert, sous le titre La Bergère et le Ramoneur. C’est la fin de sa collaboration avec Kosma. Le 12 octobre 1948, à Paris, pendant une interview, il tombe accidentellement d’une porte-fenêtre et reste plusieurs jours dans le coma (il reste ensuite marqué par des séquelles neurologiques irréversibles). Le hasard a voulu que Pierre Bergé, qui était arrivé le jour même, pour la toute première fois, dans la capitale, fût témoin de l’accident alors qu’il se promenait sur les Champs-Élysées. En repos forcé à Saint-Paul-de-Vence, il se met à pratiquer assidûment le collage, qui constitue pour lui une autre forme de poésie. Parallèlement à sa production de collages, il se consacre à des dessins animés et à des films pour enfants et collabore à de nombreux ouvrages avec ses amis peintres, dessinateurs et photographes, le plus souvent pour des éditions limitées : Grand Bal du printemps avec le photographe Izis Bidermanas, Les Chiens ont soif avec Max Ernst, textes pour le peintre Miró, pour le photographe Robert Doisneau, etc. Il travaille aussi avec des illustrateurs : il réalise en 1953 L’Opéra de la Lune avec Jacqueline Duhême, pionnière de l’illustration pour enfants, ou encore Lettre des îles Baladar, avec le dessinateur André François. Jacques Prévert a longtemps vécu dans des meublés et des hôtels, avant de s’installer en 1956 dans un appartement au 6 bis, cité Véron dans le quartier des Grandes-Carrières, au fond d’une petite impasse derrière le Moulin-Rouge, sur le même palier que Boris Vian qui se produit au cabaret de son frère Pierre Prévert : La Fontaine des Quatre-Saisons où il lui plaît d’accueillir lors de ses visites les spectateurs de renom coiffé d’une casquette de chasseur marquée en lettres dorées : La Fontaine des Quatre-Saisons. En 1957, Jacques Prévert expose pour la première fois à la galerie Maeght une série de collages, genre artistique insolite et inclassable qu’il pratique avec passion depuis 1948. Suivront le Musée Grimaldi à Antibes en 1963 et, un an plus tard, la galerie Knoedler à Paris qui présentent 112 collages de Jacques Prévert provenant de sa collection personnelle, et de celles de ses amis Picasso, René Bertelé, Marcel Duhamel, André Villers, Betty Bouthoul et Renée Laporte. Ses collages sont un prolongement direct de son écriture imagée, inspirés de la tradition surréaliste et d’une grande liberté formelle, ils jouent sur le détournement d’aphorismes ou d’expressions populaires, la relecture ou la réappropriation d’images existantes. Ses collages s’intègreront tant et si bien à son œuvre poétique qu’il en publiera cinquante-sept dans son recueil Fatras (1966) et vingt-cinq dans Imaginaires (1970). Le domicile secondaire de la famille Prévert est à Antibes, mais, à la suite de la résiliation de son bail par le propriétaire qui souhaitait récupérer l’appartement des remparts, il doit quitter Antibes. Sur les conseils du décorateur Alexandre Trauner, il achète alors une maison en 1971 à Omonville-la-Petite, dans la Manche. Le 11 avril 1977, il y meurt des suites d’un cancer du poumon, lui qui fumait trois paquets de cigarettes par jour et en avait toujours une à la bouche. Il avait 77 ans. Aux côtés de sa femme, de sa fille et de son ami Alexandre Trauner, il est enterré au cimetière d’Omonville-la-Petite, où l’on peut également visiter sa maison. Non loin de là, à Saint-Germain-des-Vaux, ses amis ont aménagé un jardin dédié au poète. Vie privée Le 30 avril 1925, il épouse Simone Geneviève Dienne, son amie d’enfance dont il divorce en 1935. Il vit une histoire d’amour avec la comédienne Jacqueline Laurent en 1936, puis avec une jeune actrice de 15 ans, Claudy Emanuelli (dite Claudy Carter), et enfin en 1943 avec Janine Fernande Tricotet (1913-1993), élève du danseur Georges Pomiès, qu’il épouse le 4 mars 1947 et avec qui il a une fille, Michèle, née en 1946. L’œuvre Langage et style Prévert fait éclater le caractère conventionnel du discours par le jeu des mots. Sa poésie est constamment faite de jeux sur le langage (calembours, inventions burlesques, néologismes, lapsus volontaires…) dont le poète tire des effets comiques inattendus (un humour parfois noir), des significations doubles ou encore des images insolites. Ses poèmes fourmillent de jeux de sons, de combinaisons pour l’oreille (allitérations, rimes et rythmes variés) qui paraissent faciles, mais dont Prévert fait un usage savant. Enfin, il ne faut pas négliger, comme l’a fait remarquer Danièle Gasiglia-Laster dans son introduction aux Œuvres complètes de Prévert dans la Bibliothèque de la Pléiade, les apports du surréalisme dont on retrouve les traces : inventaires, énumérations hétéroclites d’objets et d’individus, additions de substantifs ou d’adjectifs, etc. Il est friand des procédés de l’image, de la métaphore et de la personnification (animal, objet, humain). Prévert s’en prend aux stéréotypes du langage, à tout ce qui est figé, imposé : « Les expressions stéréotypées, les citations célèbres, les proverbes, permettent toutes les mystifications possibles. Quand certains êtres en oppriment d’autres, ils tentent en effet de leur faire croire que ce qui se dit ou s’écrit reflète l’ordre naturel des choses : “ A tout seigneur tout honneur ”, " Qui aime bien châtie bien “, etc. Aussi Prévert va-t-il détourner de leur sens ces ” messages du mensonge “, les subvertir au profit de ceux qu’ils desservaient : ” Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage à demain, si on ne vous paie pas le salaire d’aujourd’hui " […], ou bien inventera à son tour des aphorismes qui insinueront d’autres rapports de force et surtout une autre conception de la société : " Quand les éboueurs font grève, les orduriers sont indignés " […]. Quand il utilise des clichés, non pas pour les mettre dans la bouche de personnages sans consistance, mais pour son propre compte, il leur fait subir une cure de jouvence, le plus souvent en les prenant à leur premier degré de signification. Ainsi, le monde de “ Lanterne magique de Picasso ” est-il “ beau comme tout ”, comme la totalité de l’univers et de ses parcelles. Bousculer les automatismes se révèle en définitive vital, car à trop se contenter d’utiliser le langage tel qu’il nous est donné, avec les mêmes immuables associations, on risque de pétrifier les êtres et les choses. » explique Danièle Gasiglia-Laster (Introduction au tome 1 des Œuvres complètes de Prévert, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard). « Jacques Prévert est très attaché à la langue. Il est un gourmet des mots qui éprouve un vrai plaisir en jouant avec eux. Et cette jouissance du verbe, il la communique à ses lecteurs. Dès que les mots jaillissent, il les attrape et s’amuse : il les associe, les oppose, les détourne, les fait sonner les uns avec les autres, joue avec leurs différents sens… Il part de mots simples, « des mots de tous les jours » comme les nomme Garance/Arletty dans Les Enfants du paradis (Marcel Carné, 1945). Et, grâce à un travail d’orfèvre, il leur donne une force et une vivacité teintées d’humour – parfois noir et féroce – qui constituent sa patte. L’humour est capital. N’oublions pas que Prévert a été élevé à la distinction de Satrape du Collège de Pataphysique en qualité de fabricant de Petits Plats dans les Grands pour la définition qu’il en avait donnée dans La Nef (01/1951) : " Depuis trop longtemps on prenait l’humour à la légère, il s’agit maintenant de le prendre à la lourde " » écrit Carole Aurouet dans Jacques Prévert, Paris la belle, catalogue d’exposition. Ses principaux jeux de motsjeu de cortège : développement descriptif, énumération d’objets et/ou d’individus, illustré notamment dans le poème “ Inventaire ” (d’où l’expression " inventaire à la Prévert "). équivoque : jeu sur la double signification d’un mot, au sens propre et au sens figuré, sens courant ou sens argotique. Exemple : le titre du poème Petite tête sans cervelle, pris au figuré, prend plus tard le sens propre : l’enfant distrait sera renversé par un train. zeugma : procédé qui rattache grammaticalement des termes qui ne se rapportent pas logiquement l’un à l’autre. Exemple de l’auteur : Napoléon prit du ventre et beaucoup de pays. calembours : fondé sur une similitude de sons ou de sens. néologisme : création de nouveaux mots. mots pris à la lettre : jeux sur le sens premier des mots. logique de l’absurde : tout ce qui est contraire à la raison. allitération : répétition de consonnes. rime et rythme : intérieur et extérieur. aphorismes de fantaisie : maximes et proverbes de son imagination. La syllepse est la figure de style qu’il utilise avec prédilection : elle consiste à opérer des glissements entre le sens propre et le sens figuré des mots. Par exemple, dans un texte de Paroles, intitulé « La Lessive », Prévert joue avec une expression populaire « laver son linge sale en famille » (qui désigne le fait de garder dans le cercle familial les éventuels « secrets honteux » qu’on peut avoir à cacher) et s’amuse à la prendre au pied de la lettre, en représentant la famille autour d’un baquet, en train de récurer la fille de la maison qui a commis une faute qui sème la zizanie dans le cercle familial. Scénarios Prévert est, avec notamment Quai des brumes de Marcel Carné en 1938, Le Crime de monsieur Lange de Jean Renoir (1936) et Les Enfants du paradis de Marcel Carné (1945), l’un des grands scénaristes français. Les réalisateurs avec qui il a travaillé lui accordaient une grande confiance sur l’histoire racontée par le film. Nombre de réalisateurs ont réalisé leur meilleur film avec lui, ou du moins le plus original. Nombre de ses répliques ( «—T’as de beaux yeux, tu sais ?—Embrassez-moi. ») («—François, y a plus de François ! ») ( « Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour. ») (« Vous êtes riche et vous voudriez être aimé comme un pauvre. Et les pauvres on ne peut quand même pas tout leur prendre, aux pauvres ! ») sont parfois plus connues que ses poèmes. Prévert qui travaillait sur les films jusqu’au mot FIN est souvent qualifié d’auteur sans que des réalisateurs aussi talentueux que Renoir, Carné ou Grémillon en prennent ombrage. Il a travaillé près de trente ans avec Paul Grimault sur Le Roi et l’Oiseau, et, alors que Paul Grimault avait enfin trouvé les moyens de finir son film, et que Prévert était à l’article de la mort, il a travaillé sur les dialogues jusqu’à son dernier souffle. La veille de sa mort, il envoie un télégramme à Paul Grimault avec ces mots : « Et s’il n’en reste qu’un, nous serons ces deux-là. » Le Roi et l’Oiseau s’achève sur la libération d’un oiseau enfermé dans sa cage par le robot destructeur, libéré lui aussi, et qui, dès que l’oiseau s’envole, écrase la cage d’un coup de poing. Dans le cinéma, son nom est attaché aux grandes œuvres de la période du cinéma français de 1935 à 1945. Après guerre, l’insuccès commercial du film Les Portes de la nuit sera le prétexte aux productions de cinéma pour ne plus travailler avec cet auteur trop engagé, et trop indépendant pour se soumettre à leurs ordres[réf. nécessaire]. Il continue comme scénariste, avec encore de belles réussites, comme Les Amants de Vérone d’André Cayatte (1948), les films réalisés avec Paul Grimault, notamment Le Roi et l’Oiseau dont il est question plus haut, les films réalisés pour la télévision avec Pierre Prévert, Le Petit Claus et le Grand Claus (1964), La Maison du passeur (1965). Mais à partir de la publication de Paroles, il se consacre davantage à ses textes publiés en recueils. En 2007, fut créé par l’Union Guilde des Scénariste (devenu depuis la Guilde française des scénaristes) le Prix Jacques-Prévert du scénario. Avec l’accord de sa petite-fille, Eugénie Bachelot-Prévert, le prix rend hommage à celui que l’on considère comme un grand scénariste. La récompense (souvent décernée le 4 février, la date d’anniversaire du poète) est remise au meilleur scénario, parmi les films français sortit dans l’année, par un jury composé de scénaristes. Chansons La musique classique Prévert a écrit un certain nombre de poèmes en hommage à des œuvres musicales qu’il appréciait. Il a, en 1974, participé, à la demande d’Arnaud Laster, à une émission diffusée sur France Musique, L’Antenne de France-Musique est à Jacques Prévert. Dans cet entretien avec A. Laster, enregistré dans la maison qu’il habitait alors avec sa femme Janine à Omonville-la-Petite, il parle de son goût pour des musiciens aussi divers que Alban Berg, Georges Bizet, Igor Stravinsky, Antonio Vivaldi, Erik Satie, Haendel, Carl Orff… C’est le peintre autrichien Lucas Suppin qui a mis en relation Jacques Prévert avec Carl Orff. Nous apprenons également dans ces lettres de Suppin que Orff, Suppin et Prévert avaient un projet commun autour d’un livre (probablement autour du thème d’Œdipe), mais celui-ci ne s’est jamais réalisé. Prévert entretenait avec Carl Orff une proximité amicale comme en témoignent ses dédicaces régulières, dont une datée de 1959 : « à Carl Orff, à sa musique– Jacques Rêve-vert ». Un poème publié dans Choses et autres, Carmina Burana (titre d’une cantate scénique de Carl Orff : Carmina Burana) rend hommage à ces chants profanes. Ce poème sera repris dans l’ouvrage Carmina Burana (Manus Press 1965 ) illustré de partitions de Carl Orff et de dessins de HAP Grieshaber (de). Prévert entend dans la musique de Carl Orff, écrit Arnaud Laster, « un hymne à la beauté et à l’amour » et « une revendication du bonheur qui rejoint la sienne ». L’un et l’autre ont travaillé l’histoire d’Agnès Bernauer : Die Bernauerin pour Carl Orff en 1947 et Agnès Bernauer pour Prévert en 1961 dans le film Les Amours célèbres de Michel Boisrond. Participation ouvrage collectif militant Hervé Bazin, Marc Beigbeder, Jean-Marie Domenach, Francis Jeanson, Michel Leiris, Jacques Madaule, Marcel Mer, Jean Painlevé, Roger Pinto, Jacques Prévert, Roland de Pury, J.H. Roy, Vercors et Louis de Villefosse (préf. Jean-Paul Sartre), L’Affaire Henri Martin : Commentaire de Jean-Paul Sartre (Collectif), Paris, Gallimard, coll. « nrf / Hors série Connaissance », 29 octobre 1953, 296 p. (ISBN 2070248364, présentation en ligne). Réception Carole Aurouet en fait le commentaire suivant : Prévert étant devenu Transcendant Satrape du Collège de 'Pataphysique en 1953, et Danièle Gasiglia-Laster précise, dans son analyse sur Paroles parue dans la collection Foliothèque de Gallimard : L’écrivain Roger Bordier fera un éloge politique de Jacques Prévert dans la revue Europe : « Du côté des exploités, des pauvres, des démunis, Prévert a crié la scandaleuse organisation de la misère, la honte du crime institutionnalisé, les tartufferies d’une presse aux ordres, la sadique organisation d’une puissance industrielle […] qui confond ses bénéfices personnels avec les biens de la nation . » L’écrivain Pierre Jourde, ironisant sur l’admiration de Frédéric Beigbeder pour Prévert dans son Dernier inventaire avant liquidation, commente : Michel Houellebecq se montre à son tour particulièrement hermétique à la poésie de Jacques Prévert mais la conclusion de l’article où il attaque l’auteur de Paroles – qui fait encore polémique – montre à l’évidence que c’est le “ libertaire ” qui est visé : Philippe Forest s’en prend, lui, à ceux qui attaquent Hugo, Aragon ou Prévert – dont il estime que Tentative de description d’un dîner de têtes à Paris-France est un texte « merveilleux »– et pense qu’il faut en finir avec « une lecture stéréotypée de l’histoire littéraire. Peu de lecteurs lucides ont ouvert la voie. Il y a eu en effet Bataille, l’un des rares à prendre au sérieux Paroles – l’un des plus grands livres, pourtant, du siècle passé. Mais connaissez-vous beaucoup de thuriféraires de Histoire de l’œil qui se souviennent du texte que Bataille a consacré à Prévert ? Voilà qui compliquerait beaucoup la réflexion routinière de la critique. Et si les mauvais sentiments, au fond, ne produisaient jamais que de la mauvaise littérature ? Et si le roman, la poésie vraie étaient en fait du parti de cette chose si désuète, démodée qu’on nommait autrefois la bonté ? Cette pensée-là, il a fallu toute sa vie à quelqu’un comme Roland Barthes pour avoir le courage de l’exprimer. Il est vrai qu’elle est assez scandaleuse pour qu’il nous faille tout le siècle à venir pour en méditer l’énigme. » (propos recueillis par Danièle Gasiglia-Laster et Arnaud Laster, L’Echo Hugo, n°5, 2005). En 2017, le metteur en scène Laurent Pelly propose une création au Théâtre national de Toulouse où il choisit d’explorer l’œuvre de Jacques Prévert, Œuvres Poèmes Théâtre * 1951– Dîner de têtes, masques réalisés par Elsa Henriquez * Jacques Prévert, Octobre. Sketches et chœurs parlés pour le Groupe Octobre (1932-1936) réunis et commentés par André Heinrich, Gallimard 2007. * Jacques Prévert, Attention au Fakir ! Suivi de textes pour la scène et l’écran, textes de Jacques Prévert réunis et présentés par André Heinrich (Gallimard, 1995) Entretiens * Hebdromadaires (avec André Pozner) Livres d’art et collages Livres pour enfants * Si plusieurs livres pour la jeunesse sont parus après la mort de Jacques Prévert sous sa signature, Prévert n’y est pour rien. Ces volumes post mortem ont été constitués à partir de textes extraits de ses recueils. De son vivant, il n’avait conçu et publié que six livres pour les enfants. * Deux films pour enfants dont Jacques Prévert est le coauteur ont fait l’objet d’une version livresque : * 1952 : Bim, le petit âne, de Jacques Prévert et Albert Lamorisse * 1980 : Le Roi et l’Oiseau, de Jacques Prévert et Paul Grimault Autres ouvrages * 1946 : Le Cheval de Trois * 1951 : Vignettes pour les vignerons * 1953 : Tour de chant Poèmes et textes mis en chanson * 1959 : Récital 1958 au Théâtre de L’Étoile (2 titres) * 1962 : Yves Montand chante Jacques Prévert (album de 15 titres) * 2000 : Je suis comme ça, Lio chante Prévert * 2003 : Cœur de rubis, enregistrement du récital Lio chante Prévert * 2016 : Jacques Prévert, ces chansons qui nous ressemblent (coffret 70 chansons et poèmes) Productions Jacques Canetti Anthologie * Jacques Prévert, un poète, textes choisis et présentés par Arnaud Laster, Folio junior en poésie, Gallimard, 1980 [nouvelle édition : 1993] Filmographie Dans la fiction * Dans le téléfilm Arletty, une passion coupable (2015) d’Arnaud Sélignac, il est joué par Marc Citti. Postérité * Jacques Prévert est le deuxième homme le plus célébré au fronton des 67 000 établissements scolaires français (recensement en 2015) : pas moins de 472 écoles, collèges et lycées lui ont donné son nom, derrière Jules Ferry (642), mais devant Jean Moulin (434), Jean Jaurès (429), Jeanne d’Arc (423), Antoine de Saint-Exupéry (418), Victor Hugo (365), Louis Pasteur (361), Marie Curie (360), Pierre Curie (357), Jean de la Fontaine (335). Les références Wikipedia – https ://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Pr%C3%A9vert

Sully Prudhomme

René Armand François Prudhomme, dit Sully Prudhomme (orthographié également parfois Sully-Prudhomme), né à Paris le 16 mars 1839 et mort à Châtenay-Malabry le 6 septembre 1907, est un poète français, premier lauréat du prix Nobel de littérature en 1901. Biographie Né au 34 rue du Faubourg Poissonnière. Fils d’un employé de commerce mort alors qu’il était encore enfant, René Armand Prudhomme, qui souhaite devenir ingénieur, fait ses études au lycée Bonaparte (aujourd’hui Condorcet), mais une crise d’ophtalmie le contraint à les interrompre. Après avoir travaillé au Creusot (Saône-et-Loire), dans les usines Schneider, de 1858 à 1860 (il était ami d’Henri Schneider, avec qui il avait fait ses études au lycée Bonaparte), il se tourne vers le droit et travaille chez un notaire. L’accueil favorable réservé à ses premiers poèmes au sein de la Conférence La Bruyère, société étudiante dont il est membre, encourage ses débuts littéraires. Son premier recueil, Stances et Poèmes (1865), est loué par Sainte-Beuve et lance sa carrière. Il renferme son poème le plus célèbre, Le Vase brisé, élégante métaphore du cœur brisé par un chagrin d’amour: Au fil de sa carrière, Sully Prudhomme se détourne progressivement du genre sentimental de ce premier recueil—qu’on retrouvera encore dans Les Épreuves (1866) et Les Solitudes (1869)—pour adopter un style plus personnel alliant une recherche formelle qui le rattache au Parnasse (il contribue au Parnasse contemporain de Leconte de Lisle) avec un intérêt pour les sujets scientifiques et philosophiques. Il donne notamment une traduction en vers du premier chant du De Natura Rerum de Lucrèce (1878-79). Son ambition philosophique s’exprime dans des poèmes comme La Justice (1878) et Le Bonheur (1888). Il est élu membre de l’Académie française en 1881. Son éditeur, Alphonse Lemerre, commande au peintre Paul Chabas (1869-1937), une vaste composition peinte représentant tous les poètes du Parnasse que Lemerre édite. Ce tableau, Chez Alphonse Lemerre, à Ville D’Avray a été exposé au salon de 1895 et représente, autour de Sully-Prudhomme, Paul Bourget, Alphonse Daudet, Leconte de Lisle, Jules Breton ou Daniel Lesueur (nom de plume de Jeanne Loiseau). La toile a pour cadre le jardin de la propriété que l’éditeur a achetée au père de Camille Corot en 1875. Après Le Bonheur, Sully Prudhomme délaisse la poésie pour s’intéresser exclusivement à l’esthétique et à la philosophie. Il publie deux essais d’esthétique: L’Expression dans les beaux-arts (1884) et Réflexions sur l’art des vers (1892), une suite d’articles sur Blaise Pascal dans la Revue des deux Mondes (1890), Le Problème des causes finales en collaboration avec Charles Richet (1902), un article sur « La Psychologie du Libre-Arbitre » dans la Revue de métaphysique et de morale (1906). Premier écrivain à recevoir le prix Nobel de littérature, le 10 décembre 1901,,, il consacre l’essentiel de la somme reçue à cette occasion à fonder un prix de poésie décerné par la Société des gens de lettres. Il crée par ailleurs en 1902 la Société des poètes français avec José-Maria de Heredia et Léon Dierx. Il est l’un des premiers partisans de Dreyfus. Sa santé avait été durablement ébranlée par la guerre de 1870. Sur la fin de sa vie, elle le contraignait à vivre quasiment reclus à Châtenay-Malabry (département de la Seine), souffrant d’attaques de paralysie et travaillant à La Vraie Religion selon Pascal (1905). Mort subitement le 6 septembre 1907, il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (44e division) à Paris. Il avait fait de son neveu Henry Gerbault (1863-1930) son légataire universel. Œuvres Poésie * Stances et Poèmes, 1865 * Les Épreuves, 1866 * Les Solitudes, 1869 * Les Destins, 1872 * La France, 1874 * Les Vaines tendresses, 1875 Texte en ligne * Le Zénith, poème, 1876 (aux victimes de l’ascension du ballon Le Zénith) * La Justice, 1878 * Poésie, 1865-1888 * Le Prisme, poésies diverses, 1886 * Le Bonheur, 1888 * Épaves, 1908 Philosophie * La Vraie Religion selon Pascal: recherche de l’ordonnance purement logique de ses Pensées relatives à la religion: suivie d’une analyse du Discours sur les passions de l’amour, Paris, F. Alcan, Bibliothèque de philosophie contemporaine, 1905 Texte en ligne Proses diverses * « La tour Eiffel, discours de M. Sully Prudhomme » in Revue scientifique, 20 avril 1889 * « Les autographes de « la nature »: M. Sully Prudhomme » in La Nature, no 887– 31 mai 1890 * « Sur l’origine de la vie terrestre » in Revue de Métaphysique et de Morale, t. 1, 1893, p. 324-345 * « L’esprit scientifique et la théorie des causes finales » in Revue scientifique, 28 janvier 1899 * « L’anthropomorphisme et les causes finales » in Revue scientifique, 4 mars 1899 * « Le darwinisme et les causes finales—Réponse à Charles Richet » in Revue scientifique, 15 avril 1899 * « Méthodes expérimentales et causes finales—Réponse à Charles Richet » in Revue scientifique, 20 mai 1899 * « Critique du principe finaliste et de ses applications à la science » in Revue scientifique, 12 août 1899 * « Le libre arbitre devant la science positive » in Revue scientifique, 9 décembre 1899 * « Les causes finales– Septième et dernière lettre à M. Charles Richet » in Revue scientifique, no 17– 25 avril 1902 * Journal intime: lettres-pensée, 1922 Postérité * = Les références Wikipedia – https://fr.wikipedia.org/wiki/Sully_Prudhomme

Paul Verlaine

Paul Verlaine est un écrivain et poète français du xixe siècle, né à Metz (Moselle) le 30 mars 1844 et mort à Paris le 8 janvier 1896 (à 51 ans). Il s'essaie à la poésie et publie son premier recueil, Poèmes saturniens en 1866, à 22 ans. Sa vie est bouleversée quand il rencontre Arthur Rimbaud en septembre 1871. Leur vie amoureuse tumultueuse et errante en Angleterre et en Belgique débouche sur la scène violente où, à Bruxelles, Verlaine blesse superficiellement au poignet celui qu'il appelle son « époux infernal » : jugé et condamné, il reste en prison jusqu'au début de 1875, renouant avec le catholicisme de son enfance et écrivant des poèmes qui prendront place dans ses recueils suivants : Sagesse (1880), Jadis et Naguère (1884) et Parallèlement (1889). Usé par l'alcool et la maladie, Verlaine meurt à 51 ans, le 8 janvier 1896, d'une pneumonie aiguë. Il est inhumé à Paris au cimetière des Batignolles (11e division). Archétype du poète maudit, Verlaine est reconnu comme un maître par la génération suivante. Son style — fait de musicalité et de fluidité jouant avec les rythmes impairs — et la tonalité de nombre de ses poèmes — associant mélancolie et clairs-obscurs — révèlent, au-delà de l'apparente simplicité formelle, une profonde sensibilité, en résonance avec l'inspiration de certains artistes contemporains, des peintres impressionnistes ou des compositeurs (tels Reynaldo Hahn, Gabriel Fauré et Claude Debussy, qui mettront d'ailleurs en musique plusieurs de ses poèmes). Enfance Après treize ans de mariage, Nicolas-Auguste Verlaine et son épouse Élisa-Stéphanie Dehée donnent naissance, le 30 mars 1844, au 2 rue de la Haute-Pierre, à Metz, à un fils qu'ils prénomment Paul-Marie en reconnaissance à la Vierge Marie pour cette naissance tardive, Élisa ayant fait auparavant trois fausses couches. Catholiques, ils le font baptiser en l'église Notre-Dame de Metz. Paul restera le fils unique de cette famille de petite-bourgeoisie assez aisée qui élève aussi, depuis 1836, une cousine orpheline prénommée Élisa. Son père, militaire de carrière, atteint le grade de capitaine avant de démissionner de l'armée en 1851 : la famille Verlaine quitte alors Metz pour Paris. Enfant aimé et plutôt appliqué, il est mis en pension à l'institution Landry, 32 rue Chaptal, les enfants pensionnaires à Landry suivent leurs cours au lycée Condorcet. Paul Verlaine devient un adolescent difficile, et obtient finalement son baccalauréat en 1862. Entrée dans la vie adulte C'est durant sa jeunesse qu'il s'essaie à la poésie. En effet, en 1860, la pension est pour lui source d'ennui et de dépaysement. Admirateur de Baudelaire, et s'intéressant à la faune africaine, il exprime son mal-être dû à l'éloignement de son foyer, à travers une poésie dénuée de tout message si ce n'est celui de ses sentiments, Les Girafes. « Je crois que les longs cous jamais ne se plairont/ Dans ce lieu si lointain, dans ce si bel endroit/ Qui est mon Alaska, pays où nul ne va / Car ce n'est que chez eux que comblés ils seront ». Ce court poème en quatre alexandrins reste sa première approche sur le domaine poétique, même s'il ne sera publié qu'à titre posthume[réf. nécessaire]. Bachelier, il s'inscrit en faculté de droit, mais abandonne ses études, leur préférant la fréquentation des cafés et des cercles littéraires parisiens. Il s'intéresse plus sérieusement à la poésie et, en août 1863, une revue publie son premier poème connu de son vivant : Monsieur Prudhomme, portrait satirique du bourgeois qu'il reprendra dans son premier recueil. Il collabore au premier Parnasse contemporain et publie à 22 ans en 1866 les Poèmes saturniens qui traduisent l'influence de Baudelaire, mais aussi une musique personnelle orientée vers « la Sensation rendue ». En 1869, paraît le petit recueil Fêtes galantes, fantaisies inspirées par les toiles des peintres du xviiie siècle que le Louvre vient d'exposer dans de nouvelles salles. Dans la même période, son père, inquiet de son avenir, le fait entrer en 1864 comme employé dans une compagnie d'assurance, puis, quelques mois plus tard, à la mairie du 9e arrondissement, puis à l'hôtel de ville de Paris. Il vit toujours chez ses parents et, après le décès du père en décembre 1865, chez sa mère avec laquelle il entretiendra une relation de proximité et de violence toute sa vie. Paul Verlaine est aussi très proche de sa chère cousine Élisa, orpheline recueillie dès 183611 et élevée par les Verlaine avec leur fils : il souhaitait secrètement l'épouser, mais elle se marie en 1861 avec un entrepreneur aisé (il possède une sucrerie dans le Nord) ce qui permettra à Élisa de l'aider à faire paraître son premier recueil (Poèmes saturniens, 1866). La mort en couches en 1867 de celle dont il restait amoureux le fait basculer un peu plus dans l'excès d'alcool qui le rend violent : il tente même plusieurs fois de tuer sa mère. Celle-ci l'encourage à épouser Mathilde Mauté qu'un ami lui a fait rencontrer : il lui adresse des poèmes apaisés et affectueux qu'il reprendra en partie dans La Bonne Chanson, recueil publié le 12 juin 1870, mais mis en vente seulement l'année suivante, après la guerre et la Commune. Le mariage a lieu le 11 août 1870 (Paul a 26 ans et Mathilde, 17) ; un enfant, Georges, naît le 30 octobre 1871. Les références Wikipedia—https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Verlaine

Robert Desnos

Robert Desnos est un poète français, né le 4 juillet 1900 à Paris et mort du typhus le 8 juin 1945 au camp de concentration de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie à peine libérée du joug de l’Allemagne nazie. Liminaire Autodidacte et rêvant de poésie, Robert Desnos est introduit vers 1920 dans les milieux littéraires modernistes et rejoint en 1922 l’aventure surréaliste. Il participe alors de manière éclatante aux expériences de sommeils hypnotiques et publie avec Rrose Sélavy (1922-1923) ses premiers textes qui reprennent le personnage créé par Marcel Duchamp. Dans les années 1924-1929, Desnos est rédacteur de La Révolution surréaliste mais rompt avec le mouvement quand André Breton veut l’orienter vers le communisme. Il travaille alors dans le journalisme et, grand amateur de musique, il écrit des poèmes aux allures de chanson et crée avec un grand succès le 3 novembre 1933, à l’occasion du lancement d’un nouvel épisode de la série Fantômas à Radio Paris La Complainte de Fantômas. Le poète devient ensuite rédacteur publicitaire mais préoccupé par la montée des périls fascistes en Europe, il participe dès 1934 au mouvement frontiste et adhère aux mouvements d’intellectuels antifascistes, comme l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires ou, après les élections de mai 1936, le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. En 1940, après la défaite de la France face à l’Allemagne nazie, il redevient journaliste pour le quotidien Aujourd’hui, et dès juillet 1942 fait partie du réseau de résistance AGIR. Il poursuit ses activités de résistance jusqu’à son arrestation le 22 février 1944. Il est déporté à Buchenwald et passe par d’autres camps avant de mourir à Theresienstadt (Térézin), en Tchécoslovaquie : épuisé par les privations et malade du typhus, il meurt le 8 juin 1945, un mois après la libération du camp par les Soviétiques. La dépouille du poète est rapatriée en France, et Robert Desnos est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris. Son œuvre comprend un certain nombre de recueils de poèmes publiés de 1923 à 1943—par exemple Corps et biens (1930) ou The Night of loveless nights (1930)—et d’autres textes sur l’art, le cinéma ou la musique, regroupés dans des éditions posthumes. Biographie Années de jeunesse Robert Desnos naît à Paris au 32, boulevard Richard-Lenoir. Il est le second enfant de Lucien Desnos et Claire Guillais. En 1902, la famille s’installe dans le quartier populaire des Halles où son père est mandataire pour la volaille et le gibier, mais également adjoint au maire de l’arrondissement. Ils habitent 11, rue Saint-Martin, dans « ce coin de Paris qui sent le soufre » où, jadis, les alchimistes et autres « sorciers » se livraient à d’étranges métamorphoses. Gérard de Nerval avait d’ailleurs trouvé là une source à ses voyages imaginaires. En 1913, la famille déménage pour le 9, rue de Rivoli, un autre univers. Mais ce Paris interlope des artisans et des commerçants marque profondément l’enfant et apparaîtra abondamment dans son œuvre. Ses rêveries sont nourries par le spectacle insolite des rues, entre cloître Saint-Merri et tour Saint-Jacques-la-Boucherie, et le monde varié des images que lui offrent aussi bien les affiches que les illustrations de L’Épatant et de L’Intrépide ou les suppléments illustrés du Petit Parisien et du Petit Journal. À six ou sept ans, Desnos dessine d’étranges formes sur ses cahiers. À douze ans, il passe à la couleur, et son monde secret se teinte de fantastique. L’enfant se rêve « enfant libre ». Desnos fait sa première communion en 1911 en l’église Saint-Merri. À l’école, il n’est pas bon élève. Il s’ennuie profondément et ne supporte pas le discours patriotique qui s’y développe. Il préfère lire Les Misérables de Hugo et s’embarquer avec les Marins de Baudelaire. Il se passionne aussi pour la culture populaire : romans – Émile Gaboriau, Eugène Sue, Jules Verne ou Ponson du Terrail –, et bandes dessinées, avec une affection particulière pour l’insaisissable Fantômas, dont les exploits sont relatés au cœur d’ouvrages bariolés. Il plonge avec délice dans ce romantisme de gare engendré par Les Mystères de New York, ou de Chicago, voire de Paris. Les surréalistes se retrouveront plus tard sur ce point en baptisant le merveilleux dans la naïveté populaire « Poésie involontaire ». Avec le cinéma, ses aventures livresques deviennent presque réalité. De tout cela, Desnos témoignera dans ses récits et ses critiques de films. Pour l’heure, il n’est encore qu’adolescent lorsqu’en 1916, avec pour seuls bagages un certificat d’études acquis en 1913 et son brevet élémentaire, il décide de quitter l’école Turgot. Face à un père désireux de l’encourager à poursuivre ses études pour embrasser une carrière commerciale, il oppose son désir farouche de devenir poète. Mis en demeure de se débrouiller tout seul, relégué – mais il le « veut » aussi – dans une chambre de bonne, il multiplie les petits boulots. On le trouve, un temps, commis dans une droguerie de la rue Pavée, mais le plus important est ailleurs : Desnos, buvant l’eau vive de ce qui s’offre à lui, se forge une solide et vaste culture autodidacte. Pendant que le premier conflit mondial s’éternise, il fréquente des jeunes gens en commune révolte contre cette boucherie des tranchées. Dès 1918, il a commencé à écrire quelques poèmes, dont certains sont publiés dans la Tribune des jeunes, une revue de tendance socialiste. Ses influences se nomment peut-être Apollinaire ou Rimbaud ; plus sûrement Laurent Tailhade, Germain Nouveau et, très certainement, ces anonymes « putains » des nuits de Saint Merri, que le garçonnet avait contemplées du haut de son sixième étage, au croisement de la rue des Lombards et de la rue Saint-Martin… Les putains de Marseille ont des sœurs océanes Dont les baisers malsains moisiront votre chair… Ce Fard des Argonautes, daté de 1919, et publié la même année dans la revue d’avant-garde Le Trait d’union, oscille entre illuminations d’un certain Bateau Ivre et grand fourre-tout mythologique issu des magazines à sensation. D’ailleurs, côté alexandrins, Desnos s’embrouille souvent avec la métrique et certains de ses vers ont treize pieds… À ceux qui le lui feront remarquer, intellectuels ayant digéré leurs classiques, Desnos rétorquera : « Je ne suis pas philosophe, je ne suis pas métaphysicien… Et j’aime le vin pur. » Le jeune homme n’a pas de culture savante ; il s’est construit en vrac, pataugeant dans l’immédiat de la vie qu’il mange à pleine dents, et les rêves des nuits qu’il note au tout premier réveil. « Ce que les écrivains ont à dire s’adresse à tous », répète-t-il devant les langages obscurs et les amphigouris des poètes sérieux… Son éveil à la chair ne s’est également pas fait sérieusement. Pas d’amours adolescentes ni d’ombres de jeunes filles en fleurs : c’est en plein hiver à seize ans, dans les bras d’une imposante matrone, que tout cela s’est joué. Dans cet immédiat après-guerre, Desnos devient secrétaire de Jean de Bonnefon et gérant de sa maison d’édition. Il fréquente des gens infréquentables, des anticonformistes clopinant du côté de l’hôtel de ville. Vers 1920, grâce au poète Louis de Gonzague-Frick, il est introduit dans les milieux littéraires modernistes. Chez Georges-Elzéar-Xavier Aubaut, homosexuel notoire et fort singulier personnage qui se farde comme Pierre Loti, se pare de bijoux et se dit ancien secrétaire de Huysmans, il rencontre Benjamin Péret et l’aventure Dada. Mais, malgré ses efforts, Desnos ne parvient pas à pénétrer ce milieu. Qui plus est, l’heure de son service militaire a sonné. Il part pour Chaumont puis au Maroc. Lorsqu’il reviendra, juste un an plus tard, les tempêtes dadaïstes auront déjà fait long feu. Le surréalisme et les premiers écrits Pendant qu’il joue les tirailleurs entre dattiers et palmiers en s’efforçant de tromper son ennui comme il peut, à Paris, les dynamiteurs de la pensée officielle comme de l’ordre social ont lancé leurs premières grenades. Entre 1920 et 1922, le peintre Francis Picabia ouvre la voie à la rupture et André Breton lance son célèbre Lâchez tout dans le second numéro de la revue Littérature. Dada mis au rancart, une nouvelle aventure commence. Benjamin Péret avait parlé de Breton à Desnos avant son départ pour l’armée. Il lui avait décrit les furieux éclats contre son temps de ce jeune homme de vingt-cinq ans. Sans doute est-ce au cours d’une permission que le troufion Desnos établit enfin le contact avec « ces compteurs d’étoiles », selon le mot de Victor Hugo. Tout se passe alors au Certa, un bar du passage de l’Opéra aujourd’hui disparu. S’y retrouvent Aragon, Breton, Radiguet (qui mourra en 1923), Tzara, Soupault, Cendrars, Vitrac– un ami– et quelques autres. Desnos monte dans la nacelle sans se faire prier, car il a déjà expérimenté à sa façon l’écriture automatique, forme d’expression aussi peu contrôlée que possible. En 1922, c’est certain, il a rejoint l’aventure Surréaliste. L’élève se révèle fort doué. Il trouve une famille parmi tous ceux qui se reconnaissent dans Les nécessités de la vie et les conséquences des rêves, ouvrage publié par Paul Éluard en 1921. Voir au-delà ou au-dedans… Desnos s’impose immédiatement par ses exceptionnelles capacités verbales (un flot de paroles intarissable où les mots s’appellent par affinités sonores) et met sa fougue à entrer dans les expériences les plus diverses. Il participe de manière éclatante aux expériences de sommeils hypnotiques, de récits de rêves ou de fantasmes. De fait, « il parle surréaliste à volonté ». Le rêve, cette porte ouverte sur l’inconnu, Desnos l’a déjà entrebâillée. Durant l’hiver 1918-1919, il avait noté sur son carnet : « Je suis couché et me vois tel que je suis en réalité. L’électricité est allumée. La porte de mon armoire à glace s’ouvre d’elle-même. Je vois les livres qu’elle renferme. Sur un rayon se trouve un coupe-papier de cuivre (il y est aussi dans la réalité) ayant la forme d’un yatagan. Il se dresse sur l’extrémité de la lame, reste en équilibre instable durant un instant puis se recouche lentement sur le rayon. La porte se referme. L’électricité s’éteint. » Lorsqu’en 1924 paraîtra le premier numéro de La Révolution surréaliste, on pourra lire dans la préface signée Jacques André Boiffard, Paul Eluard et Roger Vitrac : « Le procès de la connaissance n’étant plus à faire, l’intelligence n’entrant plus en ligne de compte, le rêve seul laisse à l’homme tous ses droits à la liberté. Grâce au rêve, la mort n’a plus de sens obscur et le sens de la vie devient indifférent. » De fait, Desnos est un voyant : il est ce medium qui, endormi, répond aux questions des assistants, amorce des poèmes ou des dessins. Lors de ces séances des sommeils, (la première a lieu chez Breton le 25 septembre 1922) il est question d’aller retrouver la liberté première de la pensée ayant élu domicile dans cet état de somnolence/rêverie que Nerval avait nommé supernaturaliste. Il est aussi celui qui ira le plus loin dans l’amour de l’involontaire et du fabuleux. Fantomas revient, à la fois magicien et sorcier et pénètre les mots. C’est l’heure où Breton annonce : « Le surréalisme est à l’ordre du jour et Desnos est son prophète. » Desnos s’installe alors dans l’atelier du peintre André Masson au 45 de la rue Blomet, à Montparnasse, près du Bal Nègre qu’il fréquente assidûment. Il s’initie à l’opium. C’est le temps des trois forteresses surréalistes : Breton, rue Fontaine, Aragon, Prévert, Queneau et André Thirion, rue du Château et cette rue Blomet où Desnos compte Joan Miró et le dramaturge Georges Neveux parmi ses voisins. Clair, garni de bizarreries trouvées au marché aux puces et d’un gramophone à rouleaux, l’atelier de Desnos n’a pas de clé, seulement un cadenas à lettres dont il se rappelle la composition une nuit sur deux. De 1922 à 1923, il se livre là uniquement au travail de laboratoire dont doit résulter Langage cuit, ce que Breton appelle les mots sans rides, et à la recherche poétique. Les Gorges froides de 1922 en sont l’un des exemples marquants. Plus tard, c’est sans doute également dans cet antre qu’il écrira The Night of loveless nights. Ce voyage expérimental vers le verbe nouveau est une impasse, et Desnos le sait. Lautréamont ne disait-il pas « une philosophie pour les sciences existe. Il n’en existe pas pour la poésie ? » Peu importe, il faut partir sur les routes, selon le mot de Breton. Sonne l’heure des poèmes de L’Aumonyme et des exercices de Rrose Selavy. Suivent Les Pénalités de l’Enfer (1922) et Deuil pour deuil (1924). Ces enfants terribles que sont les surréalistes revendiquent un esprit en ébullition perpétuelle et, pour l’heure, encore un humour sans limites. Desnos incarne cela plus que tout autre. Une anecdote de 1925 mérite d’être rappelée : lors de la première représentation de Locus Solus de Raymond Roussel, la salle reste de marbre alors que le poète applaudit à tout rompre : —Ah ! J’ai compris, lui dit son voisin, vous êtes la claque... —Parfaitement !, répond-il, et vous, vous êtes la joue. Dans les années 1924-1929, Desnos est rédacteur de La Révolution surréaliste. Mais il faut bien vivre : il travaillera comme comptable des publications médicales de la Librairie Baillière, écrira sur commande pour Jacques Doucet (De l’érotisme, 1923), deviendra, pendant un moment, courtier de publicité pour un annuaire industriel, puis caissier du journal Paris-Soir. À partir de 1925, il se fait journaliste d’abord à Paris-Soir puis au journal Le Soir ; enfin à Paris-Matinal. Sur ce métier, il écrira un sanglant article pour la revue Bifur : « Le journalisme actuel n’est “ journalisme ” que par le nom. […] Lecteurs, prenez garde ! L’annonce de huitième page du grand quotidien relative au fabricant de lits-cages influence le “ papier ” du chroniqueur de première page autant que les fameux fonds secrets et les subventions d’ambassade dont certains partis politiques ont tiré un argument facile pour discréditer leurs adversaires. Un journal, au surplus, s’écrit-il avec de l’encre ? Peut-être, mais il s’écrit surtout avec du pétrole, de la margarine, du ripolin, du charbon, du caoutchouc, voire ce que vous pensez… quand il ne s’écrit pas avec du sang ! » Reste le cinéma. Desnos écrira de nombreux scénarios. S’il n’est pas un théoricien, il préconise quand même un accord entre le pamphlet, la métaphysique et la poésie. Le cinéma du rêve, Luis Buñuel ou Jean Cocteau, est encore trop pauvre pour le satisfaire, mais il fait affaire avec ce qu’il voit et multiplie les critiques. Écrits sur le cinéma Il est ainsi possible de distinguer deux Robert Desnos dans son rapport au cinéma : celui qui écrit des scénarios, publiés mais jamais tournés, et celui qui écrit sur le cinéma pendant les années vingt. Entre les deux, c’est toujours le poète qui s’exprime. Ici, il sera question de Desnos face au cinéma de son époque. Il s’agit de comprendre comment s’articulent les convictions artistiques du poète surréaliste (priorité du rêve, de l’imagination, tragique exaltant l’amour) avec la réalité cinématographique des années vingt. Desnos écrit sur le cinéma essentiellement entre 1923 et 1929 dans Paris-Journal, puis Journal Littéraire, Le Soir, le Merle et enfin Documents. Ces textes reflètent les sentiments du groupe surréaliste dont il est l’un des membres les plus actifs à l’égard du cinéma. S’y retrouvent les questionnements autour du rêve et de l’écriture automatique. Desnos y adopte un ton lyrique et polémique. Desnos a toujours insisté sur le fait qu’il ne voulait pas faire de critique : « Je me suis toujours efforcé de ne pas faire de critique. En ce qui concerne le cinéma, je me suis borné à émettre des désirs » ou encore : “ La critique ne saurait être que la plus médiocre expression de la littérature et ne peut s’adresser qu’aux manifestations de cette dernière. Les actions notables échappent toujours au contrôle psychologique de ces commissaires-priseurs, qui, de leur marteau, font résonner chichement le carillon de la vie commune ". Ce qui l’intéresse, c’est rattacher le cinéma à l’existence, la création à la vie. « Défendre le cinéma c’était abattre la hiérarchie académique entre art mineur et art majeur, art d’élite et art populaire ». Ce que Desnos demande au spectacle de l’écran, c’est de représenter la vie désirée, d’exalter ce qui lui est cher, de lui donner « l’inattendu, le rêve, la surprise, le lyrisme qui effacent les bassesses dans les âmes et les précipitent enthousiastes aux barricades et dans les aventures », de lui offrir « ce que l’amour et la vie nous refusent ». Rêve, amour et érotisme Desnos rattache très souvent dans ses écrits le cinéma et le domaine du rêve et de l’érotisme, qu’il ne dissocie jamais de l’amour. Pour lui, le film comme le rêve est une aventure, il permet d’échapper à la réalité sordide et d’atteindre le merveilleux. Il retrouve dans les conditions mêmes de la représentation cinématographique, (faisceau lumineux, obscurité, solitude) un équivalent de l’état onirique, entre le réel et l’irréel, le conscient et l’inconscient. Le cinéma devient en quelque sorte une « machine à rêves », capable de reproduire les conditions du sommeil et de l’avènement du rêve. Desnos imagine un réalisateur capable de faire un film comme on rêve, le rêve étant pour lui « un cinéma plus merveilleux que tout autre » : “ Il est un cinéma plus merveilleux que tout autre. Ceux auxquels il est donné de rêver savent bien que nul film ne peut égaler en imprévu, en tragique, cette vie indiscutable à laquelle est consacré leur sommeil. Du désir du rêve participent le goût, l’amour du cinéma. À défaut de l’aventure spontanée que nos paupières laisseront échapper au réveil, nous allons dans les salles obscures chercher le rêve artificiel et peut-être l’excitant capable de peupler nos nuits désertées. Je voudrais qu’un metteur en scène s’éprît de cette idée ". L’importance accordée au rêve se double de celle accordée à l’érotisme, que l’on retrouve également dans son œuvre romanesque et poétique. Dans son article « L’érotisme » publié en 1923, Desnos compare le cinéma à une drogue, capable d’emmener l’homme dans un rêve artificiel qui lui permet de supporter le caractère fade et routinier de son existence. L’érotisme est pour lui une qualité essentielle de l’œuvre cinématographique, puisqu’elle permet l’accès à la puissance imaginative, émotive et poétique du spectateur. Comme l’explique Marie-Claire Dumas, « ce qu’en bon surréaliste Desnos demande au cinéma, c’est qu’il accomplisse, par ses images mouvantes et expressives, les désirs les plus intimes des spectateurs que la vie quotidienne déçoit ou réprime. » Desnos adopte, dans beaucoup de ses articles, un ton volontairement polémique, caractérisé par l’emploi de termes péjoratifs comme « imbéciles », qui se double d’assertions fermes et sans appel, le tout au présent de l’indicatif qui renforce l’idée de vérité : « L’un des facteurs les plus admirables du cinéma et l’une des causes de la haine que lui portent les imbéciles est l’érotisme ». Par cette assertion, Desnos se place implicitement dans le camp de ceux qui ont « compris » la valeur du cinéma, y compris pour leurs propres productions artistiques, tout en critiquant vivement la bêtise de ceux qui n’y voient que vulgarité et pauvreté. Engagement Desnos, dans ses écrits sur le cinéma, n’hésite pas à s’engager, à prendre parti et à affirmer sa liberté de jugement. Il est extrêmement critique sur la production française des années vingt, lui reprochant avant tout son manque de liberté et son attitude servile envers les financeurs et l’argent. Il dénonce alors le changement de nature opéré par l’argent sur le cinéma : d’origine populaire, il devient ennemi du peuple et soumis à la censure : “ Trésor fabuleux, la liberté ne conçoit pas l’avarice. […] Le cinéma français est un scandale permanent. Tout en lui est vil, vulgaire et témoigne d’une âme de policier et de domestique.Ne demandez pas pourquoi ! L’argent est coupable. Il y a en France des metteurs en scène capables de faire de beaux films. Mais pour faire de beaux films il faut beaucoup d’argent. L’argent est aux mains de la classe la plus méprisante du pays. Et ceux qui prêtent de l’argent aux metteurs en scène contrôlent les scénarios et imposent les actrices. C’est ainsi qu’en France le cinéma, mode d’expression populaire, est aux mains des ennemis du peuple.” Il n’hésite pas à apporter sa contribution aux débats de son temps : apparition du cinéma parlant qui implique la disparition de sous-titres que Desnos considère comme « moyen d’émotion directe qu’il importe de ne pas négliger », les conditions d’engagement des figurants que Desnos n’hésite pas à nommer la « véritable traite des figurants », tout en dénonçant des conditions de travail inadmissibles. Il s’engage aussi pour la défense des cinémas de quartiers, qui, selon lui, sont plus à même de communiquer l’émotion d’un film qu’une grande salle anonyme : “ Avec leur architecture grotesque où le velours, la dorure et le ciment armé se liguent pour réaliser des horreurs, confortables, sans doute, avec leurs fauteuils profonds propices au sommeil suscité par des films absurdes, les cinémas, les grands cinémas sont bien le dernier endroit où, maintenant, l’on puisse éprouver quelque émotion. Tandis que les salles de quartier gardent encore le privilège de la sincérité et de l’enthousiasme.” Cinéma et poésie Il est important de noter que les textes journalistiques publiés par Desnos sur le cinéma sont très utiles à qui veut comprendre son univers poétique. En effet, Desnos est fasciné depuis son enfance par le monde du rêve, par la découverte de l’érotisme et du sentiment amoureux. Il semble très sensible et réceptif aux rêves, à leur magie, leur puissance d’évocation et la liberté imaginative qu’ils permettent, loin de la censure que la société impose à l’individu. Il n’a de cesse de revendiquer la liberté de création et de dénoncer les censures quant à la nudité ou l’érotisme. Il refuse la logique du philistin, qui voudrait un cinéma littéraire, intelligent, mettant de côté les instincts et passions de l’homme. Marie-Claire Dumas explique que " critique de cinéma, Robert Desnos a donc des positions tranchées, offensives, où les impératifs surréalistes auxquels il adhère (priorité du rêve, de l’imagination, tragique exaltant l’amour) jouent un rôle majeur […]". On le voit dans ses poèmes " où les images défilent dans de perpétuelles métamorphoses, où la voix lyrique ponctue, à la manière des sous-titres, un scénario des plus fantaisistes, joue le rôle de stupéfiant dont l’écran est doté ". « Comme le film, le poème est le lieu des fusions et des confusions les plus ardentes ». Cette formule illustre parfaitement la pensée de Desnos quant à sa poésie, et la richesse qu’il décèle dans le cinéma : l’un et l’autre se nourrissent, s’enrichissent tour à tour. Le cinéma semble mettre en images ce que le poète met en vers. La puissance du voir, de la lumière et du mouvement sont une obsession pour le poète, qui jusqu’au bout semble chercher une poésie cinématographique. « Les articles de Desnos offrent une lecture partisane du cinéma des années vingt : c’est un surréaliste qui voit et qui témoigne. [...] On comprend alors l’intérêt porté par Desnos au documentaire : la voix est liée à l’image, mais dans un unisson très libre ». L’image se trouve donc au cœur de la pensée de Desnos, c’est elle qui permet l’accès au surréel, elle est la clef de voûte de l’édifice cinématographique et poétique. Ainsi, loin d’être un critique de cinéma, figure dont il se détache lui-même, Desnos serait plutôt à considérer comme un artiste et un journaliste engagés dans les débats de son époque, et prêt à défendre un art émergent dont il semble prévoir les possibilités futures. Le cinéma représente pour lui un nouveau moyen de placer la liberté et la création au cœur de l’art. Desnos apparaît ici comme un visionnaire et un précurseur, puisque ayant vu avant nombre de personnes dans le septième art un réservoir inépuisable de poésie et de liberté. Les années d’amour Desnos voue alors une passion à la chanteuse de music-hall Yvonne George. Elle est la « mystérieuse » qui hante ses rêveries et ses rêves et règne sur ses poèmes des Ténèbres. Il l’a probablement rencontrée en 1924. Si l’on en croit Théodore Fraenkel, l’ami fidèle, cet amour ne fut jamais partagé. Il le rêvera plus qu’il ne le vivra, source d’inspiration pour de nombreux poèmes, dont ceux de 1926, dédiés à la mystérieuse. Une occasion pour Desnos de renouer avec le lyrisme. Dès que lui parviennent ces poèmes, Antonin Artaud écrit à Jean Paulhan : « Je sors bouleversé d’une lecture des derniers poèmes de Desnos. Les poèmes d’amour sont ce que j’ai entendu de plus entièrement émouvant, de plus décisif en ce genre depuis des années et des années. Pas une âme qui ne se sente touchée jusque dans ses cordes les plus profondes, pas un esprit qui ne se sente ému et exalté et ne se sente confronté avec lui-même. Ce sentiment d’un amour impossible creuse le monde dans ses fondements et le force à sortir de lui-même, et on dirait qu’il lui donne la vie. Cette douleur d’un désir insatisfait ramasse toute l’idée de l’amour avec ses limites et ses fibres, et la confronte avec l’absolu de l’Espace et du Temps, et de telle manière que l’être entier s’y sente défini et intéressé. C’est aussi beau que ce que vous pouvez connaître de plus beau dans le genre, Baudelaire ou Ronsard. Et il n’est pas jusqu’à un besoin d’abstraction qui ne se sente satisfait par ces poèmes où la vie de tous les jours, où n’importe quel détail de la vie journalière prend de l’espace, et une solennité inconnue. Et il lui a fallu deux ans de piétinements et de silence pour en arriver tout de même à cela. » Cette mystérieuse, Desnos lui donne un visage et une voix. Elle est cette Étoile de Mer offerte en 1928 à Man Ray. Elle est celle pour qui la plume du poète laisse couler : J’ai tant rêvé de toi Que tu perds ta réalité… Yvonne George meurt de tuberculose en 1930, à seulement trente-trois ans. Desnos va l’aimer désespérément au-delà de la tombe. En 1943, paraît son unique roman, Le vin est tiré. Le poète y transpose son expérience tragique de la fréquentation d’un groupe d’« intoxiqués ». Ce groupe est centré sur la très belle, et très droguée, « Barbara ». Au fur et à mesure du déroulement du récit, presque tous les personnages sont tués par les drogues qu’ils consomment. Quant à Youki Foujita, avec qui il vit depuis 1930, elle est représentée par la sirène. Partagé entre ces deux amours, l’impalpable et le tangible, Desnos s’attribue la forme de l’hippocampe. En fait, il n’ose jamais trancher et l’étoile devient sirène, ce qui se lit dans Siramour. Il y a la chair, il y a l’amour. Entre les deux se glisse la pierre angulaire de l’érotisme. Le poète, qui a déjà narré ses convulsions sexuelles dans « Les Confessions d’un enfant du siècle » (La Révolution surréaliste no 6) devient Corsaire Sanglot, le héros de La Liberté ou l’Amour (1927) où la liberté des sens est totale, dans un tintamarre d’images extraordinaires et de tempêtes en tous genres. C’est la prose du scandale. Pour la société, l’œuvre sera mutilée par un jugement du tribunal de la Seine, mais l’ouvrage déplaît aussi à certains surréalistes, qui ne voient pas dans ce texte l’audace nécessaire à toute transgression. Desnos « récupéré » ? Toujours est-il qu’un clivage naît. Alors que Breton va lentement s’amidonner pour finir en statue de Commandeur, Desnos nage à contre courant, toujours plus loin… Rupture avec le surréalisme En 1929, s’amorce un changement dont les prémices sont présentes dans The Night of loveless nights et Siramour. Breton reproche à Desnos son « narcissisme » et de « faire du journalisme ». De plus, Breton veut entraîner le groupe vers le communisme, et Desnos ne franchit pas cette ligne. Dans La Révolution surréaliste, le groupe des dissidents (ce groupe compte, outre Desnos, Georges Ribemont-Dessaignes, Georges Bataille, Jacques Prévert, Georges Limbour, Roger Vitrac, Antonin Artaud, Philippe Soupault, André Masson, Joseph Delteil passe alors à l’action. Après avoir réglé leur compte à Anatole France et Maurice Barrès, ils ciblent dans Un cadavre le « Maître », devenu « lion châtré », « palotin du monde occidental », « faisan », « flic », « curé », « esthète de basse-cour ». Aragon, chargé d’exécuter définitivement Desnos, écrit, entre autres, sous le titre de Corps, âmes et biens, dans Le Surréalisme au service de la révolution : « Le langage de Desnos est au moins aussi scolaire que sa sentimentalité. Il vient si peu de la vie qu’il semble impossible que Desnos parle d’une fourrure sans que ce soit du vair, de l’eau sans nommer les ondes, d’une plaine qui ne soit une steppe, et tout à l’envi. Tout le stéréotype du bagage romantique s’adjoint ici au dictionnaire épuisé du dix-huitième siècle. On dirait une vaste tinette où l’on a versé les débris des débauches poétiques de Lebrun-Ecouchard à Georges Fourest, la scorie prétentieuse de l’abbé Delille, de Jules Barbier, de Tancrède de Visan, et de Maurice Bouchor. Les lys lunaires, la marguerite du silence, la lune s’arrêtait pensive, le sonore minuit, on n’en finirait plus, et encore faudrait-il relever les questions idiotes (combien de trahisons dans les guerres civiles ? ) qui rivalisent avec les sphinx dont il est fait en passant une consommation angoissante. Le goût du mot « mâle », les allusions à l’histoire ancienne, du refrain dans le genre larirette, les interpellations adressées à l’inanimé, aux papillons, à des demi-dieux grecs, les myosotis un peu partout, les suppositions arbitraires et connes, un emploi du pluriel […] qui tient essentiellement du gargarisme, les images à la noix, […] ce n’est pas la façon de s’exprimer qui vaut à ce livre d’être à proprement parler un chef-d’œuvre… » Desnos, avec Corps et Biens qui paraît en 1930, dresse le bilan de cette aventure. Écrits sur les peintres, Une écriture journalistico-poétique ? Longtemps partisan actif du mouvement surréaliste, dont il a été l’un des pivots, son écriture est de fait empreinte de l’univers du rêve, et se nourrit de la force de l’image. Ainsi, accéder à sa poésie passe par la prise en compte de la façon dont il nourrit l’écriture poétique par toutes les formes que lui apportent les différents arts, visuels notamment. Il est notamment auteur d’un ouvrage paru en 1984, les Écrits sur les peintres, texte dans lequel on retrouve une sorte d’art poétique, et ce notamment à travers le regard qu’il porte sur l’œuvre de Picasso, « je parle des poètes autant que des peintres », explique-t-il en ce sens. C’est à cause de l’ultimatum que lui pose André Breton, lequel ne supporte plus la perpétuelle recherche, à laquelle Desnos s’évertue inlassablement, de nouveaux moyens et de matériaux autres qu’il introduit dans la poésie surréaliste, et point déjà sensible depuis des années entre les deux hommes, le penchant de Desnos pour le journalisme, que Desnos rompt douloureusement avec le mouvement surréaliste. Pour Breton, être poète peut certes se concilier avec un métier alimentaire, mais certainement pas avec un métier d’écriture qui selon lui entre en concurrence avec l’écriture poétique (en ce sens où cela devient une écriture utilitariste). La grande question qui se pose alors quand Desnos quitte le groupe surréaliste est de savoir s’il a pour autant rompu avec le surréalisme. Il est probable, si l’on en croit ses propos sur Picasso, dont il qualifie le génie par sa capacité à être tout à la fois un et multiple dans son art, qu’il en va de même pour sa propre écriture : " Maintenant, tournez la page, la frontière est franchie, la barrière tombée. Picasso lui-même vous ouvre les portes de la vie ". « Il n’est aucune œuvre qui ne soit anecdotique ». La pratique de l’anecdote, « petit fait historique survenu à un moment précis de l’existence d’un être, en marge des événements dominants et pour cette raison souvent peu connu. [… ] Historiette, épisode », est un élément caractéristique de l’écriture de Desnos. Et c’est ce que met en évidence notamment le travail sur le ton, souvent railleur, polémique, quoiqu’en apparence badin. On le voit dans le texte sur le Buffet ; ou la comparaison entre le Braque et le Picasso qui ont été confondus ; ou encore dans les passages narrativisés sur les faussaires : tous ces petits récits se présentent comme des anecdotes et prennent pourtant place dans une totalité qui s’appelle Écrits sur les peintres. Ce sont des sortes de petites chroniques, qui ne sont pas sans lien avec une pratique qui lui chère, et qui lui valut, rappelons-le, sa brouille avec le parti surréaliste, à savoir l’écriture journalistique. Dans les Écrits, il traite ainsi sur un ton en apparence anecdotique un sujet lui-même également de cet ordre. On note une véritable accumulation de références biographiques de Picasso, de lieux singularisés qu’il fréquente, comme si ces lieux en disaient davantage (et le poète l’affirme, puisqu’il explique que pour avoir accès à Picasso, il faut le voir dans son atelier) sur le peintre que sa peinture finalement. Également de l’ordre de l’anecdotique, on peut rappeler sa propension à établir des digressions apparentes, qui en disent finalement plus long sur sa pensée que toute théorisation formelle. On pense ici à la digression sur « le poisson scie et la belette », dont il fait état parce que – et en tout cas a priori uniquement pour cette raison, en dénote le terme “ remords ” – « ce sont des animaux charmants ». Un ton léger, de badinage presque, qui s’approprie le réel multiple que représente l’anecdote afin de se l’approprier. L’anecdote permet ainsi l’articulation entre l’aspect journalistique de son écriture, de l’ordre de la chronique – il suffit de voir ses titres qui sont souvent très factuels, comme « La dernière vente Kahnweiler », « peintures de Picasso » … ou même l’utilisation d’un système de narration dans un texte prétendument critique (notamment les textes regroupés à la fin des Écrits, sous le titre « Rembrandt (1606-1928), Visite aux peintres des peintres »), stratégie renforcée par l’usage omniprésent du discours direct et des éléments visuels, spatiaux et temporels. Ce travail sur l’anecdote est mis en œuvre par de nombreux procédés, dont la mise en place d’une hétérogénéité recherchée à tous égards, par l’introduction de différents types de discours par exemple, mais aussi par le mélange des tons (ton presque burlesque par exemple) : ce que Desnos voit dans la peinture de Picasso, en accord avec sa propre pratique de l’écriture, c’est un « art magistral et [un] art bref en même temps », et une peinture des contradictions. Il en va de même pour le style : on a ici une écriture poétique, dont l’introduction d’un regard journalistique permet le renouvellement et à laquelle il confère une force de l’immédiateté. Il explique par exemple qu’ « une nature morte est une anecdote de la vie de quelques fruits et de quelques légumes, comme un portrait est une anecdote du visage d’un être ». On peut aller jusqu’à parler de l’anecdote, élément fondamental qui nous permet de parler d’une écriture journalistique, comme d’un « témoignage ». C’est une façon d’introduire du réel pour redonner souffle au surréel. Une écriture “ délirante et lucide ” Les années 1940 marquent un retour à la poésie et aux peintres, après que Desnos s’en est un temps détourné pour s’intéresser davantage à la radio et au journalisme. Sa grande question semble alors être de savoir dans quelle mesure une mathématique des formes peut se concilier avec l’inspiration surréaliste. Autrement dit, comment la poésie pourrait-elle être “ délirante et lucide ”. Et là encore, c’est en se tournant vers Picasso qu’il semble trouver une voie à explorer dans ce domaine, et c’est dans les textes qu’il consacre au peintre espagnol qu’il élabore sa propre théorisation stylistique de sa façon de pratiquer la poésie. Marie-Claire Dumas explique en ce sens que « désormais, dans le domaine de la peinture, un peintre prend le pas sur tous les autres : Picasso. Il offre l’exemple de toutes les libertés, de tous les déchaînements, comme de toutes les maîtrises. “ Délirante et lucide ”, telle serait la peinture de Picasso, à l’image de la poésie que Desnos poursuit ». Picasso semble être celui qui a atteint picturalement cet équilibre parfait entre délire et lucidité, celui-là même que l’écriture journalistique, qui précisément se revendique lucide par sa nature, peut apporter à l’aspect plus « délirant » du surréalisme. C’est en ce sens que Marie-Claire Dumas affirme que « désormais Desnos ne dissocie plus le destin de l’œuvre d’art des coordonnées sociales où elle s’inscrit. À l’état de crise générale, Desnos réagit par une lucidité sans amertume, qui tente de prendre la mesure de l’homme et d’en exalter tous les possibles ». L’œuvre d’art a ceci de fascinant qu’elle est à la fois factuelle, lucide, par sa présence immédiate, et à la fois délirante, puisqu’elle existe dans son propre univers, selon ses propres lois qui n’ont de limites que l’imagination de leur créateur. Le texte témoigne d’une recherche stylistique de la modalisation, en témoignent par exemple le grand nombre d’épanorthoses, reformulations pour donner l’impression de voir le discours s’établir sous nos yeux, et pour recréer la spontanéité de l’anecdotique précisément, ou encore les prétéritions : « On a tout dit sur Picasso, y compris ce qui n’était pas à dire. Je me refuserai donc aujourd’hui à contribuer à la glose plus ou moins burlesque de son œuvre ». Ce passage est un moyen de donner légitimité à son propos, lequel est certes encore une autre façon de gloser l’art de Picasso, mais une façon qui n’est pas, elle, contrairement aux autres, burlesque, qui est autre, et qui passe par une anecdote (à savoir, le fait qu’il croise parfois Picasso et que celui-ci le reconnait et le salue). Mais ce n’est pas aussi simple, et ce qu’il faut noter aussi, c’est que cette anecdote est précisément racontée sur un ton presque burlesque, puisque Desnos se raille lui-même en expliquant qu’il ne reconnait pas, lui, Picasso quand il le croise, à cause de sa myopie. On est dans une sorte de parodie du genre burlesque (il s’agit de traiter d’un matériau noble, le peintre Picasso, sur un ton un peu bas, trivial, par l’allusion à la myopie). Voici une contradiction (élément clé dans l’écriture poétique de Desnos et dans sa conception de l’art) qui est probablement recherchée par le poète, alors même qu’il décrit un peintre lui-même souvent défini comme contradictoire. Cette volonté de mélanger les matériaux, comme il mélange les tonalités, les registres, les discours, les genres, et les termes, est fortement affirmée dans sa conception. Poésie et témoignage. “ [...] Beau temps Pour les hommes dignes de ce nom Beau temps pour les fleuves et les arbres Beau temps pour la mer Restent l’écume Et la joie de vivre Et une main dans la mienne Et la joie de vivre Je suis le vers témoin du souffle de mon maître.” [1944-45] Finalement la poésie (au sens large) se fait témoin, ce qui rejoint là-encore l’aspect journalistique dont nous parlions précédemment. Cependant, elle se fait avant tout témoin de la joie, témoin de ce qui par définition n’est pas rationnel : elle est un jaillissement incontrôlable et imprévu. On retrouverait presque ici l’idée de « délire », mis en œuvre par l’écriture même, par le zeugma, « restent l’écume et la joie de vivre et une main dans la mienne et la joie de vivre », construction bancale qui marque un soubresaut de l’écriture ; et de fait, sémantiquement, il en va de même puisque la joie de vivre s’apparente par la construction à l’écume, élément qui apparaît lorsque la mer est violente et agitée : ainsi la main elle-même, par contamination lexicale, devient délirante. De plus, l’écume est aussi la marque de la folie, ou de la colère, et la joie se manifeste par le rire, lequel est traditionnellement associé à un aspect un peu diabolique de l’homme précisément en raison de son irrationalité. Entre délire et lucidité, on retrouve là la propre définition de Robert Desnos, si l’on peut parler ainsi, connaissant son aversion pour la catégorisation dont la définition peut être une manifestation, du surréalisme, puisqu’il l’a quitté précisément en raison du fait qu’il était voué à s’étouffer lui-même, à devenir une sorte d’automatisme et donc simple application d’une formule stérilisante, s’éloignant de sa constitution initiale entre le rêve et le regard sur le monde réel. Fantômas et la Drôle de guerre Youki Foujita partage désormais la vie du poète. Elle en est la lumière, mais aussi le souci. Le couple quitte la rue Blomet pour la rue Lacretelle puis s’installe au 19, rue Mazarine où défilent Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, Felix Labisse, André Masson, Antonin Artaud ou encore Picasso. Pour Youki, il écrit des poèmes aux allures de chanson. Desnos est un grand amateur de musique. Le jazz, la salsa découverte lors d’un voyage à Cuba en 1928, le tango, le fado et les disques de Damia, Fréhel, Mistinguett et Maurice Chevalier, rengaines reflétant bien son Paris populaire, meublent sa discothèque. Mais on y trouve aussi les 78 tours de Mozart, Beethoven, Erik Satie et, surtout Offenbach. Comme pour la poésie, la musique doit parler à tous. Il s’improvise d’ailleurs chroniqueur musical. En 1932, grâce à Paul Deharme, Desnos se lance dans une carrière radiophonique où son imagination, son humour et sa parole chaleureuse vont faire merveille. Il devient vite assez célèbre et la radio lui offre des ressources que le journalisme de presse écrite (il a quitté la plupart des quotidiens pour ne plus écrire que dans des hebdomadaires édités par la NRF) ne lui assurent plus. Le 3 novembre 1933, à l’occasion du lancement d’un nouvel épisode de la série Fantômas, il crée à Radio Paris la Complainte de Fantômas qui ponctue, sur une musique de Kurt Weill une série de vingt-cinq sketches évoquant les épisodes les plus marquants des romans d’Allain et Souvestre. Antonin Artaud qui assure la direction dramatique tient le rôle de Fantômas, tandis qu’Alejo Carpentier est responsable de la mise en onde sonore. Le succès est grand. Par ailleurs, il publie la série poétique des Sans Cou (1934). En 1936, il entreprend le tour de force de composer un poème par jour. Cet exercice de refonte des écrits automatiques de l’âge d’or dure un an. Certains poèmes paraissent dans Les Portes battantes. Ce sera la seule publication de ces années de succès radiophonique. Grâce à Armand Salacrou, il entre à l’agence Information et publicité, où il anime une équipe chargée d’inventer des slogans publicitaires pour des produits pharmaceutiques (la Marie-Rose, le vermifuge Lune, la Quintonine, le thé des familles, le vin de Frileuse). Le poète devient ensuite rédacteur publicitaire aux Studios Foniric et anime l’équipe qui invente et réalise au jour le jour les émissions diffusées sur Radio-Luxembourg et le Poste Parisien. Il cherche à la fois à faire rêver ses auditeurs grâce aux capacités suggestives de la radio et à les rendre actifs dans la communication en faisant appel à leurs témoignages. C’est ainsi qu’en 1938 Des songes remporte un grand succès en reprenant à l’antenne des récits de rêves envoyés par les auditeurs. L’expérience radiophonique transforme la pratique littéraire de Desnos : de l’écrit celle-ci se déplace vers des formes plus orales ou gestuelles. L’essentiel pour Desnos est maintenant de communiquer, et la littérature est un moyen parmi d’autres. Ainsi Desnos écrit-il diverses chansons de variété, interprétées par des gens comme le Père Varenne, Margo Lion, Marianne Oswald, Fréhel. Peu à peu ses projets deviennent plus importants : en collaboration avec le compositeur Darius Milhaud, il écrit des cantates comme la Cantate pour l’inauguration du Musée de l’Homme, les commentaires pour deux films de montage de J.B. Brunius (Records 37 et Sources Noires, 1937) et travaille avec Arthur Honegger et Cliquet Pleyel pour des chansons de films. Dans cette période heureuse Desnos est conscient de la montée du fascisme en Europe. S’il s’est brouillé avec Breton et ses amis en 1927 parce qu’il refusait de les suivre dans leur engagement au parti communiste, cela ne signifie pas qu’il se désintéresse de la politique. On peut le définir comme un radical-socialiste, épris de liberté et d’humanisme. Son engagement politique ne va cesser de croître dans les années 1930, avec la « montée des périls ». Dès 1934, il participe au mouvement frontiste et adhère aux mouvements d’intellectuels antifascistes, comme l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires ou, après les élections de mai 1936, le « Comité de vigilance des Intellectuels antifascistes ». Passionné pour la culture espagnole, il est très choqué par la guerre d’Espagne et le refus du Sénat d’y engager la France. Alors que la conjoncture internationale devient de plus en plus menaçante, Desnos renonce à ses positions pacifistes : la France doit, selon lui, se préparer à la guerre, pour défendre l’indépendance de la France, sa culture et son territoire et pour faire obstacle au fascisme. Aussi, en compagnon de route, accepte-t-il de prêter son concours à des manifestations des Maisons de la culture, et accepte-t-il d’écrire des critiques de disques pour le journal communiste Ce soir. Mobilisé en 1939 Desnos fait la drôle de guerre convaincu de la légitimité du combat contre le nazisme. Il ne se laisse abattre ni par la défaite de juin 1940, ni par l’occupation de Paris, où il vit avec Youki. Son activité radiophonique ayant cessé, il redevient journaliste pour Aujourd’hui, le journal d’Henri Jeanson et Robert Perrier. Après l’arrestation de Jeanson, le quotidien est rapidement soumis à la censure allemande mais Desnos ruse, surveille ses paroles et réussit à publier, mine de rien, selon son expression, des articles de littérature qui incitent à préparer un avenir libre. Résistance et déportation Pour Desnos, la lutte est désormais clandestine. Le 20 janvier 1940, il écrit à Youki : « J’ai décidé de retirer de la guerre tout le bonheur qu’elle peut me donner : la preuve de la santé, de la jeunesse et l’inestimable satisfaction d’emmerder Hitler. » Dès juillet 1942, il fait partie du réseau AGIR, auquel il transmet des informations confidentielles parvenues au journal, tout en fabriquant par ailleurs de faux papiers pour des Juifs ou des résistants en difficulté. En 1943, il est averti que ce réseau est infiltré (nombre de ses membres furent d’ailleurs dénoncés, arrêtés et déportés), mais il en demeure membre tout en se rapprochant, sous la recommandation du poète André Verdet, du réseau Morhange, créé par Marcel Taillandier. Dès lors, aux missions de renseignements qu’il effectue pour le premier s’ajoutent très certainement des missions bien plus directes et violentes.Sous son nom ou sous le masque de pseudonymes, il revient à la poésie. Après Fortunes (1942) qui fait le bilan des années trente, il s’adonne à des recherches où poème, chanson, musique peuvent s’allier. Ce sont les couplets d’État de veille (1943) ou les Chantefables (1944) à chanter sur n’importe quel air. Puis Le Bain avec Andromède (1944), Contrée (1944), et les sonnets en argot, comme Le Maréchal Ducono, virulente attaque contre Pétain, qui poursuivent, sous des formes variées, sa lutte contre le nazisme. « Ce n’est pas la poésie qui doit être libre, c’est le poète », dit Desnos. En 1944, Le Veilleur du Pont-au-Change, signé Valentin Guillois, pousse son vibrant appel à la lutte générale, quand le poète est arrêté, le 22 février. Ce jour-là, un coup de téléphone d’une amie bien placée l’avait averti de l’arrivée imminente de la Gestapo, mais Desnos avait refusé de fuir de crainte qu’on emmenât Youki, qui se droguait à l’éther. Interrogé rue des Saussaies, il finit à la prison de Fresnes, dans la cellule 355 de la deuxième division. Il y reste du 22 février au 20 mars. Après d’incroyables recherches, Youki retrouve sa trace et parvient à lui faire porter des colis. Le 20 mars, il est transféré au camp de Royallieu à Compiègne où il trouve la force d’organiser des conférences et des séances de poésie (il y écrit Sol de Compiègne). De son côté, Youki multiplie les démarches dans de nombreux services de la police allemande et obtient que le nom de Desnos soit rayé de la liste des transports. Mais, le 27 avril, le poète fait partie d’un convoi de mille sept-cents hommes dont la destination est Buchenwald. Il y arrive le 12 mai et repart deux jours plus tard pour Flossenbürg : le convoi, cette fois, ne compte qu’un millier d’hommes. Les 2 et 3 juin, un groupe de quatre-vingt-cinq hommes, dont Desnos, est acheminé vers le camp de Flöha, en Saxe où se trouve une usine de textile désaffectée reconvertie en usine pour carlingues de Messerschmitt fabriquées par les prisonniers. De ce camp, Desnos écrit de nombreuses lettres à Youki qui, toutes, témoignent de son ardente énergie comme de son désir de vivre. Le 14 avril 1945 sous la pression des armées alliées, le kommando de Flöha est évacué. Le 15 avril, cinquante-sept d’entre eux sont fusillés. Vers la fin du mois d’avril la colonne est scindée en deux groupes : les plus épuisés – dont Desnos – sont acheminés jusqu’au camp de concentration de Theresienstadt, à Terezin (Protectorat de Bohème et Moravie), les autres sont abandonnés à eux-mêmes. D’après le témoignage de Pierre Berger, le journaliste Alain Laubreaux, partisan actif de la politique de collaboration et antisémite notoire, intervint personnellement pour que Desnos soit déporté comme prévu par le prochain convoi. Laubreaux et Desnos nourrissaient l’un pour l’autre une vieille animosité, marquée notamment par la gifle que le premier reçut du second au Harry’s Bar. Pour Pierre Barlatier, Laubreaux est le responsable de la mort de Desnos Theresienstadt, le poète retrouvé À Theresienstadt, les survivants sont soit abandonnés dans les casemates et les cellules de fortune, soit expédiés au Revier, l’infirmerie. Desnos est de ceux-là. Les poux pullulent, le typhus fait rage. Le 3 mai 1945, les SS prennent la fuite ; le 8 mai, l’Armée rouge et les partisans tchèques pénètrent dans le camp. Les libérateurs traînent avec eux quelques médecins et infirmiers afin de sauver qui peut l’être encore. Sur une paillasse, vêtu de l’habit rayé de déporté, tremblant de fièvre, Desnos n’est plus qu’un matricule. Plusieurs semaines après la libération, un étudiant tchèque, Joseph Stuna, est affecté par hasard à la baraque no 1. En consultant la liste des malades, il lit : Robert Desnos, né en 1900, nationalité française. Stuna sait très bien qui est ce Desnos. Il connaît l’aventure surréaliste ; il a lu Breton, Éluard… Au lever du jour, l’étudiant se met à la recherche du poète au milieu de deux cent-quarante « squelettes vivants » et le trouve. Appelant à l’aide l’infirmière Aléna Tesarova, qui parle mieux le français que lui, Stuna veille et tente de rassurer le moribond au péril de sa vie. Desnos a tout juste eu la force de se relever en entendant son nom et de souffler « Oui, oui, Robert Desnos, le poète, c’est moi. » Ainsi Robert Desnos sort-il de l’anonymat… Leur a-t-il laissé un dernier poème, comme on le croira ? Rien n’est moins sûr. Au bout de trois jours, il entre dans le coma. Le 8 juin 1945, à cinq heures du matin, Robert Desnos meurt. Paul Éluard, dans le discours qu’il prononce lors de la remise des cendres du poète, en octobre 1945 écrit : « Jusqu’à la mort, Desnos a lutté. Tout au long de ses poèmes l’idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c’est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d’expression. Il va vers l’amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d’un peuple soumis à la prudence, à l’économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d’affranchissement et ses envolées imprévues. » Robert Desnos est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris. Histoire et mythe d’un « dernier poème » Après la guerre, est publié dans la presse française un dernier poème de Desnos, qui aurait été retrouvé sur lui par Joseph Stuna. En réalité, ce texte est le résultat d’une traduction approximative à partir du tchèque de la dernière strophe d’un poème de Desnos écrit en 1926 et dédié à Yvonne George, J’ai tant rêvé de toi : Dans l’infirmerie du camp et vu son état moribond, Desnos n’a eu ni physiquement ni matériellement la possibilité d’écrire quoi que ce soit. On sait aussi avec certitude que Joseph Stuna n’a rapporté que la paire de lunettes de Desnos. Effectivement, la dernière strophe du poème (une première traduction du français en tchèque) accompagne l’annonce du décès de Desnos dans le journal Tchèque “ Svobodné Noviny ” daté du 1er juillet 1945. Le 31 juillet, le même journal publie un article relatant les derniers jours du poète sous le titre Cent fois plus ombre que l’ombre avec, en plus, la fameuse dernière strophe de J’ai tant rêvé de toi. L’article, traduit du tchèque en français (traduction de traduction), paraît le 11 août 1945 dans Les Lettres françaises. Le traducteur n’a pas reconnu, sous le nouveau titre, le poème de 1926. Alejo Carpentier disait que « l’avenir des poètes était écrit à l’avance dans leurs poèmes ». Postérité Les archives et manuscrits de Robert Desnos sont entrés à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet en 1967, légués par Youki (Lucie Badoud) la compagne du poète et déposé par Henri Espinouze, le second mari de Youki. Le fonds général de la bibliothèque ainsi que la Collection de Jacques Doucet, grâce à la médiation d’André Breton qui était conseiller littéraire et artistique auprès de Jacques Doucet au début des années 1920, conservaient déjà des textes de Desnos – dont certains ont été joints a posteriori au fonds Desnos avec les dons de Suzanne Montel et Samy Simon. Repères chronologiques Œuvre Rrose Sélavy (1922-1923) Le Pélican L’Aumonyme (1923) Langage cuit (1923) De l’érotisme. Considéré dans ses manifestations écrites et du point de vue de l’esprit moderne (1923), publication posthume en 1953 ; réédition avec une préface de Annie Le Brun, Paris, Gallimard, coll. « L’Imaginaire », 2013. Deuil pour deuil (1924) Les gorges froides (1926) C’est les bottes de 7 lieues cette phrase « Je me vois », illustré d’eaux-fortes par André Masson, Paris, Éditions de la Galerie Simon, 1926. La Liberté ou l’Amour (1927) Les Ténèbres (1927) La Place de l’Étoile (1929), pièce de théâtre publiée dans le quotidien Le Soir Corps et biens (1930) Sans cou (1934) Fortunes (1942) The Night of loveless nights État de veille (1943) Le vin est tiré (1943) Contrée (1944) Le Bain avec Andromède (1944) L’Honneur des poètes (1943) Calixto suivi de contrée (1962), publication posthume Chantefables et chantefleurs (1970), publication posthume Destinée arbitraire (1975), publication posthume Nouvelles-Hébrides et autres textes (1978), publication posthume Rue de la Gaité / Voyage en Bourgogne / Précis de cuisine pour les jours heureux, œuvres illustrées par Lucien Coutaud (1947) La Complainte de Fantômas (1954), publication posthume. Le Veilleur du pont-au-change Le Souci (1943) Les Hiboux (1938) Les trois solitaires, œuvres posthumes et poèmes inédits enrichis de lithographies d’Yvette Alde, Éditions Les 13 épis, 1947. Œuvres regroupées Œuvres de Robert Desnos, sous la direction de Marie-Claire Dumas. Collection Quarto, éditions Gallimard, 2003. Corps et Biens, Collection de poche Poésie/Gallimard. Destinées arbitraires, Collection de poche Poésie/Gallimard. Fortunes, Collection de poche Poésie/Gallimard. La Liberté ou l’amour, Collection de poche L’Imaginaire/Gallimard. Deuil pour deuil, Collection de poche L’Imaginaire/Gallimard. Le vin est tiré..., Collection de poche L’Imaginaire/Gallimard. Chantefleurs, éditions Gründ, 2000. Chantefables, éditions Gründ, 2000. La Ménagerie de Tristan, éditions Gründ, 2000. Un beau navire porte son nom, dessins de Claude Stassart-Springer, éditions de la Goulotte, Vézelay, 2003 Œuvres diverses Période surréaliste Nouvelles Hébrides et autres textes (1922-1930), édition établie, présentée et annotée par Marie-Claire Dumas, éditions Gallimard, 1978 ; réédition avec une préface inédite et des notes augmentées, Gallimard, coll. « L’Imaginaire », 2016. Écrits sur l’art Écrits sur les peintres, éditions Flammarion, 1984. Écrits sur le cinéma Les Rayons et les ombres, éditions Gallimard, 1992. Écrits sur la musique Les Voix intérieures, Éditions du Petit Véhicule/l’Arganier, 2005. Éditions en disques compacts Textes de Robert Desnos, mélodies de Jean Wiener, Joseph Kosma, Francis Poulenc, etc., Éditions Integral Distribution. Anthologie poétique de Robert Desnos, lue par Eve Griliquez et Denis Lavant. Livret d’Anne Egger, Éditions Frémeaux et Associés, 2001. Adaptations Le poème Complainte de Robert le Diable de Louis Aragon (Les Poètes, chapitre Spectacle à la lanterne magique, éditions Gallimard, 1960). La chanson Robert le Diable en est extraite par Jean Ferrat et mise en musique par lui en 1968 (Productions Alleluia). On peut citer de nombreux interprètes : Christine Sèvres (première interprète en 1968), Jean Ferrat, Marc Ogeret, Isabelle Aubret, etc. Le poème J’ai tant rêvé de toi est mis en musique et chanté en 1975 par Michel Corringe, sous une forme modifiée. En 2012, Jean-Louis Trintignant l’intègre dans son spectacle Trois poètes libertaires, aux côtés de Boris Vian et de Jacques Prévert. Le 21 octobre 2017, Michel Arbatz (conception, musiques, voix, guitare, bandonéon) et Olivier-Roman Garcia (guitare, bouzouki, arrangements) lui consacrent un spectacle intitulé Desnos et merveilles au Bal Blomet, cabaret à l’emplacement du dancing où Desnos se rendait en voisin presque chaque soir dans les années 1930, et qu’il avait baptisé le « Bal Nègre ». Les références Wikipedia – https ://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Desnos

Blaise Cendrars

Frédéric Louis Sauser, dit Blaise Cendrars [sɑ̃.dʁaːʁ], est un écrivain suisse et français, né le 1er septembre 1887 à La Chaux-de-Fonds (Suisse) et mort le 21 janvier 1961 à Paris. À ses débuts, il utilise brièvement les pseudonymes Freddy Sausey, Jack Lee et Diogène. Dès l’âge de 16 ans, il quitte la Suisse pour un long séjour en Russie puis, en 1911, il se rend à New York où il écrit son premier poème Les Pâques (qui deviendra Les Pâques à New York en 1919). Il le publie à Paris en 1912 sous le pseudonyme de Blaise Cendrars, qui fait allusion aux braises et aux cendres permettant la renaissance cyclique du phénix. En 1913, il fait paraître son poème le plus célèbre, La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France. Dès le début de la guerre de 1914-1918, il s’engage comme volontaire étranger dans l’armée française avant d’être versé dans la Légion étrangère. Parmi ses compagnons d’armes de la Légion, figure notamment Eugene Jacques Bullard, premier pilote noir des forces alliées à partir de 1917. Gravement blessé le 28 septembre 1915, Cendrars est amputé du bras droit et en conséquence réformé. Il écrit sur cette expérience, de la main gauche, son premier récit en prose : il s’agit d’une première version de La Main coupée. Le 16 février 1916, à la suite de son engagement dans la guerre, il est naturalisé français. Écrivant désormais de la main gauche, il travaille dans l’édition et délaisse un temps la littérature pour le cinéma, mais sans succès. Lassé des milieux littéraires parisiens, il voyage au Brésil à partir de 1924. En 1925, il s’oriente vers le roman avec L’Or, où il retrace le dramatique destin de Johann August Sutter, millionnaire d’origine suisse ruiné par la découverte de l’or sur ses terres en Californie. Ce succès mondial va faire de lui, durant les années 1920, un romancier de l’aventure, que confirme Moravagine en 1926. Dans les années 1930, il devient grand reporter. Correspondant de guerre dans l’armée anglaise en 1939, il quitte Paris après la débâcle et s’installe à Aix-en-Provence. Après trois années de silence, il commence en 1943 à écrire ses Mémoires : L’Homme foudroyé (1945), La Main coupée (1946), Bourlinguer (1948) et Le Lotissement du ciel (1949). De retour à Paris en 1950, il collabore fréquemment à la Radiodiffusion française. Victime d’une congestion cérébrale le 21 juillet 1956, il meurt des suites d’une seconde attaque le 21 janvier 1961. L’œuvre de Blaise Cendrars, poésie, romans, reportages et mémoires, est placée sous le signe du voyage, de l’aventure, de la découverte et de l’exaltation du monde moderne où l’imaginaire se mêle au réel de façon inextricable. Le fonds d’archives de Blaise Cendrars a été créé en 1975 par Miriam Gilou-Cendrars (1920-2018), sa fille, et se trouve aux Archives littéraires suisses à Berne. Biographie Les années d’apprentissage Frédéric-Louis Sauser naît le 1er septembre 1887 à La Chaux-de-Fonds (canton de Neuchâtel), dans une famille bourgeoise d’origine bernoise mais francophone. Les voyages de son père, un homme d’affaires un peu niais et instable, font mener à la famille une vie itinérante, notamment à Naples. Envoyé en pension en Allemagne, Freddy fugue. Ses parents l’inscrivent à l’École de commerce de Neuchâtel, pour des études qui ne lui plaisent pas. En 1904, au vu de ses mauvais résultats scolaires, il est envoyé en apprentissage à Moscou et surtout à Saint-Pétersbourg, alors en pleine effervescence révolutionnaire. Jusqu’en 1907, il y travaille chez un horloger suisse. À la Bibliothèque impériale, dont il devient l’habitué, un bibliothécaire, R. R., l’encourage à écrire. Freddy commence à noter ses lectures, ses pensées, il aurait alors écrit La Légende de Novgorode, de l’or gris et du silence. Pour lui faire une surprise, R. R. l’aurait traduit en russe et fait imprimer à 14 exemplaires en blanc sur papier noir. Du vivant de Cendrars, personne n’a jamais vu ce livre qu’il a pourtant fait figurer en tête de toutes ses bibliographies à partir de Séquences (1913). Beaucoup doutaient de son existence, lorsqu’un poète bulgare en découvre un exemplaire, en 1995, chez un bouquiniste de Sofia. Depuis lors, l’authenticité de cette plaquette fait l’objet de controverses, ce qui enrichit la mythologie du poète de nouveaux épisodes. En 1907, Frédéric-Louis Sauser revient en Suisse. Étudiant la médecine à l’université de Berne, il a rencontré Adolf Wölfli, interné à l’asile de la Waldau. Ce schizophrène violent, dessinateur de génie, pourrait être un des modèles de Moravagine, le « grand fauve humain » qui va obséder Cendrars comme un double pendant de longues années. Quant aux études universitaires, elles apportent peu de réponses aux questions qui le hantent sur l’homme, son psychisme, son comportement. Sous l’influence du Latin mystique de Remy de Gourmont, il écrit ses premiers poèmes : Séquences. Après un court séjour à Paris, il retourne en 1911, pour quelques mois, à Saint-Pétersbourg. Il y écrit son premier roman, Moganni Nameh qui ne paraîtra, en feuilleton, qu’en 1922 dans la revue Les Feuilles libres. Il se plonge dans Schopenhauer ; une formule de ce philosophe illumine son rapport à la réalité : « le monde est ma représentation ». Désormais, la vie et la poésie seront pour lui des vases communicants. Entrée de la modernité Fin 1911, Freddy s’embarque pour New York pour rejoindre Fela Poznańska, une étudiante juive polonaise rencontrée à Berne. Il l’épousera par la suite et elle sera la mère de ses enfants Odilon et Rémy, et de Miriam. Ce séjour aux États-Unis lui montre la voie, nouvelle et soumise aux lois de la mécanique, de la vitesse, de la modernité, dans lequel le monde s’engage. Au sortir d’une nuit d’errance, il rédige son premier long poème, Les Pâques à New York, un poème fondateur de la poésie moderne. Pour le signer il s’invente le pseudonyme de Blaise Cendrars. Pour Cendrars, l’acte de création artistique a lieu lorsque le poète est tel une braise, qui se consume au cours de la création, puis s’éteint pour se transformer en cendres. C’est pourquoi il choisit son pseudonyme Blaise comme braise, et Cendrars comme cendre,. Il revient à Paris pendant l’été 1912, convaincu de sa vocation de poète. Avec sa femme il demeure au 4 de la rue de Savoie. Avec Emil Szittya, un écrivain anarchiste, il fonde Les Hommes nouveaux, une revue et une maison d’édition où il publie Les Pâques, puis Séquences, un recueil de poèmes plus anciens d’inspiration décadente, marqués par l’influence de Remy de Gourmont qu’il admire comme un maître. Séquences appartient davantage à Freddy Sauser qu’à Cendrars, même s’il le signe de son pseudonyme. Il se lie d’amitié avec des personnalités artistiques et littéraires : Apollinaire et les artistes de l’école de Paris, Chagall, Léger, Survage, Modigliani, Csaky, Archipenko, Delaunay. En 1913, il publie La Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, avec des compositions en couleurs de Sonia Delaunay-Terk. Dans ce premier livre simultané, le texte et l’image sont étroitement imbriqués pour créer une émotion artistique nouvelle, qui sera à l’origine d’une vive polémique. Ce poème-tableau de deux mètres de hauteur, présenté sous forme de dépliant, est reconnu aujourd’hui comme une contribution majeure à l’histoire du livre d’artiste. L’amitié liant Cendrars à certains artistes de l’École de Paris conduit Cendrars à la création de poèmes abstraits révolutionnaires, qui constituent aussi pour certains des hommages directs à des peintres comme Chagall et Léger : il s’agit des Dix-neuf poèmes élastiques publiés en 1919. Dès le début de la Première Guerre mondiale, Cendrars lance, avec l’écrivain italien Ricciotto Canudo, un appel aux artistes étrangers qui vivent en France, et s’engage à la Légion étrangère pour la durée de la guerre au régiment de marche du camp retranché de Paris. Il est affecté à la 6e compagnie du 3e régiment de marche du 1er étranger. Après son baptême du feu sur la Somme en novembre, il est promu légionnaire de 1re classe après six mois d’engagement puis caporal pour son courage au feu le 12 juin 1915. Son régiment est dissous en juillet 1915 et il est alors affecté au 2e régiment de marche du 2e étranger. Le 28 septembre 1915, au cours de la grande offensive de Champagne, gravement blessé au bras droit par une rafale de mitrailleuse, il est amputé au-dessus du coude. Il est alors cité à l’ordre de l’armée, décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre avec 2 palmes avant d’être réformé. Le poète de la main gauche Après une « année terrible », le poète manchot apprend à écrire de la main gauche. En 1916, il publie La Guerre au Luxembourg. Le 16 février 1916, il est naturalisé français. Au cours de l’été 1917, qu’il passe à Méréville (Seine-et-Oise, aujourd’hui Essonne), il découvre son identité nouvelle d’homme et de poète de la main gauche, en rédigeant, au cours de sa « plus belle nuit d’écriture », le 1er septembre, La Fin du monde filmée par l’Ange N.-D. Commence alors une période d’activité créatrice intense placée sous le signe tutélaire de la constellation d’Orion, dans laquelle la main droite du poète s’est exilée. Dans J’ai tué (1918), premier livre illustré par Fernand Léger, il écrit quelques-unes des pages les plus fortes et les plus dérangeantes qui aient été écrites sur la guerre : « Mille millions d’individus m’ont consacré toute leur activité d’un jour, leur force, leur talent, leur science, leur intelligence, leurs habitudes, leurs sentiments, leur cœur. Et voilà qu’aujourd’hui j’ai le couteau à la main. L’eustache de Bonnot. « Vive l’humanité ! » Je palpe une froide vérité sommée d’une lame tranchante. J’ai raison. Mon jeune passé sportif saura suffire. Me voici les nerfs tendus, les muscles bandés, prêt à bondir dans la réalité. J’ai bravé la torpille, le canon, les mines, le feu, les gaz, les mitrailleuses, toute la machinerie anonyme, démoniaque, systématique, aveugle. Je vais braver l’homme. Mon semblable. Un singe. Œil pour œil, dent pour dent. À nous deux maintenant. À coups de poing, à coups de couteau. Sans merci. Je saute sur mon antagoniste. Je lui porte un coup terrible. La tête est presque décollée. J’ai tué le Boche. J’étais plus vif et plus rapide que lui. Plus direct. J’ai frappé le premier. J’ai le sens de la réalité, moi, poète. J’ai agi. J’ai tué. Comme celui qui veut vivre. » Avec Profond aujourd’hui (1917), le poète de la main gauche publie son manifeste en présentant une vision poétique de la modernité. Paraissent également des poèmes écrits avant guerre : son troisième poème « homérique » ou « whitmanien », Le Panama ou les aventures de mes sept oncles (1918), ainsi que les Dix-neuf poèmes élastiques (1919). Le poète grec Yannis Livadas (en) écrivait à propos de Cendrars : « Si Rimbaud fut fondateur et pilier de l’esprit de la poésie moderne, Cendrars, en plus d’en être un grand réformateur, il en fut également bâtisseur lors de l’élévation de celle-ci. D’un premier point de vue, on pourrait y voir le plus sublime, le plus accompli, le dernier des symbolistes. Cependant, Blaise Cendrars fut indiscutablement le pionnier capital du modernisme » Blaise Cendrars : A Poet for the Twenty-First Century. S’éloignant de Paris, il prend congé des milieux littéraires d’avant-garde (Dada, puis surréalisme) dont les polémiques lui paraissent dépassées et gagne Bruxelles où il donne des conférences à l’U.L.B. (Université Libre de Bruxelles), s’y liant d’amitié avec Robert Goffin. Attiré par le cinéma, qui incarne pour lui la modernité de l’expression artistique, il devient l’assistant d’Abel Gance pour J’accuse, où il tient également un rôle de figurant, puis pour La Roue. En 1921, il passe lui-même à la réalisation à Rome, mais l’expérience est un échec. Comme beaucoup d’artistes et d’écrivains à cette époque, il se passionne pour l’Afrique et compile dans son Anthologie nègre (1921) des contes de tradition orale, qu’il est le premier à considérer comme de la littérature. Pour les Ballets suédois, il tire de ce recueil l’argument de La Création du Monde (1923), avec une musique de Darius Milhaud, des décors et costumes de Fernand Léger. Découverte du Brésil En janvier 1924, il se rend au Brésil à l’invitation de Paulo Prado (pt), homme d’affaires et mécène des poètes modernistes de São Paulo, parmi lesquels Oswald de Andrade et Mário de Andrade. Dans un pays où la nature aussi bien que la population s’accordent à ses aspirations profondes, il découvre son « Utopialand » qu’il célébrera souvent dans ses livres. Il y retournera par deux fois, de janvier à juin 1926 et d’août 1927 à janvier 1928. Il s’y lie notamment avec les poètes Oswald de Andrade (qui lui dédia son recueil Pau Brasil, publié en 1925 au Sans Pareil), Mário de Andrade, Sérgio Milliet, Luis Aranha, Manuel Bandeira et Carlos Drummond de Andrade, ainsi qu’avec les peintres Cícero Dias et surtout Tarsila do Amaral, qu’il nomme « la plus belle Pauliste du monde ». En 1924, il publie Kodak (Documentaire). Il faudra attendre les années 1970 pour découvrir que Cendrars avait composé ces poèmes par collage en découpant et réaménageant des fragments du Mystérieux docteur Cornélius, un roman populaire de Gustave Le Rouge. Il voulait ainsi montrer à son ami qu’il était lui aussi un poète. La même année, paraît Feuilles de route, son dernier recueil de poèmes, illustré par Tarsila do Amaral. Du roman au journalisme Au retour du Brésil, il se lance dans le roman. En quelques semaines, il écrit L’Or (1925), où il retrace le tragique destin de Johann August Suter, millionnaire d’origine suisse ruiné par la découverte de l’or sur ses terres en Californie. Ce succès mondial va faire de lui, durant les années 1920, un romancier de l’aventure. Suivent bientôt Moravagine (1926), puis Le Plan de l’Aiguille et Les Confessions de Dan Yack qui rate le Goncourt. Une vie romancée de l’aventurier Jean Galmot (Rhum– L’aventure de Jean Galmot, 1930) lui fait découvrir le monde du journalisme. Dans les années 1930, il devient grand reporter pour explorer les bas-fonds (Panorama de la pègre, 1935). Son ami Pierre Lazareff, le patron de Paris-Soir, l’envoie prendre part au voyage inaugural du paquebot Normandie, puis visiter Hollywood, la Mecque du cinéma. Pendant la même période, il recueille dans trois volumes d’« histoires vraies » les nouvelles qu’il a publiées dans la grande presse. En décembre 1934, il rencontre Henry Miller qui deviendra un de ses amis. Entre 1937 et 1938, il se retire dans les Ardennes, sur la propriété d’Élisabeth Prévost, une jeune femme baroudeuse de vingt-sept ans qu’il a rencontrée à Paris et à laquelle il dédiera L’Homme foudroyé. En 1939, lorsque la guerre éclate, il s’engage comme correspondant de guerre auprès de l’armée britannique. Ses reportages paraissent notamment dans Paris-Soir et le livre qu’il en tire, Chez l’armée anglaise, sera pilonné par les Allemands. Profondément affecté par la débâcle, il quitte Paris et le journalisme pour se retirer à Aix-en-Provence pendant toute l’Occupation. Durant trois ans, il cesse d’écrire. Le rhapsode des mémoires À la suite d’une visite du romancier Édouard Peisson, il sort enfin du silence le 21 août 1943 et commence L’Homme foudroyé (1945) que suivront La Main coupée, Bourlinguer et Le Lotissement du ciel. Ces volumes de « mémoires qui sont des mémoires sans être des mémoires » forment une tétralogie marquée par deux grands traumatismes : la perte de sa main droite et le suicide d’une jeune fille profondément amoureuse de lui. Ils sont composés comme des rhapsodies par Cendrars qui renoue ainsi avec la formation musicale de sa jeunesse. À l’occasion de ce retour à l’écriture, un jeune photographe inconnu, Robert Doisneau, est envoyé à Aix pour faire un reportage sur Cendrars. Il illustre l’article que Maximilien Vox publie en 1945 dans La Porte ouverte, la revue de la chambre de commerce franco-suédoise, sous un titre qui résume bien ces années de guerre : Cendrars, un éléphant solitaire. Quatre ans plus tard, en 1949, Cendrars écrit le texte du premier album de Doisneau : La Banlieue de Paris, qui révèle un grand photographe. En 1944, Cendrars, qui n’écrit plus de poèmes depuis vingt ans, a recueilli ses Poésies complètes chez Denoël, avec l’aide et une préface de son ami Jacques-Henry Lévesque resté à Paris. En janvier 1948, il quitte Aix-en-Provence pour Villefranche-sur-Mer. De jeunes poètes viennent lui rendre visite : André Miguel, Frédéric Jacques Temple. L’année suivante, le 27 octobre 1949, il se marie avec Raymone Duchâteau, à Sigriswil dans l’Oberland bernois. Depuis qu’il a rencontré cette jeune comédienne en octobre 1917, il lui voue un amour idéalisé, non sans ambivalence, traversé de nombreuses crises. La même année 1949, il publie Le Lotissement du ciel, dernier volume des mémoires, qui réunit les deux figures de Joseph de Cupertino, le saint volant du XVIIe siècle, et Oswaldo Padroso, un fazendeiro brésilien qui s’est pris d’un amour fou pour Sarah Bernhardt. Le prière d’insérer du volume tient de la profession de foi : « Je voulais indiquer aux jeunes gens d’aujourd’hui qu’on les trompe, que la vie n’est pas un dilemme et qu’entre les deux idéologies contraires entre lesquels on les somme d’opter, il y a la vie, la vie, avec ses contradictions bouleversantes et miraculeuses, la vie et ses possibilités illimitées, ses absurdités beaucoup plus réjouissantes que les idioties et les platitudes de la « politique », et que c’est pour la vie qu’ils doivent opter, malgré l’attirance du suicide, individuel ou collectif, et de sa foudroyante logique scientifique. Il n’y a pas d’autres choix possibles. Vivre ! » Retour à Paris En 1950, il retourne définitivement à Paris et s’installe au no 23 rue Jean-Dolent, derrière la prison de la Santé. À l’initiative de son ami Paul Gilson, qui y dirige les programmes artistiques, il collabore fréquemment à la Radiodiffusion française en compagnie notamment de Nino Frank et Albert Rièra. Ses entretiens radiophoniques avec Michel Manoll connaissent un grand succès. Il se lie avec de jeunes écrivains qu’il recommande aux éditions Denoël : René Fallet, Robert Giraud, Jean-Paul Clébert, Jacques Yonnet. Après un travail long et difficile, il publie, en 1956, Emmène-moi au bout du monde !…, un roman à clefs sous couvert d’une intrigue policière. La truculence de cette chronique théâtrale qui doit beaucoup à la vie de la comédienne Marguerite Moreno, une amie de Raymone, fait scandale. Ce sera sa dernière œuvre car il est victime d’une première attaque cérébrale le 21 juillet 1956, puis d’une seconde en 1958. En janvier 1959, c’est un grabataire qu’André Malraux fait Commandeur de la Légion d’honneur. Il se convertit au catholicisme le 1er mai 1959 et épouse religieusement Raymone à l’église Saint-Dominique. Le couple emménage en août au rez-de-chaussée d’un immeuble de la rue José-Maria-de-Heredia. Il meurt le 21 janvier 1961 en son domicile au 5 rue José-Maria-de-Heredia dans le 7e arrondissement de Paris, après avoir reçu in extremis la seule récompense littéraire officielle qu’il ait obtenue de son vivant : le grand prix littéraire de la Ville de Paris. Hommages et postérité Blaise Cendrars a reposé de 1961 à 1994 au cimetière des Batignolles à Paris. Depuis 1923, il disposait d’une résidence, sa « maison des champs », au Tremblay-sur-Mauldre dans les Yvelines. En 1994, ses cendres ont été transférées dans le cimetière de ce village. En 2005, un Espace Blaise-Cendrars y est inauguré et la sente Blaise-Cendrars mène à la « maison des champs » où il écrivit L’Or. Après sa mort, un lycée prend son nom dans sa ville natale de La Chaux-de-Fonds et à Sevran (Seine-Saint-Denis). La médiathèque de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) porte aussi son nom. Le train RABDe 500 011-2 des CFF porte le nom de Blaise-Cendrars. En 2011, le cinquantième anniversaire de la mort de Cendrars est inscrit en France parmi les célébrations nationales par le ministère de la Culture et de la Communication. En mai 2013, les Œuvres autobiographiques complètes de Blaise Cendrars entrent, en deux volumes, dans la Bibliothèque de la Pléiade chez Gallimard et l’album de la Pléiade de 2013 lui est dédié à cette occasion. Une fresque a été réalisée au marteau piqueur par l’artiste Telmo Guerra en octobre 2017 à La Chaux-de-Fonds sur la façade arrière de l’ancien cinéma Corso. Le roman Les Pêcheurs d’étoiles de Jean-Paul Delfino, paru en octobre 2017 aux Éditions Le Passage Echo : Érik Satie et Blaise Cendrars traversent la nuit parisienne à la recherche de l’amour de l’un (Suzanne Valadon) et de l’ennemi des deux (Jean Cocteau). Œuvres Poèmes * La Légende de Novgorode ou La Légende de Novgorode, de l’Or gris et du Silence. Dans ses bibliographies, Cendrars présente ainsi ce premier poème qui aurait été publié en Russie à son insu : « traduit en russe par R. R. sur le manuscrit ; tirage en blanc sur papier noir ; 14 exemplaires numérotés et signés. Moscou, Sozonov, 1909. Un volume in-12 carré ». Un exemplaire de cette plaquette longtemps introuvable a été découvert en 1995 à Sofia (Bulgarie) et il a fait l’objet de deux traductions en français (Montpellier, Fata Morgana, 1996, puis 1997). Il est désormais établi qu’il s’agit d’un faux. * Les Pâques. Avec un dessin de l’auteur en frontispice. Paris, Éditions des Hommes nouveaux, 1912. * Devient Les Pâques à New York in Du monde entier. Paris, Gallimard, 1919. * Les Pâques à New York. Avec huit bois de Frans Masereel. Paris, René Kieffer, 1926. * Séquences. Paris, Éditions des Hommes nouveaux, 1913 (recueil exclu par Cendrars de ses Poésies complètes). * Les Pâques à New York création en septembre 1974 au Festival Estival de Paris musique de Daniel Meier interprétée et mise en scène par Alain Meilland. * Recueil repris en appendice des Poésies complètes, Denoël, Œuvres complètes, t. I, 1963, * Recueil repris en appendice des Poésies complètes parmi les « Poèmes de jeunesse », Denoël, coll. « Tout autour d’aujourd’hui », tome 1, 2001. * Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France. Avec des couleurs simultanées de Sonia Delaunay-Terk. Paris, Éditions des Hommes nouveaux, 1913. * Le Transsibérien. Avec un portrait inédit de l’auteur et les reproductions en fac similé des épreuves corrigées du poème. Paris, Seghers, 1957. * La Guerre au Luxembourg. Avec 6 dessins de Moïse Kisling. Paris, D. Niestlé, 1916. * Le Panama ou les aventures de mes sept oncles. Couverture de Raoul Dufy, avec 25 tracés de chemins de fer américains et un prospectus publicitaire. Paris, La Sirène, 1918. * Dix-neuf poèmes élastiques. Avec un portrait de l’auteur par Amedeo Modigliani (deux dans le tirage de tête). Paris, Au Sans Pareil, 1919. * Édition critique par Jean-Pierre Goldenstein. Paris, Méridiens-Klincksieck, 1986. * Du monde entier, recueil comprenant Les Pâques à New York, Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France et Le Panama ou les aventures de mes sept oncles. Paris, Éditions de la Nouvelle Revue française, 1919. * Feuilles de route, I. Le Formose. Avec 8 dessins de Tarsila do Amaral. Paris, Au Sans Pareil, 1924. * Kodak (Documentaire). Couverture de Frans Masereel. Avec un portrait de l’auteur par Francis Picabia. Paris, Stock, 1924. * Poésies complètes. Préface de Jacques-Henry Lévesque. Paris, Denoël, 1944. * Nouvelle édition revue et corrigée. Paris, Denoël, 1947. * Du monde entier au cœur du monde. Poésies complètes. Denoël, 1957.Publications posthumes : * Le Volturno, avec une lithographie de Pierre Alechinsky. Montpellier, Fata Morgana, 1989. * Poésies complètes, avec 41 poèmes inédits. Denoël, coll. « Tout autour d’aujourd’hui », t. 1, éd. de Claude Leroy, 2001; nouvelle édition 2005. Reprise des versions originales des recueils avec leurs illustrations. * Du monde entier au cœur du monde. Poésies complètes. Préface de Paul Morand, éd. de Claude Leroy. Poésie/Gallimard, 2006. Romans, contes, nouvelles, pièces radiophoniques * Profond aujourd’hui, avec 5 dessins d’Angel Zarraga. Paris, À la Belle Édition, chez François Bernouard, 1917 (prose poétique). * Nouvelle édition sans les dessins de Zarraga. Paris, Les Éditeurs Réunis, coll. « Tout autour d’aujourd’hui », 1926. * J’ai tué, avec 5 dessins de Fernand Léger. À la Belle Édition, chez François Bernouard, 1918 (prose poétique). * Nouvelle édition, avec un portrait de l’auteur par Fernand Léger. Georges Crès, 1919. * Reproduction en fac-similé de l’édition de 1918, Fata Morgana, 2013. * La Fin du monde filmée par l’Ange N.-D., avec des compositions en couleur de Fernand Léger. Paris, Éditions de la Sirène, 1919 (roman). * Nouvelle édition précédée d’un « Pro domo ». Pierre Seghers, coll. « Poésie 49 », 1949. * Anthologie nègre, couverture de Csaky. Paris, Éditions de la Sirène, 1921. * Recouvrure de cette édition Au Sans Pareil, Paris, 1927. * « Édition définitive, revue et corrigée », Paris, Corréâ, 1947. * L’Or. La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter. Paris, Grasset, 1925 (roman). * Édition revue et corrigée. Grasset, 1947. * Gallimard, coll. « Folio », no 331, 1998. Préface de Francis Lacassin. * L’Eubage. Aux antipodes de l’unité, avec 5 gravures au burin de Joseph Hecht. Paris, Au Sans Pareil, 1926 (roman). * Édition critique par Jean-Carlo Flückiger. Paris, Champion, coll. « Cahiers Blaise Cendrars » no 2, 1995. * Moravagine. Paris, Grasset, 1926 (roman). * Nouvelle édition revue et augmentée de « Pro domo » et d’une « postface ». Paris, Grasset, 1956. * Éloge de la vie dangereuse. Paris, Les Éditeurs Réunis, coll. « Tout autour d’aujourd’hui », 1926 (prose poétique). * L’ABC du cinéma. Paris, Les Éditeurs Réunis, coll. « Tout autour d’aujourd’hui », 1926 (prose poétique). * Petits Contes nègres pour les enfants des Blancs. Paris, Éditions des Portiques, 1928. * Au Sans Pareil, avec quarante bois et douze hors texte de Pierre Pinsard, Paris, 1929. * Jean Vigneau, avec des illustrations de Francis Bernard. Marseille, 1943. Réédition : Paris, 1946. * Le Plan de l’Aiguille (Dan Yack). Paris, Au Sans Pareil, 1929 (roman). * Les Confessions de Dan Yack. Paris, Au Sans Pareil, 1929 (roman). * Dan Yack. Paris, Éditions de la Tour, 1946. Réunion en un volume revu et corrigé du Plan de l’Aiguille et des Confessions de Dan Yack. * Paris, Gallimard, coll. « Folio », no 5173, 2011. Édition préfacée et annotée par Claude Leroy. * Comment les Blancs sont d’anciens Noirs, avec cinq bois d’Alfred Latour. Paris, Au Sans Pareil, 1930 (contes nègres). * Histoires vraies. Paris, Grasset, 1937 (nouvelles). * Paris, Gallimard, coll. « Folio », no 5683, 2013. Édition présentée et annotée par Claude Leroy. * La Vie dangereuse. Paris, Grasset, 1938 (nouvelles). * La nouvelle J’ai saigné a été reprise aux éditions Zoé, coll. « Minizoé », no 62, Genève, 2004. Postface de Christine Le Quellec Cottier. * D’Oultremer à Indigo. Paris, Grasset, 1940 (nouvelles). * Gallimard, coll. « Folio », no 2970, 1998. Édition préfacée et annotée par Claude Leroy. * Emmène-moi au bout du monde !... . Paris, Denoël, 1956 (roman). * Films sans images (en coll. avec Nino Frank). Paris, Denoël, 1959 (pièces radiophoniques).Publications posthumes : * John Paul Jones ou l’Ambition. Préface de Claude Leroy. Montpellier, Fata Morgana, 1989 (roman inachevé). * La Vie et la mort du Soldat inconnu. Édition de Judith Trachsel. Préface de Claude Leroy. Paris, Champion, coll. « Cahiers Blaise Cendrars » no 4, 1995 (roman inachevé). * La Carissima. Édition d’Anna Maibach. Paris, Champion, coll. « Cahiers Blaise Cendrars » no 5, 1996 (roman inachevé). * Les Armoires chinoises. Postface de Claude Leroy. Montpellier, Fata Morgana, 2001 (conte inachevé). * Nouveaux Contes nègres. Postface de Christine Le Quellec Cottier. Montpellier, Fata Morgana, 2006. Reportages * Rhum. L’aventure de Jean Galmot. Paris, Grasset, 1930. * La Vie secrète de Jean Galmot. Rhum. Nouvelle édition revue et augmentée. Paris, Les Éditions de France, 1934. * Panorama de la pègre. Couverture de Cassandre. Avec des photographies en héliogravure. Grenoble, Arthaud, 1935. * Panorama de la pègre et autres reportages. Textes recueillis par Miriam Cendrars et Francis Lacassin. Préface et bibliographie par Francis Lacassin. UGE, coll. « 10/18 », série « Grands reporters », 1986. * Hollywood, la Mecque du cinéma. Avec 29 dessins par Jean Guérin. Paris, Grasset, 1936. * Chez l’armée anglaise. Illustré de photographies. Paris, Corrêa, 1940. Édition pilonnée par les Allemands.Publication posthume : * À bord du Normandie. Journal transatlantique (29 mai-2 juin 1935), Blaise Cendrars, Colette, Claude Farrère, Pierre Wolff. Photographies de Roger Schall. Préface de Patrick Deville. Nantes, Le Passeur, 2003. Écrits autobiographiques * Une nuit dans la forêt. Premier fragment d’une autobiographie. Avec trois eaux-fortes de Charles Clément. Lausanne, Éditions du Verseau, 1929. * Vol à voiles. Prochronie. Lausanne, Payot, 1932. * Vol à voile. Lausanne, La Guilde du Livre, coll. « La Petite Ourse », 1960. Avec des photographies tirées de la collection Raymone et des archives Jean Bühler. * L’Homme foudroyé. Paris, Denoël, 1945. * Le Vieux Port. Paris et Marseille, Jean Vigneau, 1946. Lithographies de René Rouveret. * Rhapsodies gitanes. Paris, Jean Vigneau, 1946. Lithographies de Yves Brayer. * La Grand’ Route, 3e Rhapsodie gitane. Paris, Bibliophiles et Graveurs d’Aujourd’hui, 1952. Lithographies d’André Minaux. * La Main coupée. Paris, Denoël, 1946. * La Main coupée et autres récits de guerre. Préface de Miriam Cendrars, éd.établie et annotée par Claude Leroy et Michèle Touret, Paris, Denoël, 2013. * Bourlinguer. Paris, Denoël, 1948. * Le Lotissement du ciel. Paris, Denoël, 1949. * Saint Joseph de Cupertino. Reprise sous ce titre de la deuxième partie du Lotissement du ciel. Paris, Le Club du livre Chrétien, 1960. * Le Lotissement du ciel. Paris, Gallimard, coll. « Folio », no 2795, 1996. Édition préfacée et annotée par Claude Leroy. Nouvelle édition, 2011. * À l’aventure (pages choisies). Extraits de : Le Lotissement du ciel, Bourlinguer, La Main coupée, L’Homme foudroyé, La Vie dangereuse, D’Oultremer à Indigo. Paris, Denoël, 1958. * L’Aventure. Paris, Le Club des Jeunes Amis du Livre, 1958. Avec un cahier de photographies de l’auteur par Robert Doisneau. Titre mis à part, volume identique au précédent.Publications posthumes : * Cendrars éditeur. Jéroboam et La Sirène. Préface de Hughes Richard. La Chaux de Cossonay, éditions Parisod, 1979. * Jéroboam et La Sirène. Préface de Hughes Richard. Dole/Saint-Imier, Canevas éditeur, 1992. * Partir. Bois gravés de Christian Henry. Postface de Hughes Richard. Les Ponts-de-Martel, Éditions Hughes Richard, 1986. * Paris ma ville. Illustrations de Fernand Léger. Paris, Bibliothèque des Arts, 1987. * Mon voyage en Amérique. Postface de Christine Le Quellec Cottier. Illustrations de Pierre Alechinsky. Montpellier, Fata Morgana, 2003. * À bord du Birma, extraits de Mon voyage en Amérique avec deux gravures de Pierre Alechinsky, Montpellier, Fata Morgana, 2007 (tirage à 90 exemplaires). * Œuvres autobiographiques complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2 vol. sous la direction de Claude Leroy, avec la collaboration de Michèle Touret (t. I), de Jean-Carlo Flückiger et de Christine Le Quellec Cottier (t. II), 2013 : * t. I : Sous le signe de François Villon (« Lettre dédicatoire à mon premier éditeur » – « Prochronie 1901 : Vol à voile » – « Prochronie 1911 : Le Sans-Nom »—« Prochronie 1921 : Une nuit dans la forêt ») – L’Homme foudroyé – La Main coupée– Textes et documents. * t. II : Bourlinguer – Le Lotissement du ciel – J’ai vu mourir Fernand Léger – Entretiens et propos rapportés – Écrits de jeunesse (« Moganni Nameh » – « Mon voyage en Amérique » – « Hic, haec, hoc » – « Séjour à New York » – « New York in flashlight » – « Le Retour »)– Textes et documents. Entretiens et interviews * Blaise Cendrars vous parle... Propos recueillis par Michel Manoll. Paris, Denoël, 1952. * Le Paysage dans l’œuvre de Léger. Entretien de Cendrars avec Fernand Léger et Louis Carré. Paris, Galerie Louis Carré, 1956. * Dites-nous, monsieur Blaise Cendrars... Réponses aux enquêtes littéraires de 1919 à 1957, recueillies, annotées et préfacées par Hughes Richard. Lausanne, Éditions Rencontre, 1969. * Blaise Cendrars. En bourlinguant… Entretiens avec Michel Manoll (version radiodiffusée, 1950). INA/Radio France, coll. Les grandes heures, 4 CD, 2006. Nouvelle édition, 2011. * Entretiens avec Michel Manoll (transcription de la version radiodiffusée du 15 octobre au 15 décembre 1950), dans Les Grandes Heures, Paris, La Table Ronde/ INA/Radio France, 2013. * Rencontres avec Blaise Cendrars. Entretiens et interviews (1925-1959) (éd. Claude Leroy). Paris, Non Lieu, 2007. * Entretiens avec Blaise Cendrars – Sous le signe du départ. [Cendrars à Radio-Lausanne et Radio-Genève de 1949 à 1957], 2 CD, livret de Christine Le Quellec Cottier. Radio Télévision Suisse, Éditions Zoé et Centre d’Études Blaise Cendrars (coproduction), Lausanne, 2013. Essais * Aujourd’hui. Grasset, 1931. En frontispice : dessin de la main gauche de l’auteur par Conrad Moricand. * La Banlieue de Paris : * Avec 130 photographies de Robert Doisneau. Double édition simultanée : Lausanne, Guilde du Livre / Paris, Seghers, 1949. * Avec 24 photographies de Robert Doisneau, Paris, Seghers, 1966. * Avec 106 photographies de Robert Doisneau. Denoël, 1983. * Le Brésil. Des hommes sont venus : * Avec 105 photographies de Jean Manzon. Monaco, Documents d’art, coll. « Escales du monde », no 6, 1952. * Précédé de Poème à la gloire de Saint-Paul, suivi de Promenade matinale. Sans les photographies de Jean Manzon. Montpellier, Fata Morgana, 1987. Nouvelle édition, 2003. * Photographies de Jean Manzon. Gallimard, coll. « Folio », no 5073, 2010. * Noël aux quatre coins du monde, Paris, Robert Cayla, coll. « Les Amis de l’Originale », no 15, 1953. Recueilli dans Trop c’est trop, 1957. * Trop c’est trop. Paris, Denoël, 1957. En frontispice : portrait de l’auteur par Georges Bauquier. Préfaces, postfaces * Jean Epstein, La poésie d’aujourd’hui : un nouvel état d’intelligence. Lettre-postface de Blaise Cendrars, Paris, La Sirène, 1921. * Le Livre d’enfant en U.R.S.S.. Catalogue de l’exposition organisée par Cendrars et Povolovsky pour les Éditions Bonaparte, 27 avril-22 mai 1929. Préface de Blaise Cendrars. Recueillie dans Aujourd’hui (1931). * Martín Luis Guzmán, L’Aigle et le serpent. Traduction de Mathilde Pomès. Préface de Blaise Cendrars. Paris, J.-O. Fourcade, 1930. Recueilli dans Histoires vraies (1937). * Le Spectacle est dans la rue, album d’affiches de Cassandre. Préface de Blaise Cendrars. Montrouge, Draeger Frères, 1935. * Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal. Préface de Blaise Cendrars. Paris, Union Bibliophile de France, coll. « Vox », 1946. * Honoré de Balzac, Ferragus. Préface de Blaise Cendrars. In L’Œuvre de Balzac, Paris, Le Club français du livre, t. 2, 1950. * José Lins do Rêgo, L’enfant de la plantation. Traduction de J.-W. Reims. Préface de Blaise Cendrars. Paris, Éditions des deux Rives, 1953. Recueilli dans Trop c’est trop (1957). * Instantanés de Paris, 148 photographies de Robert Doisneau. Préface de Blaise Cendrars. Présentation d’Albert Plécy. Paris, Arthaud, coll. « Les Imaginaires », no 4, 1955. * Georges Bauquier, Peintures. Dessins. Catalogue de l’exposition du 11 au 30 juin 1955. Galerie Bernheim Jeune. Présentation de Blaise Cendrars. * Douglas Cooper, Dessins de guerre (1915-1916) de Fernand Léger. Préface de Blaise Cendrars. Paris, Berggruen, 1956. Recueilli dans Trop c’est trop (1957). * Erich von Stroheim, Poto-Poto. Traduit de l’américain par Renée Nitzschke. Préface de Blaise Cendrars. Paris, Éditions de la Fontaine, 1956. * Eric Newby, Bourlingueur des mers du Sud. Traduit de l’anglais par Robin Livio. Présentation de Blaise Cendrars. Paris, La Table ronde, 1958. * Eric Newby, La Dernière Course du blé. Traduction nouvelle par Alain Bories. Préface de Blaise Cendrars. Paris, Éditions Payot, 1992. Adaptations et traductions * Feu le Lieutenant Bringolf. Traduction de Paul Budry. Version de Blaise Cendrars. Paris, Au Sans Pareil, coll. « Les Têtes brûlées » (dirigée par BC), no 1, 1930. * L’Étrange Aventure du Lieutenant Bringolf. Préface de R.-A. Reiss. Traduction de Paul Budry. Version de Blaise Cendrars. Neuchâtel, Éditions de la Baconnière, 1930 (parution simultanée). * Fred Paisley, Al Capone le Balafré, Tsar des Bandits de Chicago. Préface de Géo London. Traduit de l’américain par V. de Puthod. Version de Blaise Cendrars. Paris, Au Sans Pareil, coll. « Les Têtes brûlées », no 2, 1931. * Al Jennings, Hors la loi !... La vie d’un outlaw américain racontée par lui-même. Traduction et adaptation de l’américain et du slang par Blaise Cendrars. Paris, Grasset, 1936. * José Maria Ferreira de Castro, Forêt vierge. Traduction du portugais et introduction par Blaise Cendrars. Paris, Grasset, 1938. Correspondance * « Lettres à Sven Stelling-Michaud, éditeur de Vol à voiles », Vevey, Éditions Bertil Galland, Écriture, no 11, 1975. * Avec Paul Gilson, in Paul Gilson. Hommage et contribution bio-bibliographique proposés par Frédéric Jacques Temple, Lausanne, Éditions Le Front Littéraire, 1983. * Avec Jacques-Henry Lévesque, Correspondance 1924-1959 : « J’écris. Écrivez-moi. » (éd. Monique Chefdor), Denoël, 1991. * Avec Henry Miller : * Correspondance 1934-1979 : 45 ans d’amitié (éd. établie et présentée par Miriam Cendrars, introduction de Frédéric Jacques Temple, notes de Jay Bochner), Denoël, 1995. * Correspondance 1934-1959 : « Je travaille à pic pour descendre en profondeur » (éd. Jay Bochner), Genève, Éditions Zoé, coll. « Cendrars en toutes lettres », 2013. * Avec Ferreira de Castro, Correspondance (éd. Adrien Roig), Champion, Continent Cendrars no 10, 1995-1996. * Avec Igor Stravinsky, « Correspondance au sujet de Ragtime », Champion, Continent Cendrars no 10, 1995-1996. * Avec Élisabeth Prévost, Madame mon copain. Une amitié rarissime (éd. Monique Chefdor), Nantes, Éditions Joca Seria, 1997. * Avec Robert Guiette, Lettres 1920-1959 : « Ne m’appelez plus… maître » (éd. Michèle Touret), Genève, Éditions Zoé, coll. « Cendrars en toutes lettres », 2013. * « Douze lettres à Vladimir Pozner (1930-1937) », présentées par Claude Leroy, Europe, no 1017-1018, janvier-février 2014. * Avec Henry Poulaille, Correspondance 1925-1961 : « Je travaille et commence à en avoir marre » (éd. Christine Le Quellec Cottier et Marie-Thérèse Lathion, préface de Doris Jakubec), Genève, Éditions Zoé, coll. « Cendrars en toutes lettres », 2014. Œuvres complètes * Paris, Denoël, IX volumes, 1960-1964, 1991. * Paris, Le Club français du livre, 15 volumes précédés d’un volume d’Inédits secrets hors série présentés par Miriam Cendrars, 1969-1971. Chaque volume est précédé d’une préface par Raymond Dumay, de témoignages et d’une iconographie. * Paris, Denoël, coll. « Tout autour d’aujourd’hui » (dir. Claude Leroy), 15 volumes, 2001-2006 : * 1 : Poésie complètes, avec 41 poèmes inédits. Édition de Claude Leroy. XXX + 434 p., 2001. * 2 : L’Or—Rhum—L’Argent. Édition de Claude Leroy. XXIV + 360 p., 2001. * 3 : Hollywood, La Mecque du cinéma—L’ABC du cinéma—Une nuit dans la forêt. Édition de Francis Vanoye. XXII + 234 p., 2001. * 4 : Dan Yack. Édition de Claude Leroy. XXXIV + 334 p., 2002. * 5 : L’Homme foudroyé—« Le Sans-Nom ». Édition de Claude Leroy. XXXII + 448 p., 2002. * 6 : La Main coupée—La Main coupée (1918)—La Femme et le soldat. Édition de Michèle Touret. XXX + 370 p., 2002. * 7 : Moravagine—La Fin du monde filmée par l’Ange N.-D.—« Le Mystère de la Fin du monde »—L’Eubage. Aux antipodes de l’unité. Édition de Jean-Carlo Flückiger. XXXII + 398 p., 2003. * 8 : Histoires vraies—La Vie dangereuse—D’Oultremer à Indigo—« Un bel éclat de rire ». Édition de Claude Leroy. XXXII + 528 p., 2003. * 9 : Bourlinguer—Vol à voile. Édition de Claude Leroy. XXXII + 512 p., 2003. * 10 : Anthologie nègre—Petits Contes nègres pour les enfants des Blancs—Comment les Blancs sont d’anciens Noirs—« N’KÎi, l’attrape-nigauds »—« La Création du Monde »—Conférences sur la littérature des Nègres. Édition de Christine Le Quellec Cottier. XXXII + 544 p., 2005. * 11 : Aujourd’hui—« Jéroboam et La Sirène »—« Sous le signe de François Villon »—Préface à Bourlingueur des mers du Sud d’Eric Newby—« Paris par Balzac »—Préface à Forêt vierge de Ferreira de Castro—Le Brésil—Trop c’est trop. Édition de Claude Leroy. XXXII + 560 p., 2005. * 12 : Le Lotissement du ciel—La Banlieue de Paris—Préface à Instantanés de Paris, album de Robert Doisneau. Édition de Claude Leroy. XXXIV + 510 p., 2005. * 13 : Panorama de la pègre—Contrebandiers—« À bord de Normandie »—Articles (1935-1938)—Chez l’armée anglaise—Reportages de guerre (1939-1940). Édition de Myriam Boucharenc. XXX + 450 p., 2006. * 14 : Emmène-moi au bout du monde !...—« Le Mystère de la création »—Films sans images—Danse macabre de l’amour. Édition de Claude Leroy. XXX + 556 p., 2006. * 15 : Blaise Cendrars vous parle... Entretiens avec Michel Manoll—Qui êtes-vous ?—Réponses au « Questionnaire Marcel Proust »—« Pour une bibliothèque idéale »—Préface aux Fleurs du mal de Baudelaire—Le Paysage dans l’œuvre de Léger—J’ai vu mourir Fernand Léger—« Les peintres du dimanche »—« Georges Bauquier ». Édition de Claude Leroy. XXXVI + 412 p., 2006. * Partir (Poèmes, romans, nouvelles, mémoires), Gallimard, coll. « Quarto ». Édition établie et commentée par Claude Leroy, 2011. * Œuvres romanesques précédé de Poésies complètes, 2 vol. sous la direction de Claude Leroy avec la collaboration de Jean-Carlo Flückiger et Christine Le Quellec Cottier (t. I), Marie-Paule Berranger, Myriam Boucharenc, Jean-Carlo Flückiger et Christine Le Quellec Cottier (t. II), Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2017. * t. I : Poésies complètes : Du monde entier au cœur du monde– Autres poèmes. Œuvres romanesques (1917-1929) : Profond aujourd’hui– J’ai tué– La Fin du monde filmé par l’ange N.-D.– L’Or – Moravagine – Éloge de la vie dangereuse– L’ABC du cinéma– L’Eubage – Dan Yack – Textes épars 1910-1917. Autour des œuvres de Blaise Cendrars : Textes et documents. * t. II : Œuvres romanesques (1930-1957) : La Vie secrète de Jean Galmot [Rhum]– Histoires vraies – La Vie dangereuse – D’Oultremer à Indigo– Emmène-moi au bout du monde !...– Trop c’est trop. Textes épars 1927-1959. 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Sergio Zoppi), Quaderni del Novecento Francese, no 12, Rome, Bulzoni, 1991. * L’aventurier du texte (dir. Jacqueline Bernard), Grenoble, PUG, 1992. * Gli universi di Blaise Cendrars (a cura di Rino Cortiana), Abano Terme, Piovan Editore, 1992. * Blaise Cendrars et la guerre (dir. Claude Leroy), Armand Colin, 1995. * Cendrars et Le Lotissement du ciel (dir. Claude Leroy), Armand Colin, 1995. * Cendrars, le bourlingueur des deux rives (dir. Claude Leroy et Jean-Carlo Flückiger), Armand Colin, 1995. * Brésil, l’Utopialand de Blaise Cendrars (dir. Maria Teresa de Freitas et Claude Leroy), L’Harmattan, 1998. * Cendrars au pays de Jean Galmot (dir. Michèle Touret), Presses universitaires de Rennes, 1998. * La fable du lieu. Études sur Blaise Cendrars (dir. Monique Chefdor), Champion, 1999. * Blaise Cendrars. Ein Kaleidoskop in Texten und Bildern (Hrsg. Jean-Carlo Flückiger), Bâle, Lenos, 1999. * Blaise Cendrars au vent d’Est (dir. Henryk Chudak et Joanna Zurowska), Varsovie, Uniwersytet Warszawski, 2000. * Réinventer Cendrars. Blaise Cendrars et la traduction (dir. Irene Weber Henking et Christine Le Quellec Cottier, Lausanne, CTL, no 38, 2000. * Cendrars et les arts (dir. Maria Teresa de Freitas, Edmond Nogacki et Claude Leroy), Presses universitaires de Valenciennes, 2002. * Chiens & chats littéraires chez Cingria, Rousseau et Cendrars par Jacques Réda, Jacques Berchtold et Jean-Carlo Flückiger (« Les chiens de Cendrars »). Genève, La Dogana, 2002. * Blaise Cendrars au carrefour des avant-gardes (dir. Claude Leroy et Albena Vassileva), RITM, no 26, Université Paris X-Nanterre, Publidix, 2002. * « Pour saluer Blaise Cendrars », La Nouvelle Revue Française, no 563, octobre 2002 (avec « Café-Express » de Cendrars présenté par Jean-Carlo Flückiger). * BlaiseMédia. Blaise Cendrars et les médias (dir. Birgit Wagner et Claude Leroy), RITM, no 36, Université Paris X-Nanterre, Publidix, 2006. * Blaise Cendrars. Bourlinguer en écriture : Cendrars et le Brésil (dir. Nadine Laporte & Eden Viana-Martin), Méthode !, Revue de littératures, Vallongues, 2007. * Blaise Cendrars. Un imaginaire du crime (dir. David Martens), Paris, L’Harmattan, 2008. * Art en mouvement : les Ballets suédois de Rolf de Maré. Paris 1920-1925 (textes réunis et présentés par Josiane Mas), Université Paul-Valéry, Montpellier III, Presses universitaires de la Méditerranée, 2008. * Cendrars à l’établi (1917-1931) (dir. Claude Leroy). Préface de Miriam Cendrars. Paris, Éditions Non Lieu, 2009. * L’imaginaire poétique de Blaise Cendrars (dir. Henryk Chudak), Uniwersytet Warszawski, Varsovie, 2009. * Blaise Cendrars et ses contemporains entre texte(s) et contexte(s) (dir. Maria Teresa Russo), Palerme, Flaccovio Editore, 2011. * Aujourd’hui Cendrars (dir. Myriam Boucharenc et Christine Le Quellec Cottier), Paris, Champion, coll. « Cahiers Blaise Cendrars », no 12, 2012. Catalogues d’exposition * La peinture sous le signe de Blaise Cendrars, Robert Delaunay, Fernand Léger, Galerie Louis Carré, exposition du 17 juin au 31 juillet 1965. * Blaise Cendrars. Catalogue de l’exposition de La Chaux-de-Fonds (Suisse), du 29 septembre au 30 octobre 1979 (Commissaire : Marius Michaud). * Cendrars à l’œuvre. Catalogue de l’exposition du Centenaire, commenté par Hughes Richard, Bibliothèque nationale suisse, Berne, 1er septembre-15 octobre 1987. * Blaise Cendrars. Saudades da minha terra, Catalogue de l’exposition de l’université de São Paulo, du 4 août au 19 septembre 1997, texte de Carlos Augusto Calil. * Blaise Cendrars et la Grande Guerre. De l’épreuve du feu à l’homme nouveau à la main coupée. Catalogue de l’exposition du 31 octobre au 14 novembre 2008, Châlons-en-Champagne (Commissaire Thierry Jugan). Préface de Michèle Touret. * Dis-moi Blaise. Léger, Chagall, Picasso et Blaise Cendrars. Catalogue de l’exposition du 27 juin-12 octobre 2009, Musée national Fernand Léger (Biot), Musée national Marc Chagall (Nice), Musée national Pablo Picasso (Vallauris), Éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 2009. * Blaise Cendrars : tirage de têtes. Catalogue de l’exposition organisée par le Centre d’Études Blaise Cendrars et les Archives littéraires suisses à la Bibliothèque nationale suisse, Berne, 4-21 mai 2011. Commissaires : Marie-Thérèse Lathion et Sylvestre Pidoux. * Blaise Cendrars au cœur des arts. Catalogue de l’exposition du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, Gabriel Umstätter (dir.), Silvana Editoriale, 2015. Revues spécialisées * Feuille de routes, bulletin de l’Association internationale Blaise Cendrars (AIBC). Présidente en exercice de l’AIBC : Laurence Campa (2014). Parution deux fois par an, puis (2005) une fois par an. * 1 : avril 1979... * 48 : « Cendrars et le XIXe siècle », printemps 2010. * 49 : « Cendrars et les revues, 1910-1930 (I) », printemps 2011 (spécial cinquantenaire). * 50 : « Cendrars et les revues, 1910-1930 (II) », printemps 2012. * 51 : « Cendrars et les revues (III) », automne 2013. * 52 : « Cendrars & le monde germanique », automne 2014.L’AIBC adresse également à ses adhérents Séquence, une lettre semestrielle d’informations. * Continet Cendrars, revue du Centre d’études Blaise Cendrars de Berne (CEBC). Directrice du CEBC : Christine Le Quellec Cottier (2009). Rédacteur en chef : Jean-Carlo Flückiger. Neuchâtel, À la Baconnière (no 1 à 6/7), puis Paris, Champion (no 8/9 et suivants) : * 1 : Avec « La conquête de Sigriswill », texte inédit, 1986. * 2 : « 33 visages de Blaise Cendrars », 1987. * 3 : Avec « Le mystère de la création », texte inédit (1952) et Rencontres avec Raymone, 1988. * 4 : Avec Qui êtes-vous ?, entretien radiophonique inédit (1950), 1989. * 5 : Avec La Main coupée (1918), La Femme et le soldat (1946), inédits, 1990. * 6/7 : « Matériaux inédits pour l’Anthologie nègre », 1991-1992. * 8/9 : « Cendrars et la musique », 1993-1994. * 10 : « Regards sur Cendrars et le Brésil », 1995-1996. * 11 : « Je suis l’autre », 2004. * 12 : « Violence et sacré », 2006. * 13 : « Variations cendrarsiennes », 2008. * 14 : « Appel du large et écritures de soi », 2010. * 15 : « Entre poésie et prose », 2013. * Hors série : « Au cœur du texte. Hommage à Jean-Carlo Flückiger », 2014. * Blaise Cendrars, série publiée par Minard-Lettres modernes, Paris/Caen : * 1 : « Les inclassables (1917-1926) », dir. Claude Leroy, 1986. * 2 : « Cendrars et l’Amérique », dir. Monique Chefdor, 1989. * 3 : « Bourlinguer à Méréville », dir. Claude Leroy, 1991. * 4 : « Cendrars, la Provence et la séduction du Sud », dir. Monique Chefdor et Georgiana Colvile, 1996. * 5 : « Portraits de l’artiste », dir. Claude Leroy, 2003. * 6 : « Sous le signe de Moravagine », dir. Jean-Carlo Flückiger et Claude Leroy, 2006. Iconographie * Carrieri, Raffaele, Blaise Cendrars, Milan, All’Insegna del Pesce d’Oro, « Serie illustrata », no 65, 1958. * Camilly, Jérôme, Pour saluer Cendrars, photos de Robert Doisneau, Arles, Actes Sud, 1987. * Robert Doisneau : Doisneau rencontre Cendrars, présentation de Miriam Cendrars, Buchet-Chastel, 2006, 120 pages. * Blaise Cendrars, portraits, Rennes, Presses universitaires de Rennes, Anne-Marie Conas et Claude Leroy éd., 2010. * Album Cendrars, iconographie choisie et commentée par Laurence Campa, éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2013, (ISBN 978-2-07-013431-1). Adaptations musicales * Le texte de La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France a été dit par le chanteur français Bernard Lavilliers sur une musique originale composée par Xavier Tribolet et Olivier Bodson, et figure sur l’album Baron Samedi (2013). Les références Wikipedia – https ://fr.wikipedia.org/wiki/Blaise_Cendrars

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auteurs

“Sans les poètes, sans les artistes, les hommes se lasseraient bientôt de la monotonie de la nature.” —Guillaume Apollinaire

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œuvres

“La poésie est le débordement spontané de sentiments puissants: elle tire son origine de l'émotion recueillie dans la tranquillité” —William Wordsworth

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